Situation sécuritaire : Tiéman Hubert a-t-il déclaré la guerre aux cadres peuls ?

Entre Tiéman Hubert Coulibaly et les cadres peuls du Mali, c’est la guerre ouverte ! Une guerre déclarée par le ministre de la défense et des anciens combattants qui accusent ces cadres d’être les soutiens, voire les fondateurs de l’ombre, des groupes armés d’obédience peule, plus précisément l’Alliance nationale pour la sauvegarde de l’identité peule et la restauration de la justice (Ansiprj) créée par Oumar Aldjana le 18 juin 2016. Tiéman l’aurait affirmé en plein conseil des ministres en citant nommément deux personnalités peules. Informés de cette calomnie, les cadres peuls décident de riposter par les moyens appropriés. Pour eux, le ministre n’a pas été reconnaissant à tous les efforts qu’ils déploient pour l’aider dans sa mission de ramener les combattants (peuls) dans le giron de la République. Aujourd’hui, les protagonistes se regardent en ennemis jurés.

« Tu ne m’aimes pas, moi non plus !». Telle est aujourd’hui la nature des rapports entre Tiéman Hubert Coulibaly et les cadres peuls du Mali. Comment ces rapports, excellents quelques mois plus tôt, ont-ils pu se détériorer en chute libre ? La réponse est à chercher dans le comportement du ministre. La piste :

Au cours d’un conseil des ministres (l’un des tout premiers après le remaniement du 7 juillet dernier), le ministre de la défense et des anciens combattants aurait affirmé que ce sont les cadres peuls, tapis sous l’ombre à Bamako, qui sont à la base de la création de l’Alliance nationale pour la sauvegarde de l’identité peule et la restauration de la justice (Ansiprj) dont la naissance avait été annoncée moins d’un mois plus tôt par Oumar Aldjana, un enseignant de 27 ans originaire du cercle de Niafunké, fils d’un Touareg et d’une femme Peule, très connu à Bamako pour son engagement dans la défense des Peuls (il préside l’association Kawral Pulaaku et serait proche d’une autre association récemment créée, Vérité, Justice, Liberté). Tiéman Hubert Coulibaly serait allé jusqu’à citer les noms de deux honnêtes personnalités qui ont tout donné à la nation malienne au quadriple plan administratif, diplomatique, politique et militaire. Il aurait défendu que ce sont les cadres peuls qui jettent l’huile sur le feu pour combattre le régime. Cette communication est vite sortie de la salle du conseil des ministres pour prendre la rue.

Suite à cette fuite (phénomène courant dans les délibérations secrètes du conseil des ministres), les cadres peuls se retrouvent et se réunissent pour poser le problème. A l’unanimité, ils décident de combattre celui qui venait de leur déclarer la guerre, par tous les moyens possibles : Tiéman Hubert Coulibaly. Pour eux, le ministre n’a pas été reconnaissant à leur endroit au vu de tout ce qu’ils ont fait pour ramener dans le processus de paix les combattants peuls égarés.

Contrairement à ce qu’a dit le ministre, ce sont les cadres peuls qui sont en train de gérer le problème des combattants peuls.

Plus précisément dans l’affaire en cause, à savoir la naissance de l’Alliance nationale pour la sauvegarde de l’identité peule et la restauration de la justice, toutes les associations peules du Mali se sont désolidarisées de son fondateur Oumar Aldjana, de Tabital Pulaku (la culture) à Dental (le rassemblement) en passant par Pinal (le réveil). Ces associations se sont départies de l’Alliance pour l’unique et simple raison qu’Aldjana dit avoir créé son groupe armé pour combattre l’armée. A titre de rappel, Oumar Aldjana a confié ceci à l’AFP :

« Nous avons créé ce mouvement pour mettre fin aux exactions contre les Peuls, qui sont victimes d’un amalgame car aujourd’hui, pour les autorités, un Peul est forcément un jihadiste. On les tue, on les agresse pour cela. Ils sont la cible de l’armée, mais aussi de milices proches du gouvernement. Dans la région de Ténenkou, le pouvoir a mis en place une milice bambara pour attaquer les Peuls. Cette milice a reçu des armes, et elle est dirigée par un capitaine de l’armée basé à Ténenkou. Il est temps de réagir. Des gens meurent. D’autres fuient dans des camps de réfugiés en Mauritanie. Nos familles sont dispersées. Les responsables maliens doivent mettre fin à cette barbarie. Tant qu’ils ne feront rien, nous nous battrons.

Notre ennemie, c’est l’armée malienne. Elle s’en prend à tous les Peuls. Nous ne tolèrerons plus un seul mort. Nous ne sommes ni des jihadistes, ni des indépendantistes. Nous ne revendiquons pas un territoire. Nous ne sommes pas contre l’accord de paix d’Alger. Nous ne faisons que réclamer le droit de vivre, comme tout citoyen de ce pays. Et nous irons jusqu’au bout pour sauver l’identité peule. Partout où nous croiserons des soldats maliens, nous les attaquerons…Nous en avons attaqué trop, mais nous n’avons pas revendiqué ces attaques.

