Le retour de Soumeylou Boubeye Maïga

Alors qu’il se trouvait hors du Mali pour les congés, la rumeur de la démission du ministre secrétaire général de la Présidence de la République, Mohamed Alfousseyni Touré a circulé durant tout le week-end dernier, jusqu’à ce qu’il apparaisse sur les images de l’ORTM, lors du retour du Président de la république du sommet Afrique-Japon qui s’est tenu au Kenya. Comme pour infirmer la nouvelle…

C’est finalement aujourd’hui lundi 29 août, que l’information a été confirmée. L’ancien ministre de la Défense, Soumeylou Boubeye Maïga (SBM), 60 ans, prend les rênes du secrétariat général de Koulouba, en lieu et place de l’ancien banquier, nommé il y a presque deux ans. Ce dernier, qui avait succédé à Toumani Djimé Diallo, en permutant le poste de directeur de cabinet, était jugé trop timoré et manquant de surface politique, selon de nombreux observateurs. Et ses assoupissements réguliers lors des réunions lui avaient valu les sarcasmes de certains conseillers de Koulouba. « Boubeye », tel qu’on le surnomme, revient donc au premier plan, dans la dernière ligne droite du mandat du président IBK, qui passe cette semaine le cap de la 3ème année.

Un parcours au cœur de l’État

Journaliste de formation, le nouveau secrétaire général de la Présidence fut, tour à tour, conseiller spécial d’Amadou Toumani Touré (ATT), alors président du Comité de transition pour le salut du peuple (CTSP) d’avril 1991 à juin 1992, puis chef de cabinet du président de la République Alpha Oumar Konaré de 1992 à janvier 1993. Il est ensuite nommé directeur général de la DGSE (Sécurité d’État) de janvier 1993 à 2000, puis ministre de la défense, une première fois, avant d’entamer une longue traversée du désert à partir de 2002.

Candidat à la candidature pour la présidentielle de 2002 au sein de l’ADEMA, il fait partie du clan qui pousse Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) vers la sortie, mais est battu par Soumaïla Cissé. Boubeye, réputé stratège et bon manœuvrier, opte alors pour le soutien au Général ATT, qui finit par être élu au second tour. En dehors de la présidence du Comité d’organisation du sommet de la Censad, tenu à Bamako en 2009, il n’obtiendra pas la reconnaissance tant attendue. Cette mise à l’écart le poussera à quitter l’ADEMA en 2007, pour fonder l’ASMA, qui le choisira comme candidat à la présidentielle de 2007, remportée au premier tour par ATT. C’est alors qu’il oeuvrera un premier rapprochement avec IBK, au sein du FDR, le Front démocratique et républicain.

Ce n’est qu’en avril 2011, alors que le Mali est attaqué, et que les relations avec le voisin algérien sont des plus mauvaises, que SBM sera appelé à la rescousse, au sein du gouvernement de Cissé Mariam Kaïdama Sidibé, pour prendre le portefeuille des Affaires étrangères. Son expérience et ses réseaux lui permettront de restaurer quelque peu l’image du Mali, considéré comme le « maillon faible » dans la lutte antiterroriste, mais l’expérience tournera court, avec le coup d’état de mars 2012.

Seconde vie politique

Malmené par les putschistes, Boubeye sera détenu quelques jours avec d’autres membres du gouvernement, et s’attellera par la suite à restructurer son parti, l’ASMA FCP, en prévision des futures échéances. Doté d’un sens politique hors-pair, c’est pendant la transition qu’il prendra fait et cause pour IBK, le jugeant comme « le plus apte à gagner cette élection » présidentielle. Une fois élu, le nouveau président lui confiera le stratégique ministère de la Défense, dans le gouvernement d’Oumar Tatam Ly, pour entamer le travail de restructuration de l’armée malienne. Mais ses relations avec le Premier ministre n’étaient pas bonnes, ce dernier se méfiant de lui. Pourtant, l’enfant de Gao sera maintenu au gouvernement après l’arrivée de Moussa Mara, jusqu’aux tragiques événements de mai 2014, qui verront l’armée mise en déroute à Kidal. Boubeye est alors débarqué, le seul à payer, alors que Moussa Mara, tout comme le chef d’État major général, Mahamane Touré, avaient proposé leur démission. Aujourd’hui numéro 2 de la Présidence, Soumeylou Boubeye Maiga pourra apporter davantage d’influence à la première institution du pays, affaiblie par l’absence de pilotage politique des affaires de l’État. Il est nommé au moment où le président entame la 4ème année de son mandat, dont beaucoup reconnaissent que le bilan n’est pas brillant. Boubeye aura t-il les coudées franches pour redresser la barre?


Africatime

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here