Tour de Lassa : une jeunesse complexée noyée dans l’alcool et la drogue

Le président Ibrahim Boubacar Kéita, dans son adresse à la nation à l’occasion de la célébration du 56e anniversaire de l’accession du Mali à la souveraineté (???) internationale (22 septembre 2016), nous a exhorté à la réflexion.

Réflexion sur les défis de l’heure qui, depuis 2012,  nous contraignent à cette célébration dans un contexte particulier… Même si cette année la souveraineté est célébrée un Jeudi comme en 1960 !

Pour votre serviteur, le cadre idéal pour réfléchir à l’avenir du Mali ou de l’Afrique voire de l’Humanité, est la Tour de Lassa. Ces dernières années, le débat politique malien si bas qu’il flirte avec les caniveaux. Autant alors prendre de la hauteur pour réfléchir.

Contrairement à nos habitudes, c’est dans l’après-midi que nous avons pris possession de notre Tour. Et avec la tête pleine d’idées. Sur le chemin de l’ascension, que de petits groupes de jeunes en train de papoter autour du thé. Certains en train de refaire le monde à l’aune de leurs rêves.

Selon des statistiques officielles, au moins 65 % de la population malienne est jeune. Un rajeunissement qui est un atout économique que beaucoup de pays, y compris les puissances occidentales, nous envient.

La jeunesse est défis et opportunités. Mais, que représente réellement pour le Mali sa jeunesse ?

Cette interrogation, nous rappelle une sorte de sondage d’opinions sûr les réseaux sociaux initié ce mois (14 septembre 2016) par un jeune compatriote (Mohamed Bâ) et auquel nous avons participé…

L’exercice consistait à donner un qualificatif comme réponse à la question : Quel est le plus grand défaut de la Jeunesse malienne ?

Contre toute attente, écrivait l’initiateur, la passivité a devancé de loin «les maux susceptibles de compromettre l’avenir de la Jeunesse».

Ignorance, opportunisme, paresse, fainéantise, inconscience, suivisme, l’analphabétisme, l’incivisme, complexe et égoïsme, irresponsabilité, médiocrité, cupidité, naïveté, snobisme, défaitisme, indifférence, attentisme, insouciance ou encore la mauvaise éducation sont les autres défauts les plus évoqués par les participants sur Facebook.

Quant à M. Bâ, il trouve que «la jeunesse Malienne est courageuse car peu d’espoir pour elle et son avenir… Le fait que tout repose sur les jeunes, reste une charge énorme».

Nous avons participé à ce sondage et, à notre humble avis, le problème essentiel est éducatif. Les parents ont démissionné à la maison et les reformes fantaisistes ont galvaudé le système éducatif.

Dans la société traditionnelle, dans la famille où on inculquait à l’enfant des valeurs comme le travail, l’honnêteté, l’intégrité morale, la solidarité, mais aussi le courage et la persévérance.

Le mensonge, le vol, la tricherie, la paresse… étaient déconseillés avant d’être punis. L’école occidentale a donc trouvé l’école familiale avec une communauté qui servait d’incubateur des valeurs humaines.

Aujourd’hui, à force de courir derrière le quotidien et à perdre le temps dans des futilités, la famille a perdu ce rôle traditionnel. «L’Ecole des Blancs» a pris la relève. Mais au lieu d’éduquer nos enfants et de perpétuer nos valeurs essentielles, elle a œuvré à nous déraciner par le lavage de cerveau.

Les colons ont trouvé une société africaine superbement bien organisée. Mais, avec le déclin de l’éducation parentale, ils ont utilisé leur école pour nous formater nous amenant ainsi à dédaigner notre culture, nos civilisations, nos valeurs…

Complexés, car préoccupés par la fortune et le luxe à l’occidentale, les jeunes maliens sont oisifs et paresseux. Ils veulent vivre le Bling-bling des clips sans suer. Le manque de perspectives n’explique pas tout car ce sont les initiatives qui créent les perspectives. Rares sont les portes qui peuvent résister au courage, à la patience, à la persévérance et à l’abnégation.

