Résultats de l’enquête modulaire et permanente auprès des ménages (EMOP) 2015 : Les dépenses annuelles de consommation pour l’ensemble du pays estimées à 3 887 milliards de FCFA, 1 817 725 FCFA en moyenne par ménage et 267 843 FCFA par tête

L’Institut national de la statistique du Mali (INSTAT) a publié son nouveau rapport de l’Enquête modulaire et permanente auprès des ménages (EMOP), couvrant la période avril 2015 à mars 2016. Le document traite de l’état de la Consommation des ménages, du niveau de la pauvreté et du bien-être de la population. Bien au-delà, des informations plus détaillées sur l’état des dépenses au sein des ménages, le lien entre la pauvreté et certaines considérations socio démographiques et culturelles, l’état sanitaire de la population et sa distance d’avec un centre de santé, la dynamique de la possession de certains biens matériels et la consommation énergétique y sont contenues.

 

Faut-il le rappeler, l’Enquête Modulaire et Permanente auprès des Ménages (EMOP) a pour objectif de recueillir un large éventail d’indicateurs socio-économiques nécessaires pour suivre et évaluer les progrès réalisés dans l’amélioration des conditions de vie des ménages. Plus précisément, l’EMOP a été conçue pour mettre à jour les indicateurs du Cadre Stratégique pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté (CSCRP) arrimés à ceux des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), devenus aujourd’hui les Objectifs du Développement durable (ODD) ainsi qu’à ceux des programmes sectoriels mis en œuvre par le gouvernement du Mali. Les informations recueillies au cours de cette opération sont relatives à la démographie, au logement, à l’éducation, à la santé, à l’emploi, à la sécurité alimentaire, aux dépenses de consommation etc.

 

La consommation des ménages

La dépense de consommation est un bon indicateur de bien-être du ménage à cause de sa stabilité contrairement au revenu. En effet, plus la dépense de consommation par tête du ménage est élevée plus le ménage est supposé satisfaire ses besoins vitaux.

Les dépenses annuelles de consommation pour l’ensemble du pays sont estimées à 3 887 milliards de FCFA. En outre, 62 % de ces dépenses sont effectuées en milieu rural où résident plus de deux tiers de la population, 75 % de la population est rurale. Les résultats montrent également qu’en moyenne, un ménage dépense annuellement 1 817 725 FCFA. Quant à la dépense par tête, elle est estimée à 267 843 FCFA contre 354 099 FCFA en équivalent adulte.

De façon globale, les ménages maliens mettent plus de la moitié de leurs dépenses dans l’alimentation (56,9 %). Cette part est plus importante dans la région de Tombouctou (69,4 %) et moins élevée à Bamako (38,8 %). Autrement dit, si les ménages de toutes les autres régions ont mis plus de la moitié de leurs dépenses dans l’alimentation, Bamako en a mis un peu plus du tiers. Ce résultat est d’autant plus plausible dans la mesure où la grande majorité des ménages aisés résident à Bamako et qui selon la théorie économique privilégient les dépenses sur d’autres biens au détriment des biens alimentaires.

Environ 12 % des dépenses des ménages sont affectées au logement, 7,0 % au transport, 6,0 % dans les habillements et 3,7% aux meubles, articles de ménages et entretiens. Bamako a la plus forte proportion de toutes les dépenses citées avec 19,6 % d’allocation des dépenses dans le logement, 11,3 % dans le transport et 6,2 % dans les articles d’habillement et de chaussures. Les parts des dépenses quasiment nulles constatées au niveau de l’enseignement, restauration et hôtels seraient probablement dues au poids des ménages du milieu rural qui ont des dépenses pratiquement insignifiantes pour ces catégories à cause du faible taux de scolarisation et du manque d’infrastructures hôtelières.

De tous les produits alimentaires consommés, le riz coûterait plus cher aux ménages en termes de dépenses avec 17,7 % du poids des dépenses alimentaires totales. Le cumul des produits riz, mil, sorgho, sucre et viande occupe 43,5 % des dépenses alimentaires ; ce cumul s’élève à plus de la moitié des dépenses alimentaires en y ajoutant le thé et le maïs. Une politique des pouvoirs publics visant à réduire le coût de ces produits soulagerait les ménages.

 

Niveau de la pauvreté

L’incidence ou taux  de la pauvreté, c’est-à-dire la proportion de la population malienne qui n’arrive pas à dépenser 177 000 FCFA nécessaire pour satisfaire ses besoins de base, est estimée à 47,2 % en 2015. La pauvreté est largement répandue en milieu rural, plus de la moitié d’entre eux sont pauvres, avec 53,1 %. Les ménages dirigés par les hommes contiennent plus de pauvres que ceux dirigés par les femmes, 48,3 % contre 28,5 %.

L’effort d’investissement nécessaire pour éradiquer la pauvreté, mesuré par sa profondeur, c’est-à-dire le déficit collectif moyen des dépenses des pauvres par rapport à la ligne de pauvreté pour l’ensemble de la population est estimé à 434 milliards de francs F CFA.

L’ampleur de la pauvreté mesurée par son incidence, c’est-à-dire la proportion d’individus pauvres dans la population, est estimée à 47,2 % au niveau national en 2015. Ce pourcentage correspond à 8 334 442 d’individus. Il est important d’apprécier la valeur de cette estimation entre 44,7 % et 49,8 % avec un niveau de confiance de 95 %.

