Discours de Toumani Djimé Diallo, Ambassadeur du Mali en Allemagne, lors du lancement de la semaine culturelle du Mali à Berlin

Monsieur le Représentant du Ministère fédéral des Affaires Etrangères,
Monsieur le Représentant de la Commission du développement et de la coopération culturelle,
Monsieur le Représentant personnel pour l’Afrique de Madame la Chancelière
Excellence monsieur le Doyen du Corps Diplomatique et Excellences mes chers collègues,
Monsieur le Président du Comité de base des Maliens résidant en Allemagne
Honorables invités

Mesdames et Messieurs,

En vos rangs, grades et qualité ;

D’entrée de jeu, Je voudrais, et permettez le moi s’il vous plait, avoir une pensée pour Madame la Ministre de la Culture du Mali, Mme N’Diaye Ramatoulaye ; et lui souhaiter de vite recouvrer sa santé.

Elle aurait été si heureuse d’être parmi nous, ici et maintenant ! Et comme l’amitié séculaire liant le Mali et l’Allemagne en aurait gagné, comme cette amitié aurait pu s’enrichir, s’approfondir, de la voir vous dire, de vive voix, toute la passion qui est sienne, pour la culture en général, la culture allemande singulièrement, ainsi que toute sa dédicace aux échanges des cultures entre ces deux pays, dont la richesse fait l’unanimité !

Mais hélas, à l’instar de cette autre grande Dame qui, pour cause d’une certaine maladie, dut interrompre, il ya peu, son intense activité politique, malheureusement, pour les mêmes raisons et pour le même mal, elle n’a pas pu répondre à l’aimable invitation à elle adressée par la Commission du développement et de la coopération du Bundestag.

Elle me prie de transmettre à ladite commission ses sincères remerciements.

Elle me prie, également, de vous transmettre, à toutes et à tous, Excellences, Mesdames et Messieurs, ses profonds regrets.

L’homme propose Dieu dispose a-t-on coutume de dire ; Mais rassurez-vous, ce ne sera que partie remise, car, un adage bien de chez nous, partagé j’en suis sûr par beaucoup de peuples, dit également : Ce que femme veut, Dieu le veut.

Pour tout vous dire, Excellences, Mesdames et Messieurs, lorsque, fraichement nommé ambassadeur résidant à Berlin, mais couvrant, outre l’Allemagne, l’Autriche, les pays scandinaves, les pays baltes, l’Estonie et la Pologne, j’entrepris la tournée des départements ministériels aux fins de collationner les domaines de coopération que chacun, à son niveau, souhaiterait me voir explorer, voilà le langage qu’elle me tint, alors qu’elle concentrait à son niveau, la culture, le tourisme et l’artisanat.

Monsieur l’Ambassadeur, n’oubliez pas que vous avez l’honneur insigne et la chance immense d’être accrédité dans des pays de grande technologie certes, mais aussi, et surtout dirais-je, de peuples férus d’histoire et de culture. Je ne vous en donne qu’un seul exemple, les opéras sont à guichets fermés, 3 mois à l’avance !

L’Allemagne, en particulier, me dit-elle, a donné à l’humanité, Johann Sebastien Bach, Richard Wagner, Georg Friedrich Händel, Robert Schumann, Ludwig Beethoven, Richard Strauss, sans oublier Wolfgang Amadeus Mozart, ni son aîné mais très admiratif Joseph Haydn, même si, au vu des vicissitudes de l’histoire de Salzbourg, une certaine polémique pourrait exister sur la nationalité de ces derniers. Que resterait-il de la musique classique occidentale, sans ces illustres compositeurs, dont l’écoute nous émeut encore aujourd’hui, nous-mêmes soudaniens sahéliens ?

La même Allemagne, continua-t-elle, a donné à la pensée philosophique de l’humanité le rationalisme intellectuel de Leibniz, le rationalisme symbiotique de Kant, le rationalisme dialectique de Hegel, entre autres courants de pensée.

