Démocratie malienne : Des hommes crédibles pour sauver l’avenir

Il serait assez pénible et prétentieux de vouloir ouvrir ici une page d’histoire de notre pays. Il sera juste question ici de rappeler en passant quelques événements ayant marqué l’histoire tout au moins récente de notre peuple. Ainsi :

– Après des centaines d’années de souffrance et de privations de notre peuple travailleur du fait de la traite négrière et de la colonisation, voilà enfin le Mali fac à son destin : le 22 septembre 1960, notre pays a accédé à la souveraineté nationale et internationale. Ce jour là, nos masses laborieuses, avec à leur tête le président feu Modibo Keïta, ont compris que le Mali ne deviendra que ce que les Maliens en feront.

– Un régime nationaliste s’est érigé sur les ruines du système colonial de gestion de nos affaires avec comme première priorité l’indépendance économique du Mali. L’on comprend donc le bien fondé de l’option «socialiste» de la première République. Il fallait, pour tourner la page du colonialisme français, se rapprocher de l’Union des Républiques socialistes soviétiques (URSS), de la Chine populaire et de Cuba.

En huit (08) ans de coopération avec ces pays, le Mali s’est inscrit en lettres d’or dans les annales de l’histoire africaine et mondiale. Cette volonté ferme du régime nationaliste de libérer le Mali du joug colonial ne pouvait pas susciter chez l’ancienne puissance coloniale le désarroi.

Pour y remédier, elle est passée par des officiers et sous-officiers qui n’avaient que faire de l’honneur et de la dignité de notre peuple laborieux pour donner un coup d’arrêt à notre marche vers l’indépendance nationale vraie. C’était un sombre mardi 19 novembre 1968.

Dix (10) ans durant, notre pays a vécu un vide politique imposé par l’ordre kaki. Ce choix a été l’occasion pour ces militaires (avec à leur tête le lieutenant Moussa Traoré) de transformer notre pays en un no man’s land véritable. La suite n’a échappé à personne ; la gabegie, l’affairisme, l’appât du gain facile, le népotisme, le clientélisme, la cocufication des femmes, entre autres, se sont érigés en mode de gestion de la vie nationale.

Un parti mort-né, qui ne pouvait servir notre peuple travailleur, s’est érigé sur les ruines et dans la cendre du Comité militaire de libération nationale (CMLN). Moussa a imposé pendant treize longues années sa dictature militaire sous le manteau de l’Union démocratique du peuple malien (UDPM). Du coup, a-t-il fait taire le peuple aux prix du fusil et de la cravache militaro-policière. Mais il n’avait pas lui-même compris le slogan qu’il aimait lâcher à tout bout de champ : ’’A force de retirer la parole au peuple, il finit par la prendre’’.

Après avoir marché sur les corps de 224 enfants et femmes du Mali, un groupe de militaires dirigés par le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré (ATT) a mis fin au régime sanguinaire et apatride de Moussa Traoré.

L’ère démocratique au Mali

Comme le dirait un philosophe grec : «la nature a honneur du vide comme madame la Baronne a honneur du thé». C’est ainsi donc que le Conseil de réconciliation nationale (CRN) a été mis en place juste le lendemain du coup d’Etat de force contre Moussa Traoré ; ce CRN était dirigé par le chef des putschistes en la personne de Amadou Toumani Touré et cela jusqu’au 5 avril 1991 date de la mise en place du Comité de transition pour le salut du peuple (CTSP).

Il faut faire remarquer que c’est ATT qui fut maintenu à la tête de ce comité jusqu’au jour où Alpha Oumar Konaré (AOK) a prêté serment en sa qualité de premier démocratique élu. C’était le8 juin 1992. Tout s’est passé comme s’il existait une clause entre ATT et Alpha.

Des visionnaires avaient prévenu que tout se passait comme si ATT avait passé la main à Alpha pour qu’à son tour celui-ci restitue à celui là le même trône. Une faute grave commise par la transition c’était d’abord le mutisme complet de la conférence nationale sur l’impérieux besoin de kokadjè du peuple malien.

Le procès crimes de sang a lui été aussi organisé sur un fond de farce politique ou de bluff politicien. La question phare de ce procès était : «qui a tiré et qui a donné l’ordre de tirer ?».

Une méprise sans conteste des révolutionnaires présents dans le Mouvement démocratique (MD) était de taire, une fois Moussa déguerpis du pouvoir, le cri de cœur du peuple malien : le changement du tout au tout (antè korolen fè fo kura).

Désormais la volte-face était en marche : soigner la plaie sur du pus.

La conséquence à laquelle il fallait s’attendre, c’est l’abandon par le Mouvement démocratique du besoin de changement véritable au Mali. Il n’ya eu que retournement de veste : les mêmes maux qui ont entraîné la chute de Moussa Traoré ce sont maintenus et ont connus leur période de floraison.

Au bout des dix longues années de Alpha, notre peuple a constaté qu’il a été hautement trahi dans tous les domaines. En lieu et place des hommes crédibles, ce sont des délinquants financiers et économiques qui se sont construit des paradis terrestres. Par exemple en dix ans selon nos sources 21 milliardaires se sont formés dont 15 hauts fonctionnaires.

