Le Pr Ali Nouhoum Diallo : Du pavillon de la médecine à la jungle

Le professeur Ali Nouhoum Diallo a fait une mauvaise sortie dans ses dernières déclarations devant les associations de la communauté peulh. Il fut une grande personnalité au Mali et dans la sous-région ouest-africaine. Président de l’Assemblée nationale du Mali pendant une décennie, président de l’Assemblée parlementaire de la CEDEAO. A la naissance de la rébellion touareg des années 1990, le professeur Ali Nouhoum Diallo et le président Alpha Oumar Konaré n’avaient voulu prononcer le mot «Gandakoy», à plus forte raison accepter la création de ce mouvement d’autodéfense.
De 1990 à 2006, ce sont 9.500 touaregs et arabes qui ont été intégrés dans les rangs des forces armées et de sécurité et autres services de l’Etat (douanes, impôts, Eaux et forêts,…) au nom des groupes armés.

En 1995, le professeur Ali Nouhoum Diallo, président de l’Assemblée Nationale du Mali avait animé une conférence régionale à Mopti pour fustiger les responsables du mouvement d’autodéfense «Gandagoye» qui réclamaient des postes. Pourquoi, à l’époque, s’était-il opposé à la création de ce mouvement d’autodéfense ? Parce que tout simplement sa communauté peulh n’était pas visée.

En juin 1990, date de la reprise des hostilités de la rébellion touareg, tous les mouvements armés nés sont de connotation ethnique ou tribale. Ce sont le FIAA (Front islamique arabe de l’Azawad), le FPA (Front populaire de l’Azawad), le MPA (Mouvement populaire de l’Azawad), le FPLA (Front populaire de libération de l’Azawad). Tous composés des Arabes, des Chamananmachs, des Ifoghas et Idnans, des Imghads.

Quelle a été la réaction du professeur Ali Nouhoum Diallo et ses partisans de la communauté peulh lors de la naissance des mouvements identitaires peulh : l’Alliance nationale pour la sauvegarde de l’identité peulh et la restauration de la justice (ANSIPRJ) dirigé par M. Bakaye Cissé ou Oumar al-Janah, (ou Oumar Aldiana). Ce mouvement qui se dit défendre l’identité peulh a déclaré devant l’opinion nationale et internationale qu’il va s’attaquer à l’armée malienne. C’est ça le fait le plus grave. Il s’est proclamé non djihadiste comme Amadou Kouffa du FLM (Front de libération de l’empire du Macina).

Amadou Kouffa n’a jamais parlé d’ethnie, il a parlé de religion islamique. Il a dit aussi qu’il n’a rien à faire aux populations civiles et qu’il a à faire à l’Etat du Mali. Quand l’ANSIPRJ dit déclarer la guerre à l’armée malienne, cela équivaut à déclarer la guerre au Mali car l’armée malienne renferme en son sein toutes les ethnies et tribus qui composent le peuple malien. S’attaquer à l’armée malienne, c’est différent de s’en prendre aux paisibles populations qui voyagent sur le tronçon Sévaré-Gao. L’autre jour, c’est un commerçant qui a été dépouillé de vingt millions de FCFA (20 millions).
Au professeur Ali Nouhou Diallo, je dis de faire gaffe à tout «fitna» source de l’amalgame et dont les conséquences sont incalculables. A titre de rappel, il y a eu le massacre des populations civiles de Bamba en 1996 où plusieurs personnes ont été assassinées par le FIAA de M. Zahaby Ould Sidi Mohamed, l’attaque du bateau à Gao par les groupes armés de l’Azawad en 1994, la mort des éleveurs arabes à Tacharane en 1995 par un responsable militaire du mouvement patriotique Gandakoy, la revanche de M. Zahaby ould Sidi Mohamed, (responsable des mouvements unifiés de l’azawad) sur le village de Fafa.

La suite est connue avec la mort de plusieurs personnes et la disparition à jamais de l’enseignant Abdelkader Housseini Diallo et la sinistre déclaration de M. Zahaby au chef de village de Tacharane qui n’est plus de notre monde (paix à son âme) :«Quand un Noir tue une peau blanche, c’est mille Noirs qui vont le payer». Le même groupe armé avait tendu une embuscade au chauffeur de l’inspection de l’enseignement fondamental de Bourem. Cette embuscade entraina la mort du chauffeur, d’une femme.

En 1991, les groupes armés à Léré avaient comploté contre l’armée malienne et décidèrent d’attaquer la veille la localité. Grâce à la vigilance d’un brillant officier qui dirigeait le poste militaire, ils ont été surpris avant leur plan machiavélique et 33 ont été tués. Les lobbys internationaux liés aux groupes terroristes crièrent au génocide. Le président ATT (chef de la transition) avait déclaré ce jour à Dakar qu’«on ne peut pas aimer une chose et son contraire».

