Leçon de géopolitique : Le défunt guide de la Révolution libyenne Mouammar Kadhafi, panafricain ou panarabe, ange ou démon ? (2ème partie)

Dans la première partie de cet article qui dépeint le personnage hautement alambiqué de Mouammar Kadhafi, nous avions insisté sur la complexité du personnage et nous nous étions interrogés sur le bienfondé de la Renaissance africaine qu’il voulait incarner.

Lui qui se voulait, avant tout, arabe bon teint, n’avait eu de cesse de tenter de s’attirer la sympathie de ses « frères » du proche et Moyen-Orient avant d’essayer de réunir les Etats africains subsahariens sous sa couronne à coups de pétrodollars et de déclarations égayant la fibre panafricaine des africains. Si ces derniers pour la plupart soutenaient le défunt Guide, les pays arabes eux, l’ont tout simplement lâché. Pour quelle raison ? Ses désirs de toute puissance qu’il nourrissait dans l’ombre étaient-ils la cause ? Quid du deal qu’il conclut avec l’Union Européenne pour juguler le flux des immigrés vers le vieux continent ?

En Afrique, le désir d’hégémonie de Mouammar Kadhafi s’était fait sentir notamment quand il tenta d’envahir le Tchad qu’il considérait comme l’émanation naturelle de la Lybie ou encore en s’ingérant dans les affaires de pays souverains tel que le Sénégal où il finança la création d’un parti politique islamiste. Cependant, son désir d’hégémonie s’étendait bien au-delà du continent africain. Ainsi, selon des articles de presse publiés aux Etats-Unis et en Arabie Saoudite, Kadhafi planifiait un complot visant à assassiner Abdallah, alors prince héritier du Royaume Wahhabite. Plusieurs fois, Tripoli avait démenti cette information.

En mars 2009, le sommet de la Ligue Arabe de Doha a failli virer à l’incident diplomatique avec des conséquences insoupçonnées. Coutumier des sorties théâtrales, Kadhafi pris brutalement la parole alors que l’hôte du sommet, l’Emir du Qatar, cheikh Hamad Ben Khalifa Al-Thani finissait son discours. Il s’en était pris à Abdallah, devenu Roi de l’Arabie Saoudite entre temps, en ces termes : «Je dis à mon frère Abdallah que, depuis six ans, tu me fuis et tu as peur de m’affronter. Je voudrais te rassurer: il ne faut pas avoir peur. Je te dis qu’après six ans, il a été prouvé que c’est toi dont le passé est fait de mensonges et qui fait face à la mort. Toi, tu es le produit de la Grande-Bretagne et le protégé des Etats-Unis. Je suis le doyen des dirigeants arabes, le roi des rois d’Afrique et l’imam des musulmans ». Le Roi Abdallah très énervé et pris de court rétorqua que si Mouammar disait vrai que « la tombe » l’attendait.

Mais c’est bien le Qatar qui fut la « caution arabe » à l’intervention militaire de l’Otan en Lybie et qui fit la promotion de la résolution 1973 des Nations unies qui l’autorisait. Contrairement donc à l’intervention américaine en Iraq, les pays arabes qui n’ont dit mot, semblaient adhérer à l’évincement par la force du Guide. Le richissime Emirat du Golfe dont l’armée est équipée à 75 % par la France, a mis à la disposition de l’organisation cinq de ses douze Mirage 2000 et a financé à hauteur de plusieurs dizaines de millions de dollars l’instruction de rebelles anti Kadhafi. En sous-main, le Qatar avait également livré plus de 20.000 tonnes d’armes aux insurgés, notamment des missiles antichars.

Mouammar pactisa avec l’Union Européenne pour lutter contre l’immigration clandestine

Concernant l’immigration clandestine, le régime de Mouammar Kadhafi était une sorte de rempart à la solde de l’Union Européenne. Conscient du rôle stratégique de la Lybie qui constituait un axe crucial dans le transit des candidats à l’immigration, Kadhafi n’hésita pas à pactiser avec Bruxelles. Objectif, juguler le plus possible le flux incessants des candidats à l’immigration. Mais ce rôle, Kadhafi le voulait cher. Il réclama lors d’un sommet international à Tripoli pas moins de 5 milliards d’Euros pour y parvenir.

L’Union Européenne jugea la somme exagérée mais lui octroya toutefois la somme de 50 millions pour lutter contre l’arrivée des immigrés africains subsahariens sur ses côtes payable en deux ans. Kadhafi accepta donc cette modique somme tout en gardant à l’esprit que l’intérêt d’une telle opération se situe surtout sur le plan de la géopolitique. Il n’hésitera pas à se servir de ce dossier hautement sensible au gré de ses relations avec les pays européens tant pis si des pauvres subsahariens devaient payer le prix lourd, souvent de leur vie dans le désert libyen. Ce dossier était le talon d’Achille de l’Union Européenne.

Ahmed M. Thiam

aBamako

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