Élections gabonaises : La France se discrédite davantage en voulant éjecter Ali Bongo

Après le score serré qui, le 31 août 2016, a attribué à Ali Bongo Odimba (ABO) le fauteuil présidentiel  aux dépens de Jean Ping, la France exerce une pression politique et diplomatique sur les autorités gabonaises. Washington, Bruxelles et Paris ont également tous réclamé le recomptage des votes, bureau par bureau, y compris dans la province du Haut-Ogooué, fief de la famille Bongo, où le président sortant a réalisé un score de 95,46 % avec un taux de participation de 99,3 %. Un acharnement qui prouve que la famille Bongo n’est plus dans les grâces du Quai d’Orsay et de l’Elysée. Quelles sont les raisons de ce désamour entre l’héritier de l’un des piliers de la Françafrique, Omar Bongo Odimba (Paix à son âme), et la France qui tient toujours à avoir son mot à dire dans le choix des dirigeants des pays de son pré-carré ? Ce qui est sûr, c’est que Jean Ping est le pire choix que Paris pouvait faire pour éjecter ABO du Palais du bord de mer !

«La France n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts» ! Cette déclaration est attribuée au Général Charles de Gaule. Un discours tenu devant ses Alliés à Londres (Angleterre) pour avoir une liberté d’action au nom de la France. Même quand cela embarrassait ses partenaires de guerre.

Près d’un siècle après, ce principe de la diplomatie française n’a pas changé. Elle est même devenue une règle fondamentale de la diplomatie capitaliste occidentale.

Aujourd’hui, la France est prête à mettre le Gabon à feu et à sang parce que ses intérêts sont menacés par un jeune leader politique : Ali Bongo Odimba alias «ABO» ! L’héritier d’El Hadj Omar Bongo Odimba (paix à son âme), qui a longtemps été incontournable dans la politique néocoloniale en Afrique, notamment Francophone. Après avoir adoubé son héritier pendant quelques années dans l’espoir de le maintenir sur la voie de soumission de son regretté père, la France a aujourd’hui décidé de le lâcher au profit de Jean Ping. Un pur produit du système Bongo que la France de Sarkozy avait utilisé pour se débarrasser de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire. A l’époque, il était président de la Commission de l’Union africaine (UA).

La France et ses alliés revendiquent en sa faveur ce qu’ils avaient  refusé à Gbagbo : le recomptage des bulletins à l’issue d’un scrutin controversé en Côte d’Ivoire qui avait permis à Alassane Dramane Ouattara de prendre le pouvoir !

Bien avant même la proclamation des résultats, le 31 août 2016, le ministère français des Affaires étrangères avait suivi Jean Ping qui s’était autoproclamé élu alors que les dépouillements venaient à peine de commencer.

Sans pouvoir reprocher quoi que ce soit à la moralité et à la transparence de l’organisation du scrutin, les observateurs de l’Union européenne (UE) ont cru bon de la discréditer par des considérations (accès des médias aux centres de vote…) nullement inscrites dans la loi électorale du pays.

Et une fois les résultats proclamés en faveur d’Ali Bongo Ondimba, Washington, Bruxelles et Paris ont réclamé le recomptage des votes, bureau par bureau, y compris dans la province du Haut-Ogooué, fief de la famille Bongo, où le président sortant a réalisé un score de 95,46 % avec un taux de participation de 99,3 %.

Le pouvoir gabonais, s’il voulait réellement réaliser un hold-up électoral, avait-il besoin de maintenir tant de suspens pour finalement proclamer  un verdict si serré ?

Le clan Bongo en disgrâce

L’acharnement des Français prouve que la famille Bongo n’est plus dans les grâces du Quai d’Orsay et de l’Elysée. Cela avait commencé par le doute savamment entretenu dans les médias, par des opposants à la solde du Quai d’Orsay, sur la filiation d’Ali Bongo. Il a fallu que son père meurt, qu’il prenne le pouvoir et commence à rompre avec le système de gouvernance de celui-ci pour qu’on se rappelle que c’est un enfant du Biafra adopté par Omar Bongo.

Quelle injure pour sa maman, Patience Dabany, dont il est la prunelle des yeux et dont il partage aussi la passion pour la musique. Artiste politiquement engagée, celle-ci avait d’ailleurs sorti un nouvel album en début 2016 dont le titre phare est «Tais-toi quand tu parles».

«Toute vérité n’est pas bonne à dire. Outrager, accuser, saboter sans raison. Insulter, diviser, inventer les histoires. On a dit ceci, il parait qu’ils sont comme ci, comme ça… Mentir, haïr, salir… ce n’est pas une solution», rappelle-t-elle dans cette chanson s’adressant aux détracteurs de son fils.