J’ajoute, personnellement et sans complexe, Karl Marx, dont la pensée philosophico-économique, reste remarquable de cohérence, et dont des pans entiers demeurent d’actualité, pensée qui aurait sûrement connu un autre destin, si elle ne s’était méprise, d’une part en prenant l’Homme pour Dieu et non créature de Dieu à son image et, d’autre part, en croyant qu’une dictature pourrait se substituer à une autre, et aboutir à l’épanouissement de l’humain.

Mais revenons-en à mon entretien avec Madame la Ministre !

Qui plus est, Monsieur l’Ambassadeur, poursuivit-elle, l’Afrique subsaharienne doit énormément aux hommes et femmes de culture allemands.

Relisez Senghor, notamment Les leçons de Frobenius, ainsi que Négritude et civilisation de l’universel ;

Revisitez la poésie de Goethe ;

Vous vous rappellerez, alors, que le premier, Frobenius, fut à l’origine de la rupture épistémologique ayant permis aux Senghor, Aimé Césaire, Léon Gontran Damas, et autres, de jeter les bases de l’historique et célèbre courant de la Négritude, au point  d’inspirer ces mots au Poète-Président sénégalais : « Nul mieux que Frobenius ne révéla l’Afrique au monde et les Africains à eux-mêmes » ;

En effet, à l’issue de ses volumineuses recherches et de douze voyages en Afrique entre 1904 et 1935, dont huit mois passés à Tombouctou, Frobenius, éminent ethnologue et philosophe, rassembla toute une panoplie d’informations et de connaissances sur l’Afrique, mit sur pied un inventaire de plus de 250 000 extraits, photos et cartes, élabora une méthode et une typologie des cultures présentées dans son œuvre Paideuma, qui furent à l’origine de la déconstruction des théories en vogue à l’époque, réduisant le continent africain en une espèce de tabula rasa, et déniant à l’homme noir africain, toute faculté intellectuelle, toute valeur de culture, bref, toute civilisation.

Relisez-les, revisitez-les ! Vous vous souviendrez, alors, des similitudes, affinités et ressemblances existant entre le concept goethien du « weltliteratur » et celui senghorien de la « civilisation de l’universel ».

Là, je voudrais m’adresser à mon collègue du Sénégal : Voyez, Excellence Monsieur l’Ambassadeur du Sénégal, comment Léopold Sédar Senghor fut le Chantre de l’identité culturelle de toute l’Afrique subsaharienne. Partant, il n’appartient pas au seul Sénégal, Nyun nyeup nyo ko bok, il nous appartient à tous.

Mesdames et Messieurs ! Notre ministre de la culture avait d’autant plus raison qu’à l’époque, les milieux intellectuels dans lesquels évoluaient les chantres de la Négritude refusaient aux Noirs et à la diaspora negro africaine, je le répète, toute culture, toute civilisation, et œuvraient pour une prétendue assimilation des leurs ; Théorie encore vivace, du reste et hélas,  chez certaines élites occidentales.

Quel est déjà cet homme d’Etat, auquel on doit ce monument de niaiserie prononcé à Dakar, lors d’un fameux discours à la jeunesse africaine, je cite : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire » ? je ne me souviens plus de son nom. D’ailleurs, son nom vaut-il la peine d’être retenu, d’autant plus que, si le cœur du Mali et du Sahel saigne si abondamment aujourd’hui, c’est dû, en grande partie, (Je dis en grande partie, je ne dis pas en totalité, notre responsabilité dans ce domaine n’étant pas quantité négligeable. Loin de là !), si le Sahel est tant déstabilisé de nos jours, c’est dû en grande partie, disais-je, aux affres nées de son aventureuse intervention en Lybie, décriée alors par le continent africain tout entier, aujourd’hui de plus en plus dénoncée par les démocraties avisées, de par le monde.

