Tiébilé Dramé, Président du PARENA : « Notre gouvernement veut organiser les communales dans un contexte d’insécurité et sur la base d’une loi électorale scélérate »

Tiebile Dramé, le président du PARENA est notre invité du mois. La gouvernance, le nord, la crise sécuritaire, le communal à venir et les récentes décisions plutôt impopulaires du gouvernement constituent en gros les sujets soumis à l’appréciation de l’ancien ministre des affaires étrangères de notre pays.

Delta News : Bientôt 3 ans qu’IBK est au pouvoir. Qu’est ce vous retenez de ces 3 ans de gestion ?

Tiébilé Dramé: ce sont malheureusement trois années perdues, trois années pendant lesquelles le Mali n’est allé nulle part: ni restauration de la souveraineté de l’État sur la totalité du territoire, ni retour de la stabilité et de la sécurité. La situation générale du pays est plus grave qu’elle ne l’était au moment où le Président prenait fonctions. Les détournements de l’argent public et les surfacturations dans l’impunité totale ont atteint des sommets jamais égalés.

Plus d’une année après la signature de l’accord pour la paix et la réconciliation, quel bilan le PARENA fait-il de sa mise en œuvre ?

TD: Tout un chacun peut constater que 14 mois après la signature de l’Accord, il n’y a, au Mali, ni paix ni réconciliation nationale. La multiplication des affrontements interethniques, les attaques contre les représentants et les symboles de l’État dans la région de Mopti ainsi que la guerre civile intercommunautaire de Kidal en sont des manifestations éloquentes.

Malgré la signature de l’Accord, les attaques continuent contre les populations et les forces de l’ordre. Qu’est ce qui peut expliquer cela ?

TD: Les attaques continuent contre les populations civiles, contre les FAMAS et contre les forces internationales. L’insécurité tend à se généraliser. Plusieurs causes sont à l’origine de cette situation. Celle qui commande tout le reste, c’est l’effacement, la faiblesse et le manque d’autorités de l’État sont bien les plus inquiétants.

Ne pensez-vous pas que la violence s’est déplacée du nord au centre du pays ?

TD: Cela est évident…

Plusieurs de nos concitoyens vous soutiennent aujourd’hui dans votre proposition de négociation avec les terroristes maliens. Pourquoi êtes- vous convaincu que la paix durable passe par ce dialogue avec les terroristes maliens, notamment Iyad ?

TD: Il est de la responsabilité de réunir les conditions de la stabilité et de la sécurité. Pour ce faire, les pouvoirs publics doivent identifier tous les détenteurs d’enjeux et tous les facteurs d’instabilité. Les djihadistes maliens font partie de ces facteurs d’instabilité. C’est pourquoi depuis deux ans, j’ai invité le président de la République à explorer les possibilités de parler avec les djihadistes maliens. Mon avis est qu’il faut le faire avant qu’il ne soit trop tard.

Qu’est-ce que le PARENA pense de la série d’affrontements qui opposent la CMA et le Gatia autour de Kidal?

TD: C’est regrettable. C’est triste. Ces affrontements, cette guerre civile nous éloignent de la paix et du retour de l’État dans la région de Kidal.

Pourquoi pensez-vous que la résolution du problème du nord passe nécessairement par l’organisation d’une conférence nationale?

TD: Ce n’est pas seulement la résolution de la crise du Nord qui nécessite des assisses. C’est la situation générale du pays qui fait que des concertations nationales s’imposent. Le pays est bloqué. Nous sommes dans une impasse dangereuse sous tous les aspects.

Certains maliens pensent que malgré l’aide qu’elle a apportée au Mali, la France ne joue pas franc jeu avec nous. Qu’en pensez-vous ?

TD: Donnons-nous d’abord les moyens d’une volonté nationale forte reposant sur un consensus national et nous nous occuperons, alors, de ce que font les autres à notre égard.

Que vous inspire l’attitude du djihadiste repenti Ahmad Al Faqi à La Haye ?

TD: Tous les crimes commis durant la nuit noire de l’occupation doivent être punis.

La mise en place des autorités intérimaires pose problème, le PARENA est-il favorable à leur installation ?

TD: Nous avons dit, à plusieurs reprises, ce que nous pensons de la mise en œuvre de l’Accord d’Alger, en général, des autorités intérimaires, en particulier. Une appropriation nationale de l’Accord s’impose si on veut éviter d’autres tragédies comme à Gao en juillet.

Que pense le PARENA de l’opération déguerpissement pilotée par Amy Kane ?

TD: Nous avons demandé l’arrêt pur et simple d’une opération que nous jugeons inopportune.

Quelle appréciation faites-vous de la récente censure des réseaux sociaux suite à l’affaire Ras Batch ?

TD: Nous l’avons condamnée. C’est une tentative vaine d’empêcher la circulation des idées et de l’information.

Les élections communales et régionales sont fixées pour le 20 novembre prochain ? Cette décision est- elle tenable ?

TD: Notre gouvernement n’est pas raisonnable. Il veut organiser les prochaines communales dans un contexte d’insécurité généralisée et sur la base d’une loi électorale scélérate.

Aujourd’hui, quel est l’état de santé du PARENA ?

TD: Nous nous battons pour relever les nombreux défis auxquels le parti est confronté.

Propos recueillis par Abdoulaye KENE

aBamako

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