En réponse à l’arrestation de Ras Bath : La marrée humaine dans les rues de Bamako est l’expression du ras-le-bol d’une situation d’injustice généralisée

Pour redonner confiance à notre peuple, il faut enfin engager la chasse impitoyable à tous les déprédateurs de notre tissu socioéconomique, politique et culturel. La jeunesse de notre pays s’approprie chaque jour que Dieu fait de cette célèbre réflexion du sieur africain Frantz Fanon selon laquelle «Chaque génération dans une relative opacité doit découvrir sa mission et la remplir ou la trahir». La marrée humaine qui avait inondé les rues de Bamako au lendemain de l’arrestation de Youssouf Mohamed Ali Bathily fut l’expression du ras-le-bol de notre peuple d’une situation d’injustice généralisée et de plus en plus criarde au Mali.
Il convient de rappeler non sans amertume que l’animateur de la radio Maliba FM, en la personne de Youssouf Mohamed Ali Bathily dit Ras Bath, a été kidnappé lundi le 15 août 2016, par la gendarmerie et conduit au Camp I à Darsalam pendant qu’il se rendait à son émission hebdomadaire sur les ondes de ladite radio.
Aussitôt, comme un feu qui s’empare d’une broussaille, toute la ville de Bamako a été informée par ladite radio, les réseaux sociaux, la téléphonie mobile. Comme par effet d’entraînement, la population de la capitale s’est mise en ébullition juste le lendemain de l’annonce de la rocambolesque arrestation d’un jeune, d’un homme qui, à nul pareil, constitue incontestablement aujourd’hui dans notre pays la voix des sans voix, le porte-flambeau de la lutte héroïque de notre peuple travailleur en proie à tous les maux de la terre comme : la mauvaise gouvernance, la partition de notre territoire, le pillage systématique de nos ressources nationales par l’impérialisme français et ses valets maliens en mal d’honneur et de crédibilité, la gabegie et l’affairisme érigés en mode de vie dans notre pays.
Les événements qui se sont produits à la faveur de cette arrestation sont pour le moins regrettables car, il y a encore eu mort d’homme pratiquement en l’espace d’un mois en réponse à des manifestations de colère d’une population exacerbée par la brimade, l’injustice dont elle reste victime depuis l’avènement de la «démocratie» pluraliste dans notre pays. Le motif avouable n’est autre que l’attentat à la pudeur.
Mais, à moins de se nourrir d’illusions aberrantes, sinon la rançon de la rocambolesque arrestation de Ras Bath saute aux yeux de ceux qui veulent voir : faire taire un patriote révolutionnaire qui a horreur de la situation désastreuse dans laquelle est plongé le Mali depuis la chute de Moussa Traoré.
Cet homme, il y en a désormais des millions dans notre pays qui n’ont cure de la gestion désastreuse de nos affaires par des hommes et des femmes qui se cachent derrière le concept de «démocratie» pour sucer le sang de nos femmes et de nos enfants.
Vouloir faire taire Ras Bath c’est se transformer en marchand d’illusions. Le Mali est aujourd’hui à un stade où le peuple ne peut plus continuer à avaler les billevesées de nos politiciens affairistes. Aussi, il ne peut plus être question de laisser nos gouvernants tout oser et tout faire au nom de la légalité constitutionnelle ou du devoir d’attendre les élections pour protester comme l’attestent les nombreuses journées de l’Espace d’interpellation démocratique (EID).
Il faut dire ici que l’EID depuis son institution par Alpha Oumar Konaré n’a jamais redonné confiance à notre peuple travailleur et pour cause : chaque jour que Dieu fait la gabegie, l’escroquerie, le clientélisme, l’achat des consciences, le mensonge politique investissent la place publique en lieu et place de l’honneur et de la dignité nationale.
Les manifestations en réponse à l’arrestation de celui qui constitue désormais au Mali l’une des bouches de ceux qui n’ont plus de bouche sont, nous le répétons, regrettables car ce sont des enfants de notre peuple qui payent les frais. Pendant ce temps, ceux des sangsues du peuple malien sont dédaigneusement installées dans des divans fabriqués aux dépens de nos masses laborieuses. Comment continuer à contempler un tel désastre dans notre pays ?