Nous concluâmes notre entretien, Madame la Ministre et moi, par la décision d’œuvrer à instituer un concept de semaine culturelle malienne, qui sillonnerait les différents länders de l’Allemagne, ainsi que les autres pays de ma juridiction. Nous nous lancerions ainsi, dans une espèce de diplomatie culturelle, une diplomatie des cultures basée sur des échanges et partages qui viendraient prolonger et compléter la diplomatie d’Etat et la diplomatie parlementaire, comme le font du reste les centres culturels existants çà et là.

Cette semaine culturelle réunirait tous les compartiments de la culture malienne :

Allant de nos grandes divas, Oumou Sangaré, Rokia Traoré, Inna Modja, Na Hawa Doumbia, Babany Koné, Kandia Kouyaté, Mah Kouyaté, dignes héritières des prestigieuses Mougantafé Sacko, Fanta Damba, Tata Bambo, Amy Koïta,

à nos chanteurs et musiciens de stature internationale avérée, tels Salif Keïta, le rossignol du Mandé, le génial Cheikh Tidiane Seck, Toumani Diabaté, ce virtuose de la Cora dont le fils, Sidiki, est bien la preuve que bon sang ne saurait mentir, Habib Koïté, Boncana Maïga, vieux Farka Touré digne héritier de l’immense bluesman Ali Farka Touré, les groupes Kel Tamacheq Tinariwen et tamakrest n’étant pas des moindres ;

Je n’oublie pas, bien entendu, les musiciens acteurs du film Mali blues, à savoir, Fatoumata Diawara, Ahmed ag Kaedi, Master Soumy, présents parmi nous, ainsi que Bassekou Kouyaté absent pour des raisons techniques ;

Cette semaine comporterait également des segments de notre culture, allant,

de nos peintres et cinéastes de renom, Feu Bouba Keïta, Souleymane Cissé, Cheikh Oumar Cissoko, Adama Drabo, la grande Fatoumata Coulibaly, dite FC, les regrettés Seydou Keïta, Malick Sidibé, les talentueux Adama Kouyaté, Seydou Camara, Bintou Camara, Fatoumata Diabaté, et tant d’autres talents qui ne demandent qu’à être promus, allant, également, du célèbre cinéaste, Mamou Cissé, que Dieu vient d’arracher à notre affection, et pour lequel je voudrais vous demander d’observer une minute de silence,

à nos artisans, touaregs, arabes, songhoï, mabos et noumous d’ethnies diverses, fabuleusement représentés par la merveilleuse porte tombouctienne pavoisant cette salle ;

Une semaine culturelle allant, enfin,

de la cosmogonie dogon, du mysticisme bamanan, de la poésie mélodieuse al poular, quelque part précurseurs du rap, des Danses du Khaso, du Balani du banimonitie, du Takamba de Gao, Kidal et Tombouctou, du Bara de Segou, du Donson n’goni de Sikasso, de la pêche traditionnelle à l’étiage de la mare sacrée de San, le sannamo, de la fabuleuse traversée du fleuve Djoliba à Diafarabé, par les bovins revenant de la transhumance,

aux statuaires et masques dogons, senoufo et bambara.

Le tout, naturellement enveloppé des effluves et parfums de nos succulentes saveurs culinaires.

Nous en étions là lorsque je reçus en audience Mr Lutz, que je vous demande d’applaudir, qui me demanda de bien vouloir assister à la projection de la Première de son film Mali Blues, le 20 septembre prochain.

Vous devinez l’enchainement. Cette date étant proche du 22 septembre, date anniversaire de l’indépendance du Mali, il m’a paru judicieux, malgré les courts délais qui s’imposaient à moi, d’organiser les présentes journées culturelles, en y incluant l’événement concerné, et avec pour thème : « L’art et la culture, facteurs et vecteurs de paix et cohésion nationale au Mali ».

Ces journées constitueraient ainsi, par le fait même, un petit test de faisabilité du projet de semaine culturelle, d’autant plus que je venais d’être informé de l’existence, à Berlin, d’une galerie d’objets d’arts premiers dénommée … « Galerie Dogon ». Je vous demande, également, d’applaudir Mme Monika, Directrice de ladite galerie.