Plusieurs innocents touaregs ont été tués uniquement à cause de leur peau ou de leur présence au mauvais endroit et au mauvais moment. Combien d’animaux ont été volés dans le Sahel sous le manteau de la rébellion. Avant les voleurs avaient des bâtons et d’autres des armes blanches avec des stratégies de vol.

Aujourd’hui, ils volent, ils rackettent avec les kalachnikovs. Le cheptel (bovin), volé dans la bande sahélienne de la région de Tombouctou à la région de Kayes, pendant les années 94-95 appartenait à des Peuls, à des Touaregs, à des sédentaires, etc.

Le cheptel des Peuls du Niger volé à la frontière Mali-Niger dans le secteur de Ménaka où les auteurs sont connus (1990-2000) quand vous étiez président de l’Assemblée nationale du Mali). Les bovins de Gao volés par les rebelles touaregs pendant la rébellion des années 1990 ont été vendus au marché à bétail d’une préfecture du Burkina Faso.

Quand les propriétaires ont retrouvé leur bétail parmi les petits groupes de bovins que les voleurs amenaient dans les foires et que les propriétaires s’étaient adressés aux autorités du Burkina Faso et qu’ils ont mis dans leurs droits, les voleurs avaient adopté une autre stratégie. Ils confisquaient leur cheptel et les abattaient petit à petit en faisant de la chair, de la viande boucanée qu’ils écoulaient sur le marché. Ce cheptel appartenait à des peuls, des sédentaires maliens et autres personnes tout court. C’est l’armée malienne qui a pu ramener les bétails à leurs propriétaires.

J’attire l’attention du Pr Ali Nouhoum Diallo que non loin de nous, au Nigeria le colonel Ojukwu de l’ethnie ibo voulait créer une république du Biafra. Il est mort sans pouvoir réaliser son rêve de donner l’indépendance du Biafra. Combien d’enfants ibos innocents sont morts de malnutrition ? Les Ibos au moins ont un territoire connu. Et les Peuls ? Quel est leur territoire au Mali ? Est-ce que tous les Peuls ont la même pensée.

Dans le dictionnaire Larousse le mot communauté est défini ainsi : «Ensemble de personnes unies par des liens d’intérêts, des habitudes communes, des opinions ou des caractères communs : Communauté ethnique, linguistiques». «État, caractère de ce qui est commun à plusieurs personnes : Une communauté de biens, d’intérêts». «Identité dans la manière de penser de plusieurs personnes : Une communauté de vues ».
Est-ce que tous les Peuls parlent la langue peulh? Est-ce qu’ils ont la même identité de vue ? Est-ce qu’ils ont la même religion? ! Un collègue de service m’a dit un jour qu’eux peulhs appellent les peulhs qui ne comprennent pas la langue peulh, «les Peuls de la ville». Les Peuls n’ont pas un territoire où ils vivent seuls et M. Fahad Ag Almahmoud, secrétaire général du GATIA, l’a dit en ces termes : «Il n’y a pas un territoire peulh au Mali ! Ce n’est pas comme les Bambaras qui sont concentrés à Bamako, Ségou ; ou les Sarakolés qui sont à Kayes. Les Peuls sont dispersés à travers le pays. On les retrouve à Mopti, au Wassoulou, à Nioro du Sahel, etc. Comment peut-on fonder un Etat dans cet état de fait ?».

Vous avez entendu aussi, nous l’espérons les propos de votre sœur peul mariée à un Bambara sur les ondes de RFI lors d’un débat. Elle a fustigé les propos du professeur de médecine et elle a dit clairement qu’ils ne sont pas avec vous dans vos différentes sorties en brandissant la question peul et que votre rôle c’est d’aller expliquer à la communauté peul la loi pastorale votée par l’Assemblée nationale du Mali.

En tant qu’homme d’Etat, ne donnez pas raison au président Sékou Touré qui avait parlé du complot peulh en Guinée en 1976 où la sœur du président de l’Assemblée nationale, M. Saifoulaye Diallo était parmi les interpellés. Les Peuls représentent 40% de la population guinéenne et ce sont eux qui détiennent l’économie. Lors d’un débat sur Radio France Internationale (RFI), un responsable politique peulh avait déclaré ceci: «Nous avons vu l’ère des Malinkés, l’ère des Soussous, l’ère de la Guinée forestière. La Guinée ne mérite pas un homme comme Moussa Dadis Camara de la Guinée forestière…».Voici les mots qui ont fait perdre Ceyllou Dallein Diallo car toutes les autres ethnies se sont coalisées contre lui.

