Lettre ouverte : A Monsieur Moussa Mara, ancien Premier ministre du Mali

Nous avons lu avec intérêt vos propos prononcés lors du débat organisé au carrefour d’opinion ”Faso baro” où vous aviez eu à dire ceci : «De nos jours, il y a plus d’injustice et de corruption au Mali que sous le régime de l’ex-président Moussa Traoré » sous la plume de M. Kassoum Théra, journaliste à l’hebdomadaire «Aujourd'hui Mali». Vous avez eu à dire plusieurs vérités crues et connues de tous les Maliens qui suivent l’évolution politique du Mali depuis la fin de la première République. Votre seule maladresse dans vos propos est de comparer la corruption sous Moussa Traoré, le compagnon d’armes du colonel Joseph Mara avec celle que nous connaissons aujourd’hui.
Comparaison n’est pas raison. Sous Moussa Traoré, il y avait bien la corruption et les corrupteurs avaient oublié les autres citoyens de la République du Mali qui ont droit à la dignité humaine, à l’honneur et à l’existence tout court : nous avons nommé les milliers de travailleurs du Mali qui faisaient trois à quatre mois sans salaire et dont Moussa Traoré se moquait en leur disant que s’ils ne pouvaient pas supporter cela, qu’ils démissionnent. C’est le même Moussa Traoré, qui avait déclaré à la Radio Mali le mardi 19 novembre 1968, «Maliennes, Maliens, l’heure de la liberté a sonné».

Dès 1980, quand la France a coupé l’aide budgétaire au Mali qui s’élevait à la somme de un milliard de francs maliens soit 500 millions de franc CFA, les problèmes de trésorerie pour payer les agents de l’Etat ont commencé.

Imaginez les conséquences, quand un père de famille n’a rien à donner à ses enfants le matin en sortant, un père de famille qui ne peut rien faire face à un petit problème de sa famille.

Je vous renvoie à une longue interview du colonel Joseph Mara accordée au journal Le Républicain en 1993. Vous verrez dedans une lettre du colonel Joseph Mara (résidant à Lagos au Nigeria) à son ami Moussa Traoré. C’est extrêmement instructif. Vous verrez dedans les raisons de son absence du Mali. Ce n’est pas la peine de les narrer dans cette publication.
En 1975, un morceau de savon fabriqué à l‘usine SEPOM, (Société d’exploitation des produits oléagineux du Mali) de Koulikoro, actuelle HUICOMA, coûtait 50 francs maliens (25 F CFA), aujourd’hui le même savon est vendu 200 francs maliens soit 8 fois de plus. En décembre 1982-83, à la session budgétaire, le budget du Mali était de 80 milliards de francs maliens soit 40 milliards de francs CFA.

A cette session budgétaire, le général Moussa Traoré, avait déclaré ceci : «Au Mali, on initie les projets et on va jusqu’au milieu du projet, on détourne l’argent et on déclare que le projet est déficitaire, il y a des cadres qui sont en train de patauger dans l’argent, non !» Celui qui a volé un bœuf et celui qui a volé un chameau sont tous des voleurs. Celui qui a été corrompu pour deux millions et celui qui a été corrompu pour un milliard sont tous des corrupteurs.
Avant le 19 novembre 1968, les Maliens étaient dignes. Ils ne volaient pas et le vol n’est pas dans la culture bambara (le vrai bambara), la culture bwa, la culture sénoufo, la culture songhaï, la culture dogon, la culture minianka. Ils préféraient la mort à la honte. Quand un homme a faim, il va voler uniquement pour manger et calmer sa faim, il n’est pas condamnable. Le vol a été cultivé par le régime de Moussa Traoré et pendant 23 ans de règne.

A cause de la crise salariale, a commencé la dégradation des mœurs, la perte du pouvoir parental et certains agents sont partis jusqu’à voler les documents de bureau pour les vendre aux vendeuses de condiments. C’est le pillage et la corruption qui étaient à la base des villas de la sécheresse du pouvoir CMLN que Moussa Traoré a dirigé pendant dix ans et après, il l’a transformé en parti UDPM. Pourquoi il avait transporté le procès crime de sang à Tombouctou en 1979 ?
Ces compagnons d’armes qui étaient parmi les accusés à la barre, du 19 novembre 1968 à janvier 1978 où Moussa Traoré voulait créer son UDPM et débaucher un de ses amis au poste du puissant ministère de la défense, de l’intérieur et de la sécurité, il n’avait rien vu de ce que ses amis faisaient comme pillage de nos ressources, comme corruption et affaires ! Il avait créé Taoudénit pour rien !

Le sergent-chef Samba Sangaré (paix à son âme) qui avait fait dix ans au «camp mouroir» de Taoudéni, avait dit qu’au terme de leur libération en 1979, ils avaient marché de la base aérienne de Bamako au rond point de l’Indépendance et constaté : «rien n’a changé en Bamako en dix ans…».
Sur le plan judiciaire, Moussa Traoré, du 19 novembre 1968 à janvier 1978, n’avait rien vu dans ce que son ami directeur des Services de sécurité en la personne du colonel Tiécoro Bagayoko faisait comme exactions. C’est le 28 février 1978 qu’il a eu à dire «que tout le monde savait la terreur qu’il semait au Mali». Qu’est- ce qu’il faut dire des disparus à jamais qui n’ont jamais eu la chance de se présenter devant une juridiction ?

