Lendemain de Tabaski : Le mouton n’est toujours pas donné

Les prix sont loin de chuter car les marchands n’entendent pas brader les invendus qu’ils ont sur les bras

La fête de Tabaski se caractérise par un rituel particulier. Les fidèles musulmans, pour peu qu’ils en aient les moyens, sont tenus d’immoler une bête. Mais par n’importe laquelle. La préférence va au bélier et bien portant. A défaut, ce sera une brebis, un bouc, une chèvre, un chameau, un bœuf, etc.

Du coup, les béliers sont les bêtes les plus recherchées les jours qui précèdent la fête de Tabaski. Les chefs de famille sont obligés de se plier en quatre pour en acheter. Même s’ils n’en ont pas les moyens. La pression sociale et même les demandes pressantes des enfants, ne peuvent laisser quiconque de marbre. Si le voisin immole un bélier, il faudra tout faire pour faire de même afin d’éviter à ses enfants les quolibets de leurs camarades et s’épargner la soupe à la grimace de « Madame ».

Pour satisfaire à la forte demande, de nombreux marchands débarquent dans la capitale avec des cargaisons de béliers à vendre. Maints endroits de la ville sont colonisés par des groupes de bêtes. Sans parler des points de vente habituels. Mais tous les marchands n’arrivent pas à écouler la totalité de leurs moutons.

Un tour aux points de vente, nous a permis de faire ce constat. Au marché à bétail de Sabalibougou en Commune V du District, l’ambiance morose contrastait avec la grande animation qui régnait ici 48 heures plus tôt. Sur cette aire de quelques hectares, on peut voir des centaines de béliers invendus. Mais les prix n’ont pas baissé. A en juger par les dires d’Abdramane Kanté qui venait d’acheter un bélier à 75.000 Fcfa. Selon lui, avant la fête, un membre de sa famille s’est procuré un mouton sensiblement du même gabarit à 50.000 Fcfa.

Du côté des marchands, après les bonnes affaires, on prenait du bon temps. Regroupés sous un hangar, un groupe de commerçants agrémentait la causerie avec un gigot de mouton et du thé à la menthe. Ils ont consenti à nous révéler qu’ils ont pu vendre 200 têtes sur les 300 qu’ils avaient fait venir de la Mauritanie, de Léré, de Boni, de Nara et de Douentza.

Celui qui fait figure de chef explique que ses compagnons et lui vont rester quelques jours sur le site pour écouler le maximum de têtes. Les moutons invendus vont être acheminés dans les localités d’origine.

Pour justifier la cherté des prix du bélier, le marchand ne manque pas d’arguments. « Avec 7500 Fcfa l’unité, le sac de tourteau est prohibitif avec la qualité qui laisse à désirer », lâche-t-il avant de s’interrompre un instant, le temps de répondre à un client qui ne cessait de le héler. « Combien coûte ce bélier ? », demande l’acheteur. « 120.000 Fcfa », lâche le commerçant, sans sourciller. Et le client d’annoncer qu’il n’a que 50.000 Fcfa. Sentant qu’ils ne pourront probablement pas s’entendre, le marchand se détourne du client et reprend ses explications sur la cherté des prix.

« C’est depuis la brousse que le prix du mouton est cher car le secteur est envahi par des opportunistes et même des fonctionnaires qui, logiquement, n’ont rien à voir avec le commerce de moutons. C’est carrément de la concurrence déloyale », se plaint-il. Autres contraintes : les nombreux contrôles auxquels les commerçants doivent se soumettre au niveau des postes. Notre interlocuteur avoue qu’il laisse des sommes importantes au niveau de ces postes où se côtoient des policiers, des gendarmes, des douaniers, des vétérinaires, des agents des services des Eaux et Forêts. La plupart de ces agents ne délivrent aucun reçu contre les sommes perçues.

A Lafiabougou en Commune IV du District, la plupart des marchands soutiennent que la campagne de cette année a été moins fructueuse que celle de l’année dernière. Sur un total de 45 moutons convoyés de Mopti et Koro, les frères Hassimy et Mamadou Togo n’ont pu vendre qu’une seule bête pour la fête. Leur voisin Drissa Poudiougou peut en dire autant, avec 4 moutons restants sur 45 au départ. Le natif de Tombouctou Issa Dicko assure avoir vendu 7 ovins sur 15. « Maintenant, je suis obligé de baisser le prix pour pouvoir rentrer chez moi, tel n’est pas le cas des gens qui sont de Bamako », soutient-il.

Hamadoun Dicko aussi n’a pas fait de bonnes affaires. Le négociant a fait venir une vingtaine de béliers de Niono et n’a pu en écouler que 5. « La vente de moutons est difficile à cause de l’arrivée incontrôlée des étrangers sur le marché national, mais également c’est devenu une aubaine pour les chômeurs et les débrouillards qui, contrairement à nous, ne payent ni taxes ni impôts. L’État doit corriger cette injustice », dénonce Hamadoun Dicko.

Une autre raison à la relative mévente des béliers : des groupes de personnes se sont cotisés pour acheter des bœufs, histoire d’amoindrir certainement les charges. Une autre catégorie a attendu le lendemain de la fête pour acheter leurs moutons en tablant sur une baisse des prix. Mauvaise pioche. Puisque les prix n’ont pas du tout chuté comme ils l’espéraient.

SIDIBE

aBamako

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