Mohamedoun Dicko à propos du 56ème anniversaire de l’indépendance du Mali « Le devenir du Mali dépend du développement des régions du nord ».

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« Soutenons  IBK dans la vérité et non dans l’opportunisme, le mensonge »

Le jeudi 22 septembre 2016, la république du Mali célébrait le  56ème anniversaire de son accession à la souveraineté nationale et  internationale. 56 ans d’exercices marquées par  trois coups d’Etat militaire, quatre rebellions et deux guerre contre le voisin du Burkina  Faso. Durant ces petites longues années, beaucoup  d’eau a coulé. Des progrès ont été enregistrés. Cependant beaucoup de choses restent à faire pour la préservation  de cette indépendance. C’est ce qu’estime le professeur Mohamedoun Dicko, historien de son état, premier secrétaire général du  ADEMA –PASJ et  aujourd’hui président d’honneur  de ce même parti. A la retraite, le vieux avait ses 20 ans à l’indépendance du Mali. Dans cet entretien exclusif qu’il a cordialement voulu nous accorder l’homme qui se dit politique invite les Maliens à se donner la main pour aller de l’avant. A ses propos, il  prône le développement du nord pour résoudre définitivement le problème de la rébellion récurrente des Touareg. Nous vous proposons un large extrait de son analyse critique des 56 ans d’ « indépendance » du  Mali.

« Le 22 septembre 1960, j’avais mes 20 ans. Notre génération avait déjà conscience des réalités des discours, des luttes qui ont été faits pour  ce grand événement historique de la nation malienne et les débuts de l’évolution de notre pays. Les gens étaient très enthousiastes. On avait nos ambitions. En son temps, on se disait qu’en dix ou vingt ans, on allait bousculer le monde et tout transformer. On croyait pouvoir faire ça. Cette indépendance avait été saluée. Malgré quelques résistances dans l’Adrar des iforas, tous les Maliens étaient pour cette indépendance et qu’on donne le nom du Mali à la république. Le président Modibo Keïta  était un homme  de dialogue et  un militant engagé pour le développement de son pays et pour l’émancipation du peuple du Mali. Le 22 septembre était un événement heureux  pour nous tous et nous croyons que c’était le plus grand bonheur. Ce n’était pas naïf de penser ainsi et c’était logique. L’indépendance nous a apporté beaucoup de choses. C’est malhonnête de dire que rien n’a été fait depuis l’indépendance.   Pour  parler de ce qui n’a pas marcher, il faut rappeler ce qui existait. Beaucoup de jeunes d’aujourd’hui ne le savent pas. A l’époque, nous qui avions nos 20 ans, savions comment nous vivions. Nous savions aussi comment nous étions traités.  Cela n’a rien à avoir avec ce qu’on a aujourd’hui. Moi, je suis né à Bagadadji, toutes les maisons étaient en banco et pratiquement, il n’y avait pas de routes goudronnées dans Bamako à part la place de la liberté et la route de Koulouba. On avait commencé à construire la route de Ségou. La route de Bougouni était la première à être goudronné. Quand on partait à l’indépendance, il n’y avait pas 5 % des enfants scolarisables qui allaient à l’école. A  cinq ans du régime Modibo Keïta, on était à 25%. C’est un progrès remarquable. Il y avait très peu  de dispensaires à travers  le pays. Point-G était le seul hôpital. L’hôpital Gabriel Touré  était le dispensaire central de Bamako. Le pays était administré en cercle et subdivisions un peu larges et plus importantes. En son temps l’administration ne permettait pas de faire développer le pays. Kidal était une subdivision de Gao. On était confronté à un problème de formation. Dans le gouvernement de Modibo, il n’y avait que trois ministres qui avaient des études supérieurs.  Il n’y avait pas de cadres. C’est pourquoi, le régime va  opter pour la construction d’écoles supérieures comme l’ENSUP, l’ENA, l’Ecole de Médecine et aussi l’IPR. Des efforts ont été faits pour nouer des relations  bilatérales avec l’extérieur notamment les pays de l’Est. Les relations avec l’Algérie et le Maroc ont aussi été renforcées. L’intention était de former les cadres pour le pays. Très rapidement, on a eu des cadres qui étaient tous utilisés. Chacun savait son point de chute à son arrivée. Ce système permettait de doter le pays de cadres compétents et variés. Quant au développement économique, le Mali avait un programme de développement industriel. On a vu apparaitre dans quelques trois à quatre ans des entreprises industrielles dans tous les domaines. La COMATEX, le Sukala, le thé à Sikasso. On a aussi essayé de moderniser l’office du Niger en développant ses activités.  Les domaines de la construction et de la géologie n’ont pas été oubliés. Le Mali était obligé de reprendre sa carte minière puisque les blancs avaient amené les leurs. Avec la Guinée, le Mali était l’un des pays francophones à avoir sa compagnie aérienne  avec ses propres pilotes. Les  Ivoiriens étaient surpris de voir atterrir  Air Mali à Abidjan. La mystification de voir un Malien devenir ingénieur ou piloter un avion a été balayer par le régime de Modibo Keïta. C’est l’indépendance qui a permis qu’aujourd’hui beaucoup de maisons de Bamako sont construites en ciment. Avant le coup d’Etat du 19 novembre 1968, le Mali était un pays respecté partout. Et même dans la création de l’OUA, Modibo Keïta a joué un rôle très prépondérant avec d’autres chefs d’Etats comme Gamal Abdel Nasser, Ahmed Sékou Touré, Kwamé N’Krouma. Même pour la création des pays non alignés ces hommes d’Etats africains se faits illustrés.