Dans son livre «Nouvelles affaires africaines : mensonge et pillage au Gabon», l’écrivain français Pierre Péan avait affirmé qu’Ali Bongo Ondimba n’est pas le fils biologique d’Omar Bongo Ondimba. Mais un enfant adoptif venu du Biafra au Nigeria. Et, manipulée, l’opposition gabonaise avait saisi cette affirmation comme une vérité d’église en exigeant la démission d’Ali Bongo Ondimba.

Et cela en vertu de l’article 10 de la constitution gabonaise qui interdit aux personnes ayant acquis la nationalité gabonaise d’être candidat à la présidence de la République. Seuls leurs descendants de la 5e génération peuvent le faire. Elle avait saisi la Cour constitutionnelle du Gabon pour invalider la candidature d’ABO pour la même raison.

Sauf que les Africains ne sont plus dupes. Ils savent que quand la France s’acharne contre un dirigeant pour le chasser du pouvoir à tout prix, c’est que ce dernier devient une menace pour ses intérêts.

Elevé dans les allées du pouvoir, Ali Bongo est un témoin privilégié du pillage des richesses de son pays par les multinationales occidentales, françaises notamment ! Une fois au pouvoir, il s’est progressivement éloigné du système de gouvernance qui a fait la longévité de son père et surtout son influence dans le cercle des Chefs d’Etat du pré-carré français en Afrique de l’ouest et du centre.

«Bongo-père» était craint car il était considéré comme un faiseur de rois en Afrique. Beaucoup avaient recours à ses bénédictions parce que les dirigeants de la France mangeaient dans sa main tant que cela pouvait assurer le pillage des richesses du Gabon.

En changeant de fusil d’épaule et en faisant de la satisfaction des attentes de son peuple une priorité, Ali s’est fait beaucoup d’ennemis. A commencer par des barons du Parti démocratique gabonais (PDG). Ces caciques du long règne de son père qui vont l’abandonner un à un, notamment Jean Ping et récemment son allié circonstanciel, Guy Nzouba-Ndama, qui a dirigé l’Assemblée nationale pendant 21 ans.

«A 69 ans, il était considéré comme une des rares reliques héritées d’Omar Bongo Ondimba qui gardait encore le temple», déclarait la voix du néocolonialisme français (RFI) au lendemain de sa démission en mars 2016. C’est aussi le cas de Casimir Oyé Mba et de Léon Paul Ngoulakia qui lui en veulent tous pour avoir perdu des privilèges un moment accordé aux dépens de la majorité du peuple gabonais.

Des réformes audacieuses aux dépens des intérêts économiques de la France

Comme le disait un internaute, la réalité au Gabon c’est que tous ces néo-opposants ont été toujours avec les Bongo et ils doivent tout au PDG. Ils ne sont dans l’opposition que parce qu’Ali Bongo Odimba les a privés de leurs privilèges. De vrais traîtres qui ne se soucient aucunement des intérêts du Gabon, mais plutôt de leurs privilèges perdus.

Le président Ali Bongo Ondimba ne croyait pas si bien dire lorsque, le 26 août dernier il déclarait à propos de Jean Ping et son alliance de circonstance, «il y a un risque de voir revenir certaines personnes qui ont fait tant de mal à notre pays». Il ne vient à l’esprit de personne, parmi ceux qui croient encore à «Ping-pong» (Jean Ping), de se demander où a-t-il trouvé les moyens de sa campagne à l’américaine menée à grand renfort de moyens ?

La France a ‘’foutu le bordel ‘’ en Côte d’Ivoire, en Libye, au Mali… Elle a relativement échoué au Burkina Faso et Bénin parce que le peuple est resté vigilant. Aujourd’hui, c’est le tour du Gabon.

Pourquoi la France ne veut plus des Bongo ? C’est la pertinente question qui revient le plus souvent dans les débats sur les réseaux sociaux. Selon de nombreuses sources proches des milieux financiers, les torts d’ABO sont nombreux.

A commencer par les audacieuses réformes entreprises ses dernières années qui ont porté de sérieux coups aux intérêts de l’ancienne puissance coloniale dans ce pays  pillé de la colonisation à nos jours. Ainsi, «Bongo fils» a osé faire un redressement fiscal au groupe pétrolier français Total qui devra verser près de 800 milliards de F CFA au Trésor gabonais.