La jeunesse veut réussir sans souffrir. «Le problème de votre génération, c’est qu’elle veut réaliser ses rêves sans mouiller le maillot. Les jeunes qui bossent réellement pour prospérer sont généralement ceux qui ont trimé pour lancer leurs propres business», nous disait récemment un célèbre économiste malien dont nous préférons taire le nom.

Il avait ajouté, à la lumière de ces échanges avec des patrons d’entreprises, «sinon, quand on confie une responsabilité à un jeune, surtout dans une entreprise ou un service, au lieu de travailler à prouver ses compétences par le rayonnement du service ou de l’entreprise confiée, il pense tout de suite à s’acheter une belle voiture au bout de trois mois, à construire une villa en moins de deux ans… Il multiplie les copines pour prouver à ses camarades qu’il a réussi» !

La bouche ouverte dans l’attente des fruits mûrs

Il y a bien sûr des exceptions à cette règle. Mais, force est aussi de reconnaître qu’il n’a pas totalement tort.

En effet, par leurs comportements, les jeunes donnent l’impression de quelqu’un qui dort dans l’attente que des fruits mûrs lui tombent dans la bouche largement ouverte. L’envie est au niveau du résultat. Peu importe comment y parvenir.

Ce rêve des gains faciles explique à notre avis la ruée vers l’orpaillage. Les jeunes, filles et hommes, ont abandonné les campagnes et les villes pour les sites d’orpaillage à travers le pays. Rares sont ceux qui retournent épauler les leurs en hivernage.

Quand le gouvernement décide de fermer les sites pendant l’hivernage, ils préfèrent se réfugier en ville pour vadrouiller au lieu d’aller cultiver au village. Gagnent-ils quelque chose dans l’orpaillage ? Que font-ils avec l’argent obtenu ?

Ce qui est sûr, ils l’investissent rarement dans les projets d’avenir. «Ces dernières années, presque tous nos jeunes ont fui Bamako pour l’orpaillage à Kéniéba et Kangaba. On apprend souvent qu’un tel a fait une découverte importante. Ceux qui reviennent avec une certaine fortune gaspillent l’argent dans les motos, les téléviseurs, les téléphones chers, les boomers…», déplore Mamadou Dembélé, un meunier ressortissant du cercle de Bla et installé dans la capitale de longues années. Il accueille beaucoup de saisonniers de sa zone à leur arrivée dans la capitale.

«Ils ne font rien de sérieux avec l’argent. Je ne connais qu’un seul jeune qui a construit au village pour ses parents et a payé pour sa famille des bœufs de labour, des charrues et semoirs ainsi que des charrettes… Sinon, dans la plupart des cas, ils dilapident cette fortune et sont contraints de repartir tenter leur chance», se complète-t-il.

De plus en plus, ces jeunes (femmes et hommes) reviennent avec des maladies graves comme le VIH/Sida et d’autres maladies vénériennes, la pneumonie… En effet, avant de tomber sur une pépite valant une fortune, le peu qu’ils gagnent est investi dans le sexe, les boissons alcoolisées… Et au fil du temps, ils ont recours à de stupéfiants pour se donner plus d’entrain au boulot.

Alcool, drogue et sexe, l’avenir hypothéqué

L’alcool, la drogue, le sexe ! Voilà les fléaux qui risquent bientôt d’enterrer l’espoir que représente la jeunesse pour un pays comme le Mali. Comme l’écrivait l’initiateur du sondage, «l’alcool, la drogue, le sexe font partie de ces turpitudes auxquelles la jeunesse est assujettie et qui déciment son avenir».

Faites un tour dans les espaces de loisirs de Bamako où les bars-restaurants sont de plus en plus éclipsés pas des Saloons VIP. L’alcool coule à flots et on ne se cache plus pour fumer son joint ou renifler le crack (cocaïne). Ce n’est donc pas un hasard si le Mali occupe une honteuse 3e place au classement de l’OMS des pays où l’alcool est beaucoup consommé. Aujourd’hui, ces espaces ne sont plus fréquentés que les week-ends. Mais, tous les jours de la semaine.

Les jeunes (souvent des ado mineurs, filles et garçons, boivent n’importe quel type de liqueurs, de bières ou de vins pour «planer» et prouver qu’ils sont branchés. Ils sont aussi nombreux ceux qui ajoutent à ces cocktails mortels des comprimés d’ectasie, d’amphétamine…

Toutes les couches sont aujourd’hui touchées et le phénomène progresse à une vitesse hallucinante.