Pendant ce temps, les mairies se sont livrées à cœur joie à la vente illicite des parcelles de terrain jusqu’au terrain de foot pour la jeunesse. L’on comprend donc que si les gens s’arrachaient les cheveux pour être élus à la mairie, c’était pour prendre part à ces contrefaçons qui n’honorent pas notre peuple.

Amadou Toumani Touré comme Alpha Oumar Konaré

Une bourgeoisie arrogante a été construite sur le sang de nos femmes et de nos enfants, jetant ainsi à la poubelle les préoccupations fondamentales de notre peuple. ATT est revenu après Alpha, mais pas pour mieux.

A l’image de la gestion chaotique de AOK, ATT a passé ses deux mandants à la tête de notre pays a vilipendé l’honneur et la dignité de ceux qui ont donné leur vie pour qu’émerge le multipartisme intégral au Mali. Connaissant le caractère opportuniste des politiciens maliens, ATT a embarqué la quasi-totalité de la classe politique malienne dans son aventure.

Sur le plan sécuritaire notamment, si Alpha a brûlé nos armes, intégrer dans notre armée nationale des frères qui ont pris les armes contre leur propre pays et qui ont taché leurs mains du sang de leur peuple, ATT a fait du septentrion malien un véritable no man’s land où n’importe qui peut entreprendre n’importe quoi sans s’inquiéter outre mesure, comme en témoigne l’affaire de l’avion incendié loin des regards dans le désert malien. Jusqu’à demain les enquêtes se poursuivent à propos. Il faudrait qu’il s’explique sure ce qui s’est passé dans le processus d’occupation progressif des trois régions du Nord-Mali.

La mutinerie du 22 mars 2012

Aussi il faut le dire, il est indispensable de situer toutes les responsabilités dans les crimes commis à Aguelhok contre les soldats de notre peuple. La situation avait atteint un niveau où ATT ne pouvait plus continuer à gouverner le Mali et ou notre peuple ne pouvait plus continuer à se soumettre aux affres d’un régime conteur.

Le 22 mars 2012, un groupe de jeunes militaires dirigés par le capitaine Amadou Haya Sanogo a déposé le général ATT. L’espoir de voir la justice s’installer enfin chez nous en lieu et place de l’injustice et de la gestion calamiteuse de nos affaires était né en notre peuple travailleur.

Pendant que l’on s’attendait à un nettoyage patriotique, voilà les jeunes militaires à l’écoute de ces mêmes politiciens qui ont souillé l’honneur et la dignité de ce peuple pour lequel ils ont décidé de s’assumer. Ils se sont hélas enfouis dans la gueule du loup pour se retrouver eux-mêmes lâchement trahis par ces politiciens criquets et les chefs religieux qui n’avaient cesse d’effectuer des valses religio-morales entre Bamako et Kati.

Mais ils n’avaient pas compris que la souris n’a nulle raison de se confier à la force tranquille du chat tout comme ils n’avaient pas compris que lorsqu’on chasse des hommes du pouvoir, leur place ne peut plus être encore au devant de la politique au risque de payer tôt au tard les frais de ce manque de clairvoyance notoire.

IBK, pire que ses prédécesseurs ?

Bien de gens croyant à IBK n’ont pas hésité à le porter au sommet de l’Etat. Parmi ces gens de bonne foi, il y avait Amadou Haya Sanogo. Mais l’espoir en IBK n’a duré pour les hommes avertis que le temps des préparatifs de son investiture à la tête des affaires. Mais dès lors que le président élu avait sans se gêner taxer Moussa Traoré de ‘’grand républicain’’, cet homme qui a tué bien de nos femmes et enfants, il ne fallait plus rien attendre de lui que la situation de marasme total et désespérant dans lequel se trouve aujourd’hui notre peuple.

Son premier gouvernement avait déjà désillusionné ceux qui étaient encore myopes. On ne peut changer les conditions réelles de vie du peuple avec des hommes et des femmes qui ont participé de près et de loin à la décadence de ce peuple.

Les deux autres gouvernements sont à l’image du premier, la suite logique sinon la preuve sans conteste que celui qui a été élu avec 77,66% des suffrages exprimés œuvrait pour la restauration de l’ordre ancien. Nul besoin de dire encore que ceux qui ont élu IBK à la magistrature suprême se sont trompés certes sans le vouloir.

Des hommes de bonne foi ont demandé en vain la tenue des concertations nationales avant les élections de 2013. Ceux qui la revendiquent aujourd’hui à cor et à cri étaient les premiers à s’opposer à ces dites concertations pendant la transition. Comme le dirait l’autre, il y a de la décence même en politique. Oui, il faut ces concertations mais pas pour que les traites de notre peuple se remettent en selle.

Concertations oui mais pour que les hommes crédibles viennent enfin aux affaires pour servir dignement notre peuple qui n’a que trop souffert. Ce sont seulement ces hommes qu’il faut pour sauver le Mali.

Pour ce faire, les vraies préoccupations de notre peuple doivent être exposées au grand jour et soumises à l’appréciation du peuple lui-même à l’occasion de ces concertations, tant qu’il est vrai que nul savant ne peut mieux connaître ses problèmes à sa place.

Fodé KEITA

aBamako

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