Mais l’arbre ne saurait cacher la forêt ! Si ces événements sont regrettables, et ils le sont vraiment, ils sont tout sauf le fruit d’une simple contingence. Les comportements illicites de nos gouvernants et de nos politiciens véreux ont fini par fonder à notre peuple le sentiment d’être un damné de la terre dans sa propre patrie. Il convient de rappeler que notre peuple n’a pas bravé les chars, les fusils d’assaut, les lance- flammes de Moussa Traoré pour retomber plus bas.
Lorsqu’ATT a conduit le pays au bord de la guerre civile, c’est un patriote qui a donné sa vie pour le chasser du trône.
Pour soigner la plaie sur le pus, des chefs religieux ont entrepris des valses entre Bamako et Kati pour demander au capitaine Amadou Haya Sanogo de libérer ceux qui devraient rendre des comptes au peuple malien. La suite, on la connaît : Amadou Haya Sanogo a desserré l’étau pour enfin en pâtir lui-même. Dès lors, aucun religieux (à notre connaissance) n’a démarché le président IBK pour lui signifier l’impérieuse nécessité de libérer l’homme qui a permis à notre pays d’espérer sur le changement tant attendu depuis la chute de Moussa Traoré.
Ayant compris l’orientation révolutionnaire du vent dans notre pays et sachant que l’éveil des consciences est véritablement en marche, il fallait jeter une pierre dans le jardin de notre peuple pour qu’il se taise. Tout en oubliant qu’aucun Etat si puissant soit-il ne peut arrêter un peuple en marche.
L’ampleur des soutiens à Ras Bath est la preuve parlante que notre peuple n’a que faire de la «démocratie» dont la puanteur étouffe chaque jour davantage nos masses laborieuses.
Des chefs religieux, une fois encore, sont intervenus auprès du président IBK pour la relaxe du rasta malien dont le serment est et demeure celui de toutes celles et de tous ceux qui souffrent dans leur chair et leur conscience les affres de la gestion catastrophique de nos affaires par le régime IBK.
Vouloir museler un peuple, c’est ne pas comprendre cette célèbre réflexion d’un penseur à savoir : «A beau retirer la parole au peuple, il finit par la prendre». Il ne faut pas que le président se trompe un seul instant : notre peuple a ardemment soif d’un changement véritable pour que plus jamais rien ne soit comme avant.
IBK doit faire la bonne lecture, non pas de l’intervention de chefs religieux, mais de la soudaine mobilisation de nos populations fatiguées des discours et serments promoteurs sans lendemain aucun.
Napoléon Bonaparte avait déjà dit : «La révolution n’a pas été produite par le choc de deux familles se disputant le trône, elle a été un mouvement général de la masse de la nation contre les privilégiés.» Une façon de dire que le peuple, lorsqu’il se met débout il triomphe irrésistiblement.
Pour redonner confiance à notre peuple, il faut enfin engager la chasse impitoyable à tous les déprédateurs de notre tissu socioéconomique, politique et culturel. La jeunesse de notre pays s’approprie chaque jour que Dieu fait de cette célèbre réflexion du sieur africain Frantz Fanon selon laquelle «Chaque génération dans une relative opacité doit découvrir sa mission et la remplir ou la trahir.».
La marrée humaine qui avait inondé les rues de Bamako au lendemain de l’arrestation de Youssouf Mohamed Ali Bathily fut l’expression du ras-le-bol de notre peuple d’une situation d’injustice généralisée et de plus en plus criarde au Mali.
Aussi, cette mobilisation populaire prouve si besoin en est, que notre peuple ne se reconnaît point dans la conduite de ses affaires. Après l’orage, IBK doit revoir radicalement sa gestion de nos affaires et séparer la politique de la religion. Pour l’honneur de toutes celles et de tous ceux qui sont morts pour la patrie.
Fodé KEITA
Source: L'Inter de Bamako

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