C’est ainsi que lesdites journées que nous lançons ce jour par une inauguration par les Officiels, seront ouvertes au public à partir du 20 septembre. Elles comporteront :

  • deux ciné clubs (projections suivies de débats des films « Mali blues », avec la participation des acteurs musiciens et « Les manuscrits de Tombouctou »),
  • un vernissage d’objets d’arts dogons
  • et prendront fin le 22 septembre, après une levée des couleurs à la Résidence de la République du Mali, par un débat sur l’accord de paix et de réconciliation signée à Bamako le 20 juin 2015.

Ce débat aura pour panélistes :

  • Mme Oumou Touré, Présidente de la Coordination des Associations Féminines et ONG du Mali,
  • Ag Hamani, ancien Premier ministre de la Troisième République du Mali, ministre de la Deuxième République pendant 10 ans, animant aujourd’hui un Forum de la Société Civile, très actif dans la quête de paix du peuple malien ;
  • Younoussi Touré, premier Premier ministre de la Troisième République, ancien Directeur Général pour le Mali de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest durant la seconde république, Vice Président de l’Union pour la République et la Démocratie, principal parti d’opposition dont le chef, l’Honorable Soumaïla Cissé, fut le challenger du Président Keïta aux dernières élections, et Président par intérim de l’Assemblée Nationale du Mali durant la dernière Transition.
  • Zoubeir Mahmoud, ancien Ambassadeur dans plusieurs Etats arabes.

Tous originaires du septentrion ou du centre maliens.

  • Avec comme modératrice Mon épouse, Mme Diallo Aïssata Touré, également présidente de la Commission des Affaires Etrangères de l’Assemblée nationale du Mali, originaire du centre, elle aussi.

Car c’est cela le Mali ; et cela restera ainsi, par la grâce de Dieu, à savoir, une mosaïque multicolore, multiculturelle, multiconfessionnelle, pratiquant un pluralisme politique responsable.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Je n’avais pas souhaité être long. Mais je l’ai été. Veuillez bien m’en excuser. Aussi voudrais-je conclure par des remerciements.

Au nom du Président Ibrahim Boubacar Keïta :

Je voudrais, en premier lieu, remercier la communauté internationale, venue au secours du Mali, lorsque des barbares obscurantistes se sont emparés de son septentrion, ont détruit une partie de son riche patrimoine culturel, et menaçaient de soumettre le pays entier à un régime d’un autre âge.

Singulièrement :

La France qui, avec Serval stoppa cette entreprise diabolique ;

L’Algérie, pour le doigté qui fut le sien, en tant que chef de file des pourparlers ayant conduit à l’accord de paix et de réconciliation signé à Bamako le 20 juin 2015

La CEDEAO et l’Union Africaine, dont l’appui ne nous a jamais fait défaut

Le Maroc, grâce à son action au sein de l’ONU, dont il présidait l’Assemblée Générale au moment des votes des résolutions pertinentes sur le Mali en crise, toutes prises à l’unanimité, ainsi que pour ses actions humanitaires durant la transition en direction, tant des réfugiés dans les pays limitrophes que des déplacés internes

L’Allemagne, dont les soldats ainsi que les drones font en ce moment un excellent travail  de formation de militaires et policiers maliens, ainsi que de renseignements sur le terrain,

A tous les pays dont les soldats participent à la Minusma, en particulier ceux qui ont payé de leur vie leur sens de la solidarité

Et je dis aussi :

Merci au Ministère fédéral des Affaires Etrangères et à celui de la Coopération, pour l’excellence des relations politiques et la qualité de la coopération, existant entre le Mali et l’Allemagne. Je voudrais leur dire que, le 22 septembre, la diplomatie d’Etat reprendra ses droits. En ces mêmes lieux, retentiront nos hymnes nationaux et nous saurons souligner l’état de notre coopération ainsi que les perspectives qui s’offrent à elle.