Comme Maliden (Les Echos), dans une récente chronique satirique intitulée «la loi du plus…fou», nous sommes convaincus que «l’alcool et les drogues vont faire plus de dégâts dans notre société que n’importe quel autre phénomène».

Leur consommation est devenue un complexe social : Je suis branché parce que je bois du champagne ou du whisky et enroule le joint (cannabis). La consommation abusive de l’alcool et des stupéfiants est l’un des rares domaines où les meufs rivalisent aujourd’hui  dans notre capitale. Certaines jeunes filles sont de véritables sables mouvants.

Si on s’était amusé à faire une prise de sang  de la jeune star de la Jet set bamakoise qui a récemment terminé sa course nocturne contre un mur du cimetière de Sotuba, l’analyse allait révéler une brasserie et un véritable laboratoire de drogues fortes.

Ce n’est pas faux si elle dit qu’elle a dérangé le juste sommeil des morts en voulant éviter… un cycliste qui avait surgi de nulle part ! C’est l’effet d’hallucination liée aux effets du joint et des liqueurs fortes. Wélé Wen-tou !

La bière est de plus en plus abandonnée aux débutants. Malheureusement, les parents ne sont pas souvent une bonne référence en la matière et l’Etat est complice par son indifférence.

On effet, comme Maliden, nous nous demandons quand les brasseurs mettent sur le marché des sachets de liqueurs que les mineurs arrivent à acheter à 200 voire 100 francs CFA sans que les services compétents ne réagissent, que veut-on ?

Lorsque des fumeurs de cannabis sont souvent approvisionnés par des porteurs d’uniformes, qui condamner ? Lorsque le chef de famille rentre tous les soirs «bourrés» et en faisant «Tango Tango», et la maman totalement «cramée», peut-on indexer les enfants ?

Renouer avec l’héritage culturel pour sortir des turpitudes du complexe occidental

Sans le déclin de l’éducation familiale et le complexe vis-à-vis de l’occident, notre héritage culturel aurait pu nous épargner de cette turpitude.

Un déclin socioculturel dangereux qu’on ressent même dans la gouvernance du pays. En effet, comme le dit une amie activiste française, on assiste à une reconnaissance de la médiocrité qui se traduit par ce ressenti : pour s’en sortir il vaut mieux être un voyou qu’une personne honnête !

Comme ailleurs, ils sont aujourd’hui nombreux les parents qui éduquent leurs enfants sur des bases où c’est l’individualisme qui l’emporte avec pour leitmotiv la débrouillardise.

Malheureusement, déplore Sonia Duchesse, «cela va bien au-delà car le gentil et honnête garçon (ou fille) est considéré comme un débile».

Ainsi, pour réussir, «chacun doit profiter de l’autre autant que possible et peu importe leur âge ou leurs conditions», poursuit-elle.

Si les parents sont en partie responsables il en est de même de nos dirigeants qui ne se sentent pas concernés alors qu’ils sont  tout aussi responsables de cette situation car il encourage ce laxisme comme stratégie de mobilisation politique.

En réalité, conclut Sonia, «vous n’avez rien à nous envier car tout est superficiel. Vous devez donc vous battre pour renouer avec vos valeurs au lieu de chercher à nous copier. A quoi bon avoir une grande maison tout confort avec une piscine si on a personne avec qui la partager» ?

Reprenons-nous donc à la maison et évitons de copier ces systèmes éducatifs permissifs imposés parce que soit disant favorisant l’épanouissement de nos gosses alors qu’ils en font des «enfants pourris jusqu’à la moelle».

Eduquons nos enfant et préparons-les à affronter les défis de la vie par le mérite au lieu de les aiguiller sur les chemins de l’illusion en leur payant des examens (DEF, BAC, CAP, BT…), des diplômes, des emplois… voire des places dans les différentes sélections nationales sportives.

Comme Sonia Duchesse, notre activiste, nous pensons qu’il ne doit plus y avoir de juste milieu : c’est tout ou rien ! Il faut ma méthode radicale pour soigner notre jeunesse!

Hamady Tamba


Maliweb

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