Nous réclamons la fin des exactions contre les Peuls, et aussi contre leur bétail. Nous réclamons aussi la justice. En 2013, l’armée a tué trente Peuls à Léré, qu’elle a balancés dans des puits. Il n’y a eu aucune enquête. Le mois dernier, 90 Peuls ont été tués près de Ténenkou. Des hommes ont été arrêtés, puis ils ont été libérés. C’est inadmissible. Enfin, nous réclamons notre droit à vivre sur la terre de nos ancêtres…

Nous avons 700 hommes, et nous recrutons tous les jours. Ces hommes sont prêts à venger leurs frères qui ont été tués…Nous n’avons pas de camp, nos équipes sont mobiles. Nous sommes dans les régions de Tombouctou, de Ségou, et jusqu’à Gao…Nous avons de tout : des bergers, des sédentaires, des jeunes diplômés… Tous peuls… ».

Les cadres peuls ont alors refusé, par des canaux publics, de reconnaître, à fortiori composer avec un concitoyen qui veut combattre l’armée malienne.

Tiéman Hubert Coulibaly a sans doute pris pour argent comptant un passage de l’interview téléphonique d’Aldjana à l’Afp où il dit : «  Nous avons des officiers avec nous, et aussi des responsables de Tabital Pulaaku. Je ne peux pas les nommer ». Erreur !

Sur un autre plan, les peuls donnent une autre raison de leur bonne volonté. En effet, bien avant la création de l’Ansiprj, ils avaient fait un grand pas. Et pour cause : grâce à l’implication des cadres peuls et touaregs des régions de Mopti et Tombouctou et du collectif des députés de la 5ème région, au moins 500 disciples du lugubre Amadou Koufa qui sèment la mort et la terreur ont déposé les armes et rejoint le processus DDR et de paix. En amont, les leaders des djihadistes et les médiateurs ont rencontré les plus hautes autorités de défense et de sécurité du pays, à Bamako, pour poser les jalons de ce retour salutaire des tueurs silencieux dans le giron de la paix.

En son temps, le collectif des élus de la région de Mopti ont été reçus par le Premier ministre, Modibo Kéïta. Le ministre Tiéman lui-même a reçu le leader du mouvement armé de la zone inondée (Macina, Delta central), Hama Founé Diallo. Son secrétaire général a reçu trois responsables de la zone exondée (Séno, Haïré). Selon notre source, Tiéman a donné des moyens financiers aux représentants des deux mouvements pour les encourager.

Durant leur séjour à Bamako, les leaders djihadistes ont été mis dans toutes les bonnes conditions possibles : hôtels huppés, voitures de luxe, argent etc. Ça, c’était au mois de mars 2016.

Plus tard, plus précisément le 25 juin, soit une semaine après les déclarations d’Aldjana mais avant la sortie malencontreuse de Tiéman, et toujours grâce à des cadres peuls et au collectif des députés de la région de Mopti, au moins 300 jeunes, réunis au sein du Mouvement pour la défense de la patrie (MDP), ont formalisé leur adhésion à la Plateforme, une des parties signataires de l’accord d’Alger pro gouvernementale. La cérémonie a massivement mobilisé la communauté Peule. Imam Mahmoud Dicko, président du Haut conseil islamique ; l’honorable Abderrahmane Niang, porte-parole des députés de la 5ème région ; Me Harouna Toureh, président de la plateforme ; Hama Founé Diallo et Oumar Diallo, respectivement chef militaire du Delta central et du Séno-Haïré, tous y étaient présents pour marquer le dénouement heureux d’une longue et laborieuse démarche. L’opération, qui n’a pas été médiatisée, a impliqué des responsables gouvernementaux, des élus locaux, des chefs religieux, des associations et des notables de la région de Mopti.

Ce jour-là, dans les interventions, un nom revenait constamment : celui du général Ismaïla Cissé, un cadre peul. Les autorités et la nation maliennes doivent une fière chandelle à cet homme, sans lequel ces jeunes auraient peut-être demeuré dans les méandres du djihadisme. Sans être l’initiateur du projet, il a été au centre des discussions et de tout le processus. L’officier supérieur, très effacé, a pris l’affaire à bras le corps dès que les communautés concernées ont décidé de solliciter leurs parents vivant à Bamako.

Un autre cadre peul à saluer dans ce dossier, c’est Abdramane Niang, député élu dans la circonscription de Ténenkou et président du Collectif susmentionné. Il a suivi le processus de bout en bout.

Plusieurs autres cadres peuls méritent de voir leurs noms mentionnés dans le registre des efforts fournis par l’Etat et ses partenaires dans le retour de la paix au Mali. On peut citer l’ancien président de l’Assemblée nationale, Ali Nouhoum Diallo et l’Ambassadeur Amadou Mody Diall.

Alors, Tiéman Hubert Coulibaly s’est lourdement trompé et doit, en toute humilité, présenter ses excuses à ses partenaires, que sont les cadres peuls. Pour la paix des braves.

Sékou Tamboura


Maliweb

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