Merci à la commission du développement et de la coopération culturelle du Bundestag, en lui renouvelant les regrets de Mme le Ministre, mise dans l’impossibilité d’honorer son aimable invitation, et prie ses honorables membres de transmettre ses salutations à l’ensemble des parlementaires de Bundestag ;

Merci à mes collègues, venus si nombreux rehausser l’éclat de notre manifestation ;

Merci à toutes et à tous Mesdames et Messieurs.

Et, last but not least, mille mercis à nos sponsors, principalement, la Banque Nationale du Développement Agricole, le Groupe Togouna, le Pari Mutuel Urbain, la Banque du Développement du Mali, mais aussi la Banque Malienne de Solidarité, la Banque Internationale du Mali du Groupe Attijariwafa, la Banque Of Africa, la Malienne de l’Automobile, à qui l’on doit que ces journées soient, sans que l’on ait eu recours au moindre centime de fonds public.

Vive la symbiose des cultures, fondement de la civilisation de l’universel, grand lieu du donner et du recevoir.

Et que Dieu nous garde !

Je vous remercie de votre aimable attention !

Toumani Djimé Diallo, Ambassadeur du Mali en Allemagne


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Discours de Mr Andréas Yanne de la commission du développement et de la coopération culturelle du Bundestag

Excellences,

Monsieur l’Ambassadeur,

Mesdames et Messieurs les Députés du Bundestag,

Mesdames et Messieurs les représentants du Gouvernement Fédéral,

Distingués invités, de tous grades et toutes fonctions,

 

C’est avec un sentiment particulier, mélange d’honneur et de plaisir, que nous

nous retrouvons aujourd’hui avec vous, pour la célébration du 56ème anniversaire de l’accession à l’indépendance de  la République du Mali à travers  les journées consacrées à la culture, aux cultures du Mali.

Je prie les diplomates anglophones de ne pas m’en tenir rigueur si je prononce mon discours en langue française. Ma relation avec la langue anglaise est semblable avec celle que j’entretiens avec ma femme, je l’aime beaucoup, mais je ne la maitrise pas parfaitement.

Excellence, Monsieur l’Ambassadeur,

Permettez-moi de vous féliciter pour l’initiative de l’organisation de ces journées culturelles qui, nous en sommes sûrs, permettront de nous faire découvrir des facettes culturelles encore inconnues de ce grand pays ami qu’est le Mali.

Soyez sûr que le peuple allemand, à travers ses représentants que constituent les parlementaires, apprécie à sa juste valeur ce riche patrimoine, cette ouverture sur ces volets extraordinaires et culturels du Mali. Monika Gruetters, Déléguée du Gouvernement Fédéral d’Allemagne pour la Culture et les Médias, apprécie hautement votre initiative et vous envoie ses sincères salutations. Elle souhaite un plein succès à ces journées culturelles.

Permettez-moi, Excellence, de souligner le rôle personnel que vous avez joué dans l’organisation de cette semaine culturelle. Dans un contexte régional plutôt complexe, vous présentez avec conviction et brio auprès des autorités allemandes les subtilités culturelles de votre pays en donnant ainsi une voix audible à la diversité culturelle qui est la marque de votre pays. Vous êtes ainsi le meilleur exemple de la réussite de la diplomatie culturelle dont vous avez parlé dans votre discours.

 

Miguel Angel Asturias, Prix Nobel de littérature et diplomate chevronné, donna déjà en 1972 une excellente définition de ce qui caractérise le travail de la diplomatie culturelle au quotidien : « En politique, c’est comme au concert : une oreille non avertie pourra croire que les instruments en train de s’accorder sur le la font déjà de la musique. La politique et la diplomatie sont complémentaires sur le plan de la culture : il s’agit souvent du même principe : comment nous, les diplomates, devons – bon gré mal gré – transformer les coups de grosse caisse des hommes politiques en un arpège de harpe. »

Excellence,

Mesdames et Messieurs,

Ce grand intérêt, cette grande admiration, du peuple allemand pour les cultures africaines subsahariennes, en particulier maliennes, vous l’avez dit, ne datent pas d’aujourd’hui.