Les résultats de l’enquête révèlent une incidence de la pauvreté estimée à 11,2 % à Bamako contre respectivement 47,7 % et 53,1 % dans les autres villes et en milieu rural. On observe la même tendance au niveau de la profondeur aussi bien que de la sévérité, c’est-à-dire qu’il y a plus d’efforts à fournir en termes de ressources pour réduire la pauvreté dans les autres villes et en milieu rural qu’à Bamako. Les résultats régionaux montrent que l’ampleur de la pauvreté est la plus élevée à Sikasso, Mopti et Ségou avec des incidences respectives de 65,1 %, 63,6 % et 59,1 %. Ces résultats corroborent ceux de 2014 qui classaient également ces trois régions parmi les plus pauvres. Le classement est similaire à celui qui avait été observé pour l’ELIM 2006 positionnant Sikasso comme étant la région qui a l’incidence de la pauvreté la plus élevée.

L’effort d’investissement est estimé à 434 milliards de FCFA. Comme pour l’incidence de la pauvreté, l’effort est plus important à Sikasso (28,6 %). Il est plus faible à Bamako (2,2 %), à Tombouctou (2,6 %) et à Gao (2,8 %). En général, plus le nombre de pauvres est important, plus l’investissement à apporter reste conséquent.

Possession de biens durables

L’enquête montre qu’un ménage sur trois, soit 32,1%, possède un téléviseur. C’est le milieu urbain qui explique en grande partie cette possession avec 66,3 % contre 19,2% en milieu rural. Le pourcentage de ménages possédant un téléviseur a connu une augmentation significative entre 2006 et 2015, passant de 21,5 % à 32,1 %.

La possession du téléphone portable par les ménages a enregistré une progression significative entre 2006 et 2015, passant de 22,5 % à 82,7%. Les proportions des ménages possédant ce moyen de communication sont estimées respectivement à 95,5% et 77,8 % pour les milieux urbain et rural.

La possession de la moto en tant que bien permet de gagner du temps et d’améliorer les conditions de transport de la population. Tout comme les autres biens d’équipement, elle peut être considérée comme un indicateur de condition de vie facilement mesurable.

Les taux de possession de moto estimés au niveau national entre 2001 et 2015 s’élèvent à 17,0 % et 52,2 % respectivement. En l’espace d’une décennie, les taux ont été pratiquement multipliés par 3. Selon les résultats de l’enquête, ce bond est dû à l’accessibilité d’engins à deux roues en provenance de l’Asie à des prix abordables. Il ressort qu’un peu plus de la moitié des ménages possèdent une moto, soit 52,2 %). Dans les autres villes, 65,1 % des non pauvres possèdent une moto. Les taux de possession les plus faibles sont relevés en milieu rural. Retenons aussi que la possession de moto est plus élevée à Sikasso avec 71,4 % suivie de Bamako 63,8 %, de Ségou 59,2 % et de Koulikoro 56,5 %. Les taux de possession de moto les plus faibles sont enregistrés à Tombouctou avec 19,2 % et à Gao avec 24,0 %.

Accès aux services de base

La proportion de ménages ayant accès à l’eau potable est passée de 78,7 % à 84,6 % entre 2006 et 2015. En termes d’hygiène, l’enquête révèle une augmentation dans l’utilisation de la nature comme moyen d’aisance en milieu rural entre 2014 et 2015. On passe ainsi de 10,8 % à 11,7 %. L’enquête montre également que le bois reste la principale énergie utilisée par les ménages comme moyen de cuisson. La proportion des ménages ayant recours à ce combustible a connu une baisse passant de 83,8 % à 75,3% entre 2006 et 2015. Ce sont les ménages ruraux qui sont les plus grands utilisateurs de ce moyen (87,7 %) alors qu’en milieu urbain ce taux est de 42,5 %. L’analyse révèle un progrès significatif quant à l’accès à l’électricité en réseau. En effet, au Mali, le taux d’accès est passé de 20,1 % en 2006 à 23,7 % en 2009 et 44,8 % en 2015.

Quant au taux d’alphabétisation, il est élevé dans les ménages où la situation financière du ménage est meilleure. En effet, les ménages nantis ont plus de possibilités à supporter les coûts liés à la scolarisation. Ainsi, parmi les personnes âgées de 15 à 24 ans, le taux d’alphabétisation des pauvres est estimé à 39,3 % soit 28,1 % chez les femmes contre 50,6 % pour les hommes. Cette disparité entre les hommes et les femmes pauvres doit inciter des actions pour réduire cet écart dans la mesure où le taux d’alphabétisation est considéré comme un indicateur stratégique de lutte pour la réduction de la pauvreté.

L’EMOP explique une série de questions qui informent sur l’état de santé de la population, les services de santé auxquels elle recourt en cas de nécessité et les difficultés rencontrées lors des consultations médicales. Ces informations font ressortir que la maladie touche à peu près la même proportion les pauvres et les non pauvres. Ce croisement montre que l’incidence de la pauvreté est plus faible chez les personnes malades dans au moins 2 passages (42,1 %). Les résultats montrent également que le service de santé auquel les pauvres ont recours est le CSCOM (58,0 %), suivi du Guérisseur ou marabout (14,6 %) et autres privés ou ONG (6,6 %). L’ensemble des difficultés rencontrées par les pauvres lors des consultations, se résument essentiellement aux coûts de consultation (75,9 %), à la durée des temps d’attente (14,9 %) et à l’inefficacité des traitements (15,4 %).

A retenir enfin que cette quatrième édition de l’EMOP s’est déroulée entre le 1er  avril 2015 et le 31 mars 2016 dans l’ensemble des régions du Mali, excepté Kidal, ainsi que dans le district de Bamako. Et, sur un échantillon estimé à 6 258 ménages, 5 881 ont participé avec succès à l’enquête, soit un taux de réponse de 94 %. Le présent rapport, dérive de l’exploitation des résultats des quatre passages et est focalisé sur l’analyse de la pauvreté.

Dieudonné Tembely

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Maliweb

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