Le procès des 19 personnes arrêtées à la suite de la manifestation de soutien à Rast Bath Une guerre ‘’’tramée’’ du parquet et du barreau !

C’est le jeudi 25 août 2016 que s’est tenu, dans la salle d’audience du Tribunal de grande instance de la commune IV, totalement rénovée, le procès des 19 personnes arrêtées à la suite dela manifestation de soutien à Rast Bath pour troubles à l’ordre public. Un procès sous très haute surveillance avec un dispositif sécuritaire déployé sur plus d’un kilomètre autour du tribunal où toutes les issues étaient surveillées par nos forces de sécurité et défense.
Au cours de ce procès qui a duré toute la journée, nous avons pu assister à un débat, plutôt à une confrontation souvent à la limite de la bienséance entre, d’une part, les avocats de la défense et, d’autre part, le Procureur de la République, M Sidibé.
A la fin du procès les 19 détenus ont été libérés, ayant bénéficié d’un non-lieu, à l’exception du jeune Sidiki Berthé, condamné à 6 mois de prison avec sursis et à une amende de 20 000 F CFA. Lors des plaidoiries, le Procureur avait requis des peines d’emprisonnement ferme allant de 3 à 6 mois.
Les procès-verbaux en cause.
Les 19 détenus, après épuisement du délai de leur garde-à-vue, avaient été amenés afin d’être présentés au juge pour la confirmation des charges. Les chefs d’accusation retenus contre eux par le ministère public portaient sur : «trouble à l’ordre public » et «destruction de symboles de l’Etat ». Mais la séance s’est vite transformée en une véritable guerre d’arguments.
Les détenus n’ont pas reconnu les faits qui leur sont reprochés. D’ailleurs ces faits dans les PV étaient différents de ce que les détenus avaient relaté. En conséquence, les avocats de la défense ont signifié au juge: «Les procès-verbaux ne correspondent pas à la réalité, certainement qu’ils ont été falsifiés par les policiers et nous remettons en cause ces P.V. » Toujours selon les avocats : «Le procureur de la République n’a pas été interrogé nos clients afin de savoir s’ils confirmaient ce qui a été rapporté dans les PV…. ».
Le Procureur réplique: « Ce n’est pas mon travail, l’essentiel est qu’ils reconnaissent les charges retenues contre eux.»
Un procès sous la dictée du ministre Konaté, selon les avocats de la défense
«Il faut que quelqu’un paye et quelqu’un payera ! » ; le ministre de la Justice ne s’était nullement embarrassé de formules-chocs lors de sa visite sur les ruines du tribunal de la C IV après les émeutes du 18 août dernier. De l’avis des avocats de la défense, ce procès n’avait pas lieu d’être car les 19 personnes arrêtées, n’ont pas été appréhendées dans l’enceinte du tribunal mais plutôt dans les quartiers voisins de Lafiabougou et d’Hamdallaye. Donc, les avocats ont demandé qu’ils soient tous libérés sans condition.
Particulièrement en verve, les avocats de la défense ont parlé d’un ministre de la Justice, Mamadou I. Konaté, qui veut jouer à la vedette et qui voulait absolument un procès pour faire condamner des innocents.
Un avocat a interrogé : à quoi alors aura servi la révolution de mars 1991 qui a été le point de depart la liberté de manifester au Mali et à la faveur de laquelle la liberté de la presse est devenue un acquis irréversible ? Résolument provocateur, l’avocat n’a pas épargné le ministre de la Justice qui est, en droit, le premier des procureurs de la République. Il n’en fallait pas plus pour mettre dans tous ses états le procureur de République près le tribunal de la CIV, auteur des poursuites contre les 19 personnes. C’est dans une colère mal contenue que le procureur lança : «Allez régler vos comptes avec le ministre Konaté s’il se trouve que vous avez des problèmes avec lui. Quant à moi, je suis Procureur de la Réplique, j’irai servir là où le devoir m’appellera. Messieurs les avocats de la défense ne confondez pas les marches de 1991 avec celle de Rast Bath ; j’étais étudiant à cette époque et j’ai marché donc je peux moi aussi réclamer la paternité de la révolution de 1991…».
La réplique de l’avocat a aussitôt enflammé la salle quand il interrogea : « Oui ? Vous avez marché en 1991. Mais est-ce qu’à l’époque vous avez comparu devant un juge qui aurait certainement sali votre casier judiciaire ? »
On s’en rend compte, les inculpés ont été libérés mais le jugement a donné lieu à des joutes oratoires qui, longtemps, resteront gravées dans la mémoire de ceux qui ont assité.

ABDOUL MOMINI BOCOUM

aBamako

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