Procès d’Al Faqi : la procureure n’exclut pas l’éventualité d’autres poursuites

Le procès d'Ahmad Al Faqi Al Mahdi qui a plaidé coupable se poursuit à la CPI. Au cours de la première journée d'hier, la procureure a annoncé qu'elle n'exclut pas l'éventualité d'autres poursuites contre Al Faqi et d'autres personnes. L'audience a repris aujourd'hui avec la suite de la présentation des éléments à charge contre l'accusé par le bureau du Procureur, et l'audition des témoins.

Pour ce 2ème jour du procès d'Ahmad Al Faqi Al Ahmadi, la parole était ce matin aux témoins. Leurs identités n'ont pas été révélées pour assurer leur protection. Ils devaient répondre aux différentes questions du bureau du Procureur ou d'autres membres de la Cour. Ces questions ont porté, entre-autre sur les circonstances de la destruction des mausolées, les arguments avancés par les jihadistes ou encore certains propos tenus par Al Faqi au moment des faits.

L'un des temps forts de cette 2ème journée de procès, a été l'audition des « représentants légaux des victimes », notamment l'UNESCO. Un de ses responsables, qui a passé plusieurs heures à la barre dans la matinée, a expliqué l'importance des mausolées pour l'UNESCO, pour la culture et pour l'humanité de façon générale. Aussi, a-t-il expliqué l'histoire de Tombouctou et la place qu'occupe cette ville dans l'Humanité.

Le procès devrait se poursuivre demain, avec une nouvelle intervention du présumé coupable ou de ses avocats. Mais en attendant, c'est le bureau du procureur qui poursuit sa présentation et ses questions aux témoins. L'accusation affirme détenir 700 éléments pouvant constituer des preuves de la culpabilité de Ahmad Al Faqi Al Mahdi.

En mars dernier, lors de l'audience de confirmation des charges retenues contre Ahmad Al Faqi, les associations maliennes de défense des Droits de l'Homme ont demandé leur élargissement. Al Faqi est mis en cause par ces associations pour avoir « participé activement à des décisions relatives à d'autres crimes », alors qu'il était responsable de la « police islamique » à Tombouctou pendant l'occupation. Interrogée hier sur cette question, la procureure n'exclut pas l'éventualité d'autres poursuites contre Al Faqi et d'autres personnes. Fatou Bensouda, Procureur de la CPI au micro de notre envoyé spécial Issa Fakaba Sissoko :

"On est en train d’enquêter. Pour le moment, on a recueilli des preuves pour les destructions des mausolées et aussi des bâtiments historiques. On a eu des preuves volumineuses, convaincantes. Et on a présenté les preuves. On a commencé aujourd’hui et on va continuer à présenter les preuves contre Al Mahdi. Mais les enquêtes dans la situation du Mali continuent. On ne va pas arrêter avec ce procès. On va continuer et on va essayer sur les bases de la preuve, on va continuer et on va décider au moment précis pour retenir d’autres charges devant la cour ".

Les autorités maliennes, qui avaient saisi la CPI en janvier 2012 afin d'enquêter sur les crimes commis dans le Nord, attendent beaucoup de ce procès tout en annonçant qu' « aucun crime ne restera impuni ». Cette lutte contre l'impunité, selon elles, se fera dans le cadre de la coopération judiciaire entre la CPI et la justice malienne. Sékou dit Gaoussou Cissé est Ambassadeur du Mali auprès de la CPI. Il est au micro de notre envoyé spécial Issa Fakaba Sissoko :

"Le procès qui s’ouvre aujourd’hui constitue donc pour nous une étape majeure dans le processus que nous avons entamé ensemble avec la communauté internationale pour restaurer la paix et la stabilité dans les régions du nord du Mali affecté par la crise et pour rompre avec l’impunité des crimes ignobles dont les maliens ont été victimes. Ce procès nous apporte un fort soulagement, en tant que peuple affecté et nous encourage dans nos efforts de renforcement de l’état de droit et de lutte contre l’impunité dans notre pays. Les crimes qui ont été commis et qui se commettent toujours dans les régions du nord du Mali, ne ce sont pas limités à des attaques de notre patrimoine culturel. Plusieurs personnes dont des femmes et des enfants ont été victimes de crimes graves par des groupes armés non seulement à Tombouctou mais aussi dans les autres régions. Le gouvernement du Mali reste déterminé à poursuivre les auteurs de ces crimes et rendre justice à de nombreuses victimes ".

Les associations de défense des Droits de l’Homme s'interrogent sur un éventuel accord entre la cour et l'accusé. Selon des informations qui ont circulé hier à La Haye, le "plaidé coupable" d'Al Faqi entraînerait une peine comprise entre 9 et 11 ans. Une perspective qui fait vivement réagir l'AMDH. Son secrétaire général Amadou Bocar Tékété était l’invité de notre émission grand dialogue d’hier.

" L’accord accordé entre le procureur et la défense, ça je crois que si c’est un lapsus encore ce serait bon pour moi, parce que sinon c’est un danger. C’est dangereux. Parce que le procureur étant accusateur ne peut pas avoir un accord déjà avec la défense, si éventuellement l’inculpé plaidait coupable. Et s’il est réel qu’ils ont eu l’accord avant que l’on ait le procès est- ce-que ce n’est pas cet accord qui a poussé l’inculpé à plaider coupable ? A partir du moment où l’accord a été une entente entre la défense et l’accusation. Là cela pose un problème. Mais qu’à cela ne tienne, je n’accorde pas une circonstance atténuante à ce monsieur là parce-que tout simplement il doit servir de leçon et il faut qu’il réponde. Si le maximum c’est 30 ans qu’on le condamne à 30 ans ça ne fait que justice ".


Africatime

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