Je  ne dirai pas que ce qui n’a pas marcher est la faute d’un tel ou tel régime. En réalité, nous sommes dans un processus historique que l’on ne peut jamais maitriser dans aucun pays. Nous sommes pays en plein bouleversement. Nous sommes un pays jeune qui entre sur la scène internationale en affrontant d’autres pays. Et qui n’a pas les moyens de sa politique. Il faut donc comprendre que tout ne peut pas bien marcher. Le premier accro à l’intérieure du pays a été  l’apparition du franc Malien. Les commerçants ont mal compris que le régime voudrait développer le secteur privé tout en restant les socialistes.  Il y  eu de manifestations, le drapeau du Mali a été brulé devant l’ambassade de la France, des gens   considérés comme responsables ont été arrêtés. C’est dans cette que les Fily Dabo, Hamadoun Dicko, Kassoum Touré dit marabaka Kassoum ont été transportés dans le grand nord sur le sable. Ils sont morts là-bas.  Il ya  beaucoup d’interprétation à ce niveau. Il faudra que la vérité soit dite  au gens. La création du franc malien ne visait pas les commerçants, c’est la situation économique qui l’imposait. Ce n’était pas un objectif du parti de l’USRDA. La deuxième crise a été la gestion de la « milice » crée en janvier 1959. Cette force a commencé à créer des problèmes au parti. Toutes les fautes commises par les miliciens ont placées sur le dos du parti. Des oppositions à l’interne du parti ont été plus moins affirmées. En 1963, la rébellion dans l’Adrar des iforas a été une crise. Ce qui n’est pas surprenant. Et  le pays vit encore de cette situation.   Le coup d’Etat de 1968 est venu tout bouleversé. Aujourd’hui ce que l’on doit comprendre c’est que la république du Mali même est née dans la difficulté et dans la contestation. C’est faux de penser que la république du Mali est le prolongement naturel de l’empire du Mali. C’est vrai que les Maliens s’inspirent de l’empire du Mali dans leur  grande majorité. Je suis  optimiste. Il n’y a pas de raison que le Mali ne puisse continuer. On a eu des difficultés ces dernières années avec la rébellion dans l’espace nord du Mali, mais je crois que le Mali va continuer. Je ne suis pas convaincu que les dirigeants de ces mouvements armés sont contre le Mali. Je crois que ça été une sorte de boutade du fait que le nord du Mali a été oublié. Il n’y a pas eu de développement réel dans ces zones. Il n’y a pas deux villes du nord qui soient reliées par une route praticables. Le devenir du Mali dépend du développement des régions du nord. Le nord est très important car il forme les 2/3 du territoire national et regorge des potentialités ressources  minières  qui font l’objet de convoitise. Le nord est espace qu’il faut mettre en valeur  si on ne veut la perdre. On peut transformer  la plaine qui existe entre  Kidal et Bourem en un fleuve artificiel. C’est une question de moyen mais aussi de volonté politique. Si on le faisait cette serait formidable. Il n’y a pas de terres inutiles au Mali. Il faut que les gens comprendre ça. La terre est pratiquement vierge au nord. Il faut des routes si on veut que les régions du nord soient intégrées du reste du Mali.  