L’Allemagne a été en effet pour la première fois en contact avec votre pays en 1853, avec la visite historique du chercheur allemand Heinrich Barth (1824-1865) à Tombouctou, où il séjourna pendant huit (8) mois. La « Maison » de Heinrich Barth existe encore aujourd’hui dans la Cité mystérieuse de Tombouctou, ville des 333 saints.

Heinrich Barth a été suivi à Tombouctou par d’autres chercheurs. Tous ces chercheurs allemands, qui ont été des précurseurs des relations d’amitié entre l’Allemagne et le Mali, ont intensivement écrit et publié sur la géographie, l’histoire, les poèmes oraux, bref, la culture des vieilles ethnies de votre pays et, aussi, sur le développement de la culture et sur l’histoire du grand Empire du Mali et sa sociologie.

C’est ainsi, tout naturellement que la République Fédérale Allemande fut le premier pays à reconnaître le Mali indépendant.

Depuis, l’accompagnement de l’Allemagne, n’a jamais fait défaut au Mali. Je peux donc vous assurer que tout le soutien et les efforts continus iront vers votre beau pays, si riche et si dense en culture ! Alois Schlegel, premier Ambassadeur de l’Allemagne au Mali écrivait déjà en 1963 : « L’âme malienne est secrète et profonde. Grave et rêveuse, contradictoire et mélancolique, mais aussi inquiète et sensible. Je connais le peuple malien et ne suis guère enclin à exagérer ses qualités, mais je suis intimement convaincu que ce peuple peut enrichir la vie spirituelle de tous les hommes en Afrique en leur apportant quelque chose de profond, qui n’appartient qu’à lui mais leur parle à tous. »

Voilà pourquoi, lorsqu’il s’est agi de renforcer la déjà très féconde coopération entre nos deux pays par un volet sécuritaire et militaire, avec l’envoi de 650 soldats de notre armée au Mali en proie à la déstabilisation terroriste, cela aux fins d’aider l’armée et la police du Mali à mieux assurer leur devoir, l’Allemagne n’a pas hésité à être à vos côtés. Je peux vous assurer, Excellence, que l’adhésion d’une majorité confortable au parlement n’a pas posé de problème particulier, tant il était clair pour tous les députés qu’il fallait œuvrer à la préservation d’un pan essentiel du patrimoine culturel mondial. Nous sommes conscients qu’en aidant le Mali dans cette phase extrêmement sensible de son histoire, nous aidons, quelque part, toute la sous-région à préserver un espace culturel unique au monde.

L’Allemagne a toujours été, et restera toujours, aux côtés du Mali. Comme vous l’avez si bien rappelé, Monsieur l’Ambassadeur, notre engagement est constant, notre amitié est immuable, nos intérêts sont pérennes. Nous voulons une lecture de la situation du Mali autre que celle, fortement réductrice, que tente de nous imposer la conjoncture actuelle. Nous voulons une lecture plus conforme à l’essence de sa réalité profonde, historique, structurelle et éternelle celle-là.

Excellence, Mesdames et Messieurs,

en Allemagne, nous éprouvons un grand intérêt pour la culture, c’est connu, et encore plus pour celle du Mali. Les jumelages entre Bamako et la ville de Leipzig et entre Tombouctou et la ville de Chemnitz existent depuis un demi-siècle. Ils sont signe d’un partenariat gagnant-gagnant sur le plan culturel entre nos deux pays.

Oui, nous voulons nous imprégner davantage, et plus profondément, des us et coutumes de la grande diversité du Mali. Apprendre la signification des masques, statuettes et autres objets de l’artisanat. Découvrir les secrets des manuscrits de Tombouctou, constituant du reste un centre d’intérêt particulier pour l’Université de Hambourg.  Comprendre les traditions du peuple du Mali.

