Gouvernance toxique : Le Mali entre engrais frelatés et carburant sale

Qu’est-ce que peut surprendre un esprit sain dans « un pays où on fait des meetings pour saluer LA PARTITION FUTURE DU PAYS » ? S’interrogeait, il n y a pas longtemps, un internaute, totalement désabusé par l’affaire des engrais frelatés. Il faut reconnaitre que nous ne sommes pas au bout de nos peines en matière d’importation des déchets dans le Mali sous IBK. Après les engrais le carburant toxique pointe le nez.

Le Mali à l’instar d’un certain nombre de pays africains, serait inondé de carburant toxique. La révélation est faite par une ONG suisse qui a suffisamment le nez creux pour sentir cet agent responsable de la mort lente en Afrique.

C’est la conclusion d’un rapport intitulé « Dirty Diesel » sur la présence du carburant toxique, sur le marché de l’Afrique de l’Ouest, rapport élaboré par une ONG suisse qui souligne que des négociants suisses exploitent les faibles normes réglementaires afin de vendre du carburant toxique aux consommateurs africains, du carburant dont la teneur en soufre est 300 fois plus élevée que ce qui est autorisée en Europe. Dans le cas du Mali le document épingle Oryx qui est acteur dans la distribution du carburant dans notre pays.

Depuis tous les acteurs impliqués dans l’importation de cet agent de la mort s’agitent. Le Directeur Général de l’Office national des produits pétroliers (Onap), conteste l’information fournie en ce qui concerne le Mali, mais il est aussitôt contredit par une ONG de la place, l’Association malienne d’éveil au développement durable (AMEDD) qui a semble-t-il participé au rapport de l’ONG Public Eye qui dit avoir détecté au cours de ses enquêtes « le maximum de concentration de souffre a été détecté au Mali ». L’ONG malienne dénonce l’attitude des négociants suisses mais aussi celle des autorités maliennes.

Le trafic des déchets toxiques ne commence certainement pas avec cette révélation, même si elle fait froid dans le dos. En effet, des sociétés ont été impliquée dans un passé récent dans l’importation des déchets toxiques en Afrique et certaines ont laissé une longue liste de morts et d’autres victimes derrière elle en Côte d’Ivoire.

Voir une société exerçant au Mali se retrouver sur une liste associé à une telle opération, ne rassure personne, même si notre pays n’est pas à sa première importation de produit toxique depuis trois ans. Mais, s’entendre dire que la société Oryx qui connait depuis trois ans, un essor d’implantation à une vitesse impressionnante dans notre pays, vend du carburant sale, il faut plus que des pages publicitaires et des articles commandités aux relents « patriotiques » dans les journaux pour convaincre les Maliens du contraire de la dénonciation de l’ONG suisse.

L’argent n’a plus d’odeur ?
A ce propos, il se passe des attitudes étonnantes dans notre pays. On est stupéfié de voir le Directeur de publication d’un journal de renom afficher sur son propre statut Facebook, au même titre que son journal publie, un communiqués de démenti d’accointance avec la société Oryx. D’autres titres jusque-là reconnus pour leur droiture dans la défense des intérêts nationaux, acceptent des pages publicitaires de démenti sur une affaire que rien ne permet de douter de la sincérité et du professionnalisme du travail des ONG impliquées.

Faut-il vraiment croire et en conclure que dans tous les compartiments de notre peuple, l’argent n’a plus d’odeur ?

Il faut éviter de penser que tout peut s’acheter à coup de billet de banque dans ce pays où, il est vrai, le Pouvoir en place appauvrit avec délectation les populations pour mieux les soumettre. Chacun est témoin de la débauche d’achat de page publicitaire de la part de la société Oryx pour se justifier de la qualité du carburant qu’elle vend aux Maliens.

Comme si cela ne suffisait pas, le fils du Président de la république a tôt fait d’attirer (dans une annonce indument portant les armoiries de la république) l’attention du pays, qu’il n’existe aucun lien entre lui et cette société Oryx. Curieux non ? La forte dose de la publicité et des démentis autour de cette société sonnent comme une auto-inculpation. Ainsi que le dit l’adage à trop s’expliquer on finit par s’accuser.

Voilà, le climat pourrit dans lequel notre pays se trouve encore plonger avec cette affaire de carburant toxique qui est en passe de devenir une affaire d’Etat, quelle que soit la version des différents acteurs impliqués.

Et si des milieux hauts placés et bien informés savaient la teneur du carburant vendu aux Maliens ? Qui pourrait croire que cette société en pleine expansion depuis trois ans, qui est en passe de rafler tous les gros contrats au point de provoquer le départ d’un ministre du Gouvernement, ne bénéficie d’aucun soutien politique pour progression massive et irrésistible ?
Ce point de vue a été récemment porté dans la presse nationale à l’occasion de la mort d’un opérateur économique, sans que nous ayons droit à un seul démenti de la part des acteurs concernés. Les transferts des marchés alors soulignés étaient-ils donc vrais?

La question que les Maliens se posent est celle de savoir pourquoi notre Gouvernement est si inefficace devant les cas d’importations des maladies et des déchets toxiques.
Il eut le cas de la fièvre d’Ebola à la clinique Pasteur dans lequel des Maliens ont perdu la vie en toute impunité.

Il eut également le cas des engrais frelatés, qui aux dires des certaines télévisions de la sous-région, notre pays aurait perdu plus de cent mille (100 000) tonnes de céréales du fait de l’utilisation desdits engrais. On pourrait tristement y ajouter à ce résultat les dégâts écologiques, provocant des maladies respiratoires sur le long terme.

A présent, dans le même registre notre pays est cité dans une affaire sordide de carburant toxique dans laquelle le fils du président s’épuise à prendre le devant pour s’exonérer de toute accointance avec la société incriminée. Comprendra qui pourra !

Souleymane Koné

Ancien ambassadeur


Maliweb

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