Le président réélu a aussi retiré le contrat d’exploitation du bois gabonais à la France en imposant désormais la transformation de cette matière première sur place pour donner de l’emploi aux jeunes de son pays. Ils sont nombreux les observateurs qui pensent que la jeunesse gabonaise est réellement une priorité pour le Chef de l’Etat du pays.

La foudre que subit Ali Bongo n’est donc que la conséquence des réformes entreprises pour «le grand bien des Gabonais». La France lui en veut parce qu’il s’est émancipé de son emprise néocoloniale. Son fauteuil et sa tête sont mis à prix comme, avant lui, Thomas Sankara, Laurent Gbagbo, Mouammar Kadhafi, Amadou Toumani Touré…

Ce qui fait que loin de le discréditer dans l’opinion africaine, la pression de la France et des Etats-Unis est en train de donner plus de crédibilité et de légitimité à Ali et au clan Bongo, du moins de ce qui en reste parce que les rats ont quitté le navire à la demande des pirates qui veulent le faire chavirer.

«Au départ j’étais pour une alternance politique au Gabon après un règne cinquantenaire de la famille Bongo. Maintenant que les loups sont sortis des bois, maintenant que la France s’est prononcée au grand jour, les fils d’Afrique doivent se lever comme un seul homme pour défendre notre souveraineté», réagissait ainsi sur les réseaux sociaux un Gabonais qui avoue avoir longtemps été un militant de l’opposition.

Et de demander, «mettons-nous derrière Ali même si nous ne l’aimons pas pour nous battre contre la France. Et c’est ça le vrai combat. Jetons ces impérialistes hors du Gabon, hors de l’Afrique. Ali en a pris conscience, soutenons-le, le Gabon est en danger».

Faire de la politique une stratégie de développement partagée avec le peuple

En la matière, le salut de l’Afrique francophone ne viendra que du peuple parce que rares sont nos dirigeants qui ne sont pas tenus en laisse par la France. C’est pourquoi aucun d’entre eux n’a encore osé se précipiter pour envoyer un message de félicitations à ABO comme ils ont coutume de le faire.

Seul ADO s’est manifesté ! Et parce qu’il a été contraint et forcé de se désolidariser de son conseiller spécial, le très controversé Mamadi Diané, qui a introduit des hackers au Gabon pour appuyer Jean Ping dans sa tentative désespérée de hold-up présidentiel.

Le pauvre Mamadi n’est en fait qu’un bouc émissaire sacrifié pour  sauver la face. En réalité, c’est à ADO qu’a été confié le rôle toujours assumé par son mentor, Blaise Compaoré : débarrasser la France des dirigeants africains en disgrâce !

Nous avons été longtemps pro-ADO parce que jugeant que les crimes perpétrés pendant sa gestion de la Côte d’Ivoire (26 octobre 2000-11 avril 2011) et pendant la crise postélectorale de 2010 ne sont pas des faits imaginaires. Mais, aujourd’hui, comme beaucoup d’Africains, nous sommes envahis par le doute quant à la victoire d’ADO en 2010 !

«Le recomptage des voix serait une grande injustice contre Alassane Ouattara qui a gagné les élections en Côte d’Ivoire», disait Jean Ping en janvier 2011 à propos de la crise postélectorale ivoirienne. L’argument ? Ce n’était pas prévu dans la loi électorale en Côte d’Ivoire. Au Gabon, cela n’est pas prévu non plus.

Que la France et sa marionnette comprennent, pour paraphraser un discours de campagne d’ABO, que nous avons maintenant compris que «les politiciens, menteurs et hypocrites qui ne cherchent qu’à maintenir leurs privilèges et qui sont totalement soumis à la grande bourgeoisie ne sont qu’un rouage de cette dangereuse machine néoconservatrice qui vise d’un coté à vendre l’image d’un peuple».

Il est temps que, en Afrique, la politique cesse d’être un ascenseur social et financier pour réellement incarner une vision, des idées, un projet de société et, comme le dit ABO, «une stratégie de gouvernement partagé avec le peuple».

Et cela est d’autant indispensable que l’émergence économique ne sera qu’un vœu pieu tant que la grande majorité des Africains ne prendra  pas «conscience que notre développement ne peut plus être le fruit d’une décision extérieure à nous-mêmes», mais d’abord et surtout, «le résultat de choix librement définis».

Autrement dit, refusons que la France et d’autres puissances impérialistes nous imposent leurs hommes de paille comme dirigeants de nos Etats.

A regarder de près, ils ne nous ont imposé leur modèle démocratique que pour mieux tenir en laisse nos dirigeants en faisant de la colère du peuple une épée de Damoclès sur leur tête !

Moussa Bolly

 


Maliweb

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