Nous voulons nous initier à la compréhension de la cosmogonie dogon, nous pénétrer de la puissance du mysticisme bambara, nous émerveiller des harmonies et mélodies du Wassoulou. Et tout cela, vous vous en doutez bien, dans le but de mieux accompagner et soutenir le peuple ami du Mali.

Oui, nous savons que le peuple malien est combatif, courageux et persévérant.  Nous savons que, du nord au sud, le Mali regorge d’immenses potentialités, de grandes ressources culturelles et humaines.

Nous voulons comprendre les relations entre ces multitudes d’ethnies qui composent cette belle mosaïque du Mali. Permettez-moi de citer Léopold Senghor, un grand ami du Mali depuis son indépendance :

„Dans les débats actuels, qui sont si clivants et toujours axés sur ce qui nous sépare, il faut en revenir à la culture et prendre conscience qu’aucun d’entre nous ne détient toutes les réponses, que ce soit aux questions politiques ou aux questions personnelles. Le défi du présent consiste à assumer humblement cette incertitude tout en combattant pour ses convictions, à être ouvert aux autres opinions tout en restant fidèle à ses propres principes. Je prie tous les jours pour trouver cette sagesse. Je prie pour que Dieu me montre les limites de notre raison et m’ouvre les yeux et les oreilles pour que j’entende mon frère dont les convictions sont différentes. Pour que j’admette que ceux qui ne partagent pas mes convictions ont eux aussi des rêves et sont eux aussi les enfants de Dieu, et qu’ainsi nous puissions faire un bout de chemin ensemble, en harmonie de nos cultures respectives.“

Oui, nous avons encore soif de la culture malienne. Nous savons que le Mali ne se résume pas à la grave crise qu’il traverse depuis 2012.

Excellence Monsieur l’Ambassadeur, Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi de clore mon discours par un conte malien que reprend l’écrivain et anthropologue malien Amadou Hampâté Bâ dans son ouvrage « L’éclat de la grande étoile » :

Quatre bougies brûlaient lentement. Il régnait un tel silence que l’on pouvait entendre leur conversation. La première dit « Je suis la Paix ! Cependant, personne n’arrive à me maintenir allumée ici… Je crois bien que je vais m’éteindre…» Sa flamme diminua peu à peu, et disparut.

 

La seconde dit « Je suis la Foi ! Mais dorénavant, tout le monde pense que je ne suis plus indispensable… Cela n’a pas de sens que je reste allumée plus longtemps ! » Et sitôt qu’elle eut fini de parler, une brise légère souffla sur elle et l’éteignit.

 

La troisième bougie se manifesta à son tour « Je suis la Culture ! Mais je n’ai plus de force pour rester allumée. Les gens me laissent de côté et ne comprennent pas mon importance. Ils oublient même d’apprécier ceux qui sont proches de moi… les beaux-arts.» Et sans un bruit, elle s’effaça à son tour.

 

Alors entra un enfant, qui vit les trois bougies éteintes. « Mais pourquoi avez-vous cessé de brûler ? Vous deviez rester allumées jusqu’à la fin ! » Et une larme glissa le long de sa joue…

 

Alors la quatrième bougie murmura « N’aie pas peur. Tant que j’ai ma flamme, nous pourrons rallumer les autres bougies. Je suis l’Espérance ! »

 

Alors, les yeux brillants, l’enfant prit la bougie de l’Espérance et ralluma les trois autres. En partant l’enfant entendit susurrer la bougie : « Quand tu pleures parce que ton soleil s’est éclipsé, il ne faut jamais admettre que tes larmes te cachent la vue sur les étoiles. »

 

Excellence,

Mesdames et Messieurs,

C’est en ce sens que je vous invite à contempler les étoiles du Mali et de célébrer cette semaine de la Culture organisé par l’Ambassade du Mali pour mieux accompagner, mieux soutenir ce pays dans ses actions de réconciliation, de reconstruction et d’instauration d’une paix durable, facteur clé de développement.

Vive le Mali !

Vive la Coopération germano-malienne,

Je vous remercie de votre aimable!

 

 


Maliweb

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