Il faut simplement que les Maliens aient confiance au Mali. Tous les Maliens doivent se considérés comme des frères quel qu’en  soit la différence de couleurs ou de cultures. On a toujours vécu comme ensemble. Il n’y a pas de raison que le Mali ne  puisse continuer  malgré les  pressions de l’extérieur. C’est à nous de comprendre  que nous devons être ensemble. Il faut qu’on est un seul et indivisible. Si les Maliens se mettent ensemble, je crois qu’on peut sauver le Mali. Sans opportunisme, je crois que le président Ibrahim Boubacar Keïta est dans la bonne voie. Seulement ses moyens sont très limités. Il ne faudrait pas le laisser seul. Il ne faut lui laisser seul partir. Il a fait des erreurs comme tous les autres présidents qui l’ont précédés.  A l’aidant réellement, en s’engageant avec lui on pourra sauver le Mali.  La majorité comme l’opposition devraient se la main pour agir au nom du seul Mali.  Il faut se dire qu’on forme qu’un seul parti, le Mali. Même  si on est dans son propre parti, il faut savoir que seul le Mali doit primer au-delà des clivages politiques.  Je vois que dans des salons, les gens continuent à parler d’avions, de ceci ou de cela, je crois que c’est des fautes qui peuvent  arriver à chacun de nous. C’est plus important que l’on fasse confiance à celui qui a été élu par le peuple du Mali. Sinon, on pêche à côté. Je suis un défenseur de l’unité du peuple du Mali. Je suis inquiet que les gens ne continuent pas comme ça. Nous devons être plus mûrs en se disant la vérité. Il faut que l’Etat dise la vérité aux uns et aux autres. Que l’Etat ne cache rien. Que les groupes rebelles aussi disent la vérité.  Que les autres disent à leur tour la vérité à l’Etat. Cette façon de tourner en rond ne nous amène nulle part. En réalité, notre pays est plus  important  que n’importe quel pays de la sous-région. Nous devons être fiers d’être des Maliens. Le président IBK a commis des erreurs. Il est de notre devoir de le soutenir dans la vérité et non dans l’opportunisme, le mensonge, comme le font beaucoup d’hommes de cadres et d’hommes politiques. On a besoin de ça aujourd’hui. La solution de la crise malienne est à notre portée. Seulement sortons de cette politique politicienne qu’on a hérité de nos amis du « nord », c’est-à-dire la France. Je connais la France. J’aime bien la France, j’ai des enfants là-bas,  mais je ne suis pas Français. On n’a pas besoin  de donner des cours à la France. Nous devons  être unis derrière unis le Chef de l’Etat. On doit le soutenir pour le mettre à l’abri des attaques de l’extérieur et ceux qui veulent  affaiblir voire liquider  notre Etat. Ce n’est pas digne  d’un cadre conscient de soutenir le président pour se partager des postes de ministres ou de directeurs généraux. On n’a pas d’autres choix que de sauver le Mali. Nous avons une histoire très importante et nous sommes les plus politiques de la sous-région. C’est normal ce qui se passe car nous vivons une crise de société  et de valeurs morales  depuis d’une trentaine d’année. Les dirigeants et les parents doivent proposer  perspectives réelles aux jeunes.  Sans quoi, toute une génération  va nous en vouloir.

Entretien réalisé par Jean Goïta


Maliweb

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