Vous vous rappelez de l’affaire de l’enfant à six doigts qui avait disparu à jamais et on avait arrêté de continuer les enquêtes ? De novembre 1968 à 1978, Moussa Traoré a détenu arbitrairement les hommes politiques de la première République sans jamais les présenter devant une juridiction de notre pays. Quelle injustice !
Il a eu droit à un procès, il n’a jamais été torturé, il n’a jamais fréquenté un bagne où le colonel Joseph Mara dégradé en soldat de deuxième classe et ses amis avaient passé et certains ont laissé leur vie là-bas. Je vous conseille de bien lire les livres suivants : «Transferts définitifs» du colonel Hacimi. S. Dembélé, «Ma vie de soldat» du capitaine Sounkalo Samaké.
L’affaire des chars en panne à la frontière Mali-Burkina vers le côté de Sikasso en 1985-86 pendant «la guerre des Pauvres ou la guerre de Noël». Ce sont des chars qui avaient fait six ans avant le début des hostilités sans entraînement, tout ça pour éviter un coup d’Etat contre lui.
Moussa Traoré s’était placé au-dessus du Mali et tout homme à la tête du Mali qu’il soit politique ou non qui se met au-dessus du Mali, ne pourra jamais combattre ni la corruption, ni l’injustice. Quand un pouvoir est lié aux charlatans, il ne pourra jamais être un pouvoir juste et c’est la caractéristique de tous les pouvoirs africains.
Les problèmes de notre pays et au niveau de tous les secteurs ont vu le jour depuis le 19 novembre 1968, date de l’avènement de Moussa Traoré sur la scène politique du Mali. Moussa Traoré n’est pas de l’histoire pour nous. Nous l’avons vu venir au pouvoir et nous l’avons vu partir dans le sang des Maliens.
En 1968, sur la place de l’Indépendance de Gao, lors de sa première visite en sixième région pour se présenter aux populations, à la fin de son discours, il avait fait un lapsus en disant «vive la 6ème république» au lieu de dire vive la 6ème région, peut-être c’est ça le lapsus porte malheur qui a conduit à l’Azawad ?
Il y a des déclarations qui sont suicidaires pour un homme politique. En déclarant cette phrase, vous donnez raison au ministre Moussa Djiguiba Keïta du PARENA qui en parlant de vous, disait, Moussa Mara, fils de Joseph Mara. Nous, Yacouba Aliou, nous avions eu à écrire sur notre page Face book au ministre Keïta, «M. Moussa Mara n’est pas comptable de ce que son père avait fait».

Avec cette déclaration, il y a eu une croix sur vous et vous devenez comme M. Soumaïla Cissé qui avait dit après le coup d’Etat du 22 mars 2012 contre le général- président ATT, que Bamako sera sous l’embargo économique de la CEDEAO. Il l’a dit et il l’a fait car lui-même était venu dire à la presse ses différentes démarches auprès des puissances occidentales. Avec cette déclaration, on voit votre esprit revanchard et quand vous serez au pouvoir, Moussa Traoré et son sinistre CMLN-UDPM seront réhabilités. Nous prenons acte !

Vous êtes trop jeune. Quand Moussa Traoré chutait du pouvoir, vous n’avez que seize (16) ans, nous espérons. Il y a des hommes qui sont témoins de beaucoup de choses sur Moussa Traoré comme ceux qui gouvernent aujourd’hui. Le colonel Joseph Mara avait un franc parlé et c’était lui qui était «l’ambassadeur du CMLN auprès des populations de Taoudéni» pour l’ouverture du bagne de Taoudénit (voir le livre de l’adjudant-chef Guédiouma Samaké du Djitoumou intitulé «Sur le chemin de l’honneur») et il avait déclaré à l’équipe du journal Le Républicain en 1993 que la création de Taoudénit a été une erreur et l’erreur est humaine. Pour dire qu’il le regrette. Mais, Moussa Traoré n’a rien regretté de ce qu’il a fait comme mauvais actes au Mali. Pour lui, c’est lui qui a amené la démocratie au Mali.

Nous terminons en vous disant en tant qu’un enseignant qui avait vécu l’ère Moussa Traoré avec quatre mois de retard de salaire, avec quatre ans de blocage, sans avancement professionnel, sous Moussa Traoré, nous n’étions considérés comme des hommes par ce régime dictatorial, injuste et corrompu.
Aujourd’hui, il y a bien l’injustice et la corruption, mais nous sommes des hommes et nous avons nos salaires qui ont été même multipliés par dix.

En 1984, notre salaire de professeur d’enseignement secondaire général nous permettait seulement d’avoir deux sacs de riz à l’OPAM dans les régions du nord.
L’obscurité vaut mieux que les vingt trois (23) ans de pouvoir de Moussa Traoré.
Yacouba ALIOU

aBamako

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