Faiblesse des rendements agricoles : La dégradation progressive des sols pointée du doigt

Faire de l’Agriculture le moteur du développement économique du Mali, par une exploitation judicieuse et efficace des énormes potentialités du pays, c’est le grand défi que veulent relever les autorités publiques maliennes engagées dans un véritable processus de révolution verte. Mais cela arrive dans un contexte marqué par la baisse progressive des fertilités des sols dans de nombreuses régions de l’Afrique sub-saharienne y compris le Mali. S’y ajoute que le changement climatique devrait occasionner des événements météorologiques plus extrêmes comme des inondations, des sécheresses et du temps plus imprévisible. Des bouleversements qui ne feront vraisemblablement qu’accentuer les problèmes rencontrés au niveau de la fertilité des sols. 

En ce qui concerne les facteurs de la baisse progressive de la fertilité des sols, certaines pratiques agricoles courantes sont pointées du doigt. Le brûlage des résidus de culture et l’abandon des sols à nu, sans protection contre le soleil et le vent, sont constamment cités, en plus de l’utilisation excessive ou insuffisante d’engrais et les rotations de cultures inadéquates entraînent également une diminution de la fertilité des sols.

Selon les experts, les sols africains, souvent pauvres en nutriments au départ, sont rapidement dégradés par l’effet combiné de périodes de jachère  courtes, de la monoculture, de l’agriculture sur brûlis. En tentant d’accroître les rendements par l’application abusive d’engrais, les sols finissent par s’épuiser. En effet, c’est admis que la dégradation du sol peut survenir à la suite d’un excès de labourage des terres. Ce qui endommage la structure du sol. Mais il y a aussi l’utilisation excessive d’intrants comme les engrais synthétiques et les herbicides laissant des résidus et des accumulations qui gênent le travail des micro-organismes. Selon les experts, une accumulation de sel dans le sol, souvent associée à l’irrigation, peut tarir la fertilité et limiter les rendements des cultures.

Il est vrai que nos paysans ont accumulé beaucoup d’expérience au fil des ans et sur cette base ont développé de nombreuses pratiques traditionnelles – et même modernes -pouvant  contribuer à améliorer la fertilité des sols et les aider à rendre leurs fermes plus résilientes et résistantes au climat changeant. On peut citer le micro dosage des engrais, l’utilisation plutôt que le brûlage des résidus de culture et des autres matières organiques, la plantation de cultures et d’arbres fixateurs d’azote, le bon usage du compost et du fumier, ainsi que la prise de mesures pour prévenir l’érosion éolienne et hydrique. Mais de nos jours, cela ne suffit plus pour booster les rendements et les mettre à la hauteur des fortes attentes, notamment pour alimenter correctement les industries de transformation et les filières d’exportation.

Un sol fertile est riche en nutriments nécessaires pour la nutrition des plantes, notamment l’azote, le phosphore et le potassium. Trois éléments que les spécialistes symbolisent en trois lettres : N-P-K. C’est aussi un sol qui contient des  oligo-éléments (le boron, le cobalt, le cuivre, le fer et plusieurs autres éléments) considérés comme  essentiels pour la nutrition des plantes, mais dont les quantités, idéalement, doivent être plus faibles que N-P-K. Sans compter de bons niveaux de matière organique en mesure d’améliorer la structure du sol et sa capacité de rétention de l’eau. Evidemment, il y a les micro-éléments comme les vers de terre et les termites, auxquels il faut ajouter des micro-organismes : champignons, bactéries… pour aider à supporter la croissance et la santé des plantes.

La problématique de l’acidité des sols

Mais en dehors de tout ceci, il faut que le PH du sol soit équilibré. Le PH étant compris comme l’indicateur de l’acidité ou de d’alcalinité du sol. Lorsque le PH du sol est faible (moins de 5,5) les concentrations ‘aluminium et de manganèse peuvent se révéler toxiques pour des cultures sensibles.

Au Mali il a été noté que malgré les énormes potentialités agricoles, la production reste faible, souffrant à la fois d’un manque d’infrastructures en milieu rural, de rendements faibles trop liés aux variations climatiques et aux PH des sols. Le Mali étant situé en zone soudanienne, l’acidité des sols est favorisée par la nature des matériaux pédologiques (sols développés sur altérites de granite et de grès). Il y a aussi le fait que les sols les plus cultivés de la partie sud du Mali, ceux de glacis d’épandage, présentent une structure de mauvaise qualité, comme l’a démontré une étude réalisée en 2001 par les chercheurs Diallo et Keïta.

Si le Gouvernement s’attèle à résorber le manque d’infrastructure, pendant qu’au niveau planétaire on mène le combat pour atténuer les effets du changement climatique, il reste à s’intéresser davantage à la problématique de l’acidité des sols. Comme aime à le dire un de nos amis technicien agricole, l’engrais c’est pour la plante et il faut aussi combiner son utilisation avec un traitement du sol afin d’espérer accroître sensiblement les rendements agricoles.

On a tenté avec l’application des phosphates naturels (PN), ce qui avait boosté la production de l’exploitation de Tilemsi, mais on s’est rendu compte que cela ne suffisait pas et qu’il était nécessaire de recourir aussi à la pratique du chaulage des sols, à l’instar de ce qu’a fait récemment l’Icrisat en conduisant des essais à ce sujet.

Application de chaux

L’incorporation de chaux ou de dolomie dans la couche de sol cultivable supérieure est une méthode efficace pour l’amélioration des sols acides. L’apport localisé en bandes ou l’enrobage des semences avec de la chaux au moment du semis sont aussi des pratiques courantes utilisées pour faciliter l’implantation des légumineuses fourragères tempérées. La chaux peut également être appliquée comme traitement préventif de l’infertilité des sols, pour fournir du calcium et du magnésium à des sols pauvres. Le chaulage augmente le pH du sol acide, donc l’activité des bactéries fixatrices d’azote est moins inhibée et la fixation de l’azote augmente.

Bien que la chaux soit principalement utilisée pour augmenter le pH du sol et diminuer les toxicités associées à un sol acide, le chaulage a également été utilisé pour améliorer la structure du sol. En effet, la minéralisation de l’azote à partir de résidus végétaux et de matières organiques augmente quand de la chaux est appliquée dans un sol acide.    

A.B. NIANG

 


Maliweb

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