L’histoire a donné raison aux hommes de la presse malienne qui avaient dit que les différentes rebellions au Mali, leurs manipulateurs sont assis dans les salons feutrés de Bamako. Le Mali en dichotomie ne sera à l’avantage d’aucune ethnie au Mali. Le travail des cadres maliens et leur intelligence doivent converger vers notre unité nationale. Il faut revoir toute la gouvernance : comment les populations sont traitées par leurs gouvernants : administration, forces de sécurité et services de répression. Nous avons mal apprécié votre conférence de presse.

En tant qu’homme d’Etat du Mali, vous êtes mal placé pour diriger des associations qui exhibent l’identité peulh. A chaque cérémonie funéraire, des gens rapportent que vous avez toujours un Coran avec vous. Dans ce Saint Coran, nulle part, on ne mentionne une identité ethnique. Le Saint Coran parle de communautés et dans la communauté il y a la diversité.

Allah rassemblera le Jour de la Résurrection, les enfants d’Adam en communautés et chaque communauté avec son prophète et son livre (voir Coran, sourate no 45 : AL-JĀṮIYA L’AGENOUILLÉE, verset 28 : «Et tu verras chaque communauté agenouillée. Chaque communauté sera appelée vers son livre. On vous rétribuera aujourd’hui selon ce que vous œuvriez»).

Professeur Ali N. Diallo, un musulman ne court pas derrière l’ethnie mais doit courir derrière sa religion, l’Islam.

Professeur Ali N. Diallo, sur les papiers officiels du Mali (actes de naissance, passeport, carte d’identité nationale, il n’est mentionné nulle part l’ethnie mais la profession et le lieu et la date de naissance.

Professeur, il ne faut pas nous ramener au Rwanda où c’était mentionner sur les cartes d’identités, hutu ou tutsi. Il ne faut pas ajouter un problème sur d’autres problèmes. Si les peulhs sont séquestrés au Mali par les forces armées et de sécurité, il y a plusieurs voies et manières d’aborder le problème. Il y a une certaine pédagogie à suivre. Dans une fitna, les bonnes personnes et les mauvaises arrivent toujours à payer les frais. Ne jetez pas l’huile sur le feu.

L’empire peulh de Macina de Sékou Amadou est une réalité que personne ne peut nier. Cheikh Sékou Amadou n’a jamais brandi l’étiquette peulh mais l’Islam pour administrer et rendre la justice. Toutes les ethnies de cet empire étaient concernés et ça été la guerre contre les impies, les animistes de tous bords dont même les Ardos peuls étaient la cible.

Regardez les cibles de Amadou Kouffa ! Plusieurs Peuls et autres ethnies ont payé les frais non pas par leur appartenance ethnique mais religieuse. Le mercredi dernier à Sofara, c’est un Ouédraogo qui a été assassiné. Les assassins n’ont rien pris chez lui. Ils sont différents des groupes armés peulhs qui rackettent les passagers des cars sur le tronçon Sévaré-Gao.

En organisant une conférence de presse sur l’identité peulh, vous attirez les regards sur vous et sur la communauté peulh dont beaucoup sont innocents. En créant l’ANSIPRJ, les auteurs ont oublié les pauvres bergers peulhs qui sont dans les pâturages en train de paitre leurs pâturages. L’amalgame vient avec la fitna qui a plusieurs conséquences. C’est la rébellion de 1963-64 qui a accouché celle des années 1990, 2000. La suite est connue avec la création du MNA et après le MNLA. C’est ce dernier qui est parti chercher les autres groupes dont AQMI et MUJAO. Le problème s’étend maintenant du nord au centre du Mali.

Dernièrement tout ça, il y a la puissance du mal, qu’est la France composée de français dont vos amis et vous avez l’habitude de le dire : «nos amis français». Il faut que vos amis passent par des secondes mains assises dans les salons feutrés de Bamako.

Personne ne trouvera du bien ici et dans l’au-delà en s’attaquant injustement à une ethnie, une tribu ou un peuple. Tous ceux qui l’ont fait, l’ont payé chèrement.

Le Mali et les maliens ne gagnent que dans le nombre et la diversité. Il est très vaste et il peut prendre tous ses fils. Allah ne rassemblera jamais les enfants d’Adam en ethnies ou en tribus ou en blancs, noirs, rouges ou jaunes mais en communautés et chaque communauté avec son Prophète et son livre comme l’a dit le Saint Coran.

La sagesse vous commande de savoir raison garder.

A 78 ans, vous êtes un patriarche de votre communauté et c’est la paix qui doit être votre bâton. Le Mali à travers tout son peuple est interpellé pour faire face à son destin en organisant une conférence nationale.

Personne ne gagne dans la division.

Vive la paix !

Yacouba ALIOU

aBamako

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