Chronique : L’ibknisation du pouvoir

« Je défie quiconque de donner le numéro d’un compte bancaire, à travers le monde entier, portant mon nom. Il n’y a rien ! Depuis des années, on parle, on parle : ”Mobutu est très riche !” Je défie qui que ce soit de le prouver !” » Ainsi s’exprimait feu le président Mobutu devant les journalistes pour mettre court à la rumeur qui disait qu’il était l’homme le plus riche de la terre. Riche, Mobutu l’était pourtant. Il était si riche qu’il fêtait l’anniversaire de sa famille en Belgique. Ses folies l’avaient conduit à expérimenter le lançage d’une fusée dont l’échec a été à la hauteur de ses folies démesurées. ”Quand l’homme a longtemps tété les mamelles de la misère, deux attitudes s’offrent à lui : la folie des grandeurs ou la froideur de la sagesse.” Fils de cuisinier, ce qui caractérise la prise de pouvoir de cet opportuniste sera la trahison. Car promu grâce à son ami Patrice Lumumba, il se retournera contre ce dernier. La suite, on la connaît.

Mais Mobutu n’est pas et ne sera pas le seul à brimer et piller son peuple. D’autres présidents africains emboîtent le pas près de deux décennies après la chute de Mobutu. Chez nous au Mali, le président IBK a mis à jour la stratégie de Mobutu à travers ce qu’on pourrait appeler l’ibknisation du pouvoir. Trois éléments sont essentiels pour démasquer l’ibkanisation du pouvoir.

Le premier, c’est bien sûr les conditions d’accession même au pouvoir. Tout pouvoir ibknisé prétend au début se battre pour les intérêts du peuple et restaurer l’autorité de l’Etat. Ainsi il gagne la confiance du peuple qui l’installe au pouvoir et qu’il finit par trahir. Impossible pour des proches du président d’obtenir une audience aujourd’hui avec le chef de l’Etat. Ces anciens amis rasent les murs de Koulouba, désespérément. Le pouvoir corrompt. Tant pis pour le peuple. Le chef de l’Etat est alors obsédé à légitimer et conserver son pouvoir tâtonnant. En trois ans, trois premiers ministres ont été de pauvres victimes de l’ibknisation. Un régime qui s’ibklise entretient la peur et l’insécurité au sein de la société. ”Qu’ils me haïssent s’ils veulent, pourvu qu’ils me craignent.” A l’instar de Néron, la dictature finit par s’imposer d’elle-même quand la peur a fini d’envahir les cœurs. Et nul n’ose lever le petit doigt dans l’entourage du pouvoir ibknisé, de peur de  perdre les avantages dont il jouit en vendant son parti politique et en trahissant ses militants. Ils sont nombreux, les hommes politiques jadis très critiques qui ont rejoint l’ibknisation, abandonnant le peuple à son sort. Les pseudo intellectuels viennent tour à tour fabriquer des lois sur mesure dont l’unique but est de promouvoir le président, ou empêcher l’opposition d’accéder au pouvoir. Le nouveau projet de loi à l’Assemblée nationale du Mali en est la preuve. Le pluralisme des partis politiques est en réalité un vernis pour cacher le parti unique, ibknisé, en dehors duquel il n’y a pas de promotions, pas de salut. Quelles que soient vos compétences, “Léchez les bottes du président ou rien.”

Le deuxième élément est à rechercher dans la gestion économique des biens du pays. Cette gestion se traduit par la confiscation des richesses du pays entre les mains d’une petite famille ou de réseaux d’amis. Le fils, la belle-famille sont au cœur des business juteux. Du plus petit commerçant à l’opérateur économique, c’est l’hypocrisie. On affiche le portrait du président ou du premier ministre dans son bureau ou dans sa boutique même si on ne comprend rien de sa politique. Pour certains, “vaut mieux faire semblant de soutenir le régime ibknisé pour ne pas avoir de problèmes.” Impossible d’obtenir un marché public dans notre pays tant qu’on ne corrompt pas. Ce comportement semble obéir à un postulat redoutable en efficacité : ”aussi longtemps que tu serviras le système, tes intérêts seront préservés. Mais gare à toi si tu rames à contre-courant.” La corruption et l’affairisme aidant, la loi devient la volonté du plus fort. Ces nouveaux hommes forts du Mali sont capables de bruler le pays pour le plaisir de chauffer leur thé ou leur café.

Le troisième élément fondamental dans l’ibknisation du pouvoir, ce sont les artifices démocratiques et les chiffres montés de toute pièce que le régime en place présente pour justifier la démocratie dans son pays, et un bilan flatteur en trois ans de pouvoir. Théoriquement, les lois sont belles et équitables. Les chiffres sont défendus pour justifier sur papier le travail abattu.  Mais à quoi servent-cent mille ou deux cent mille emplois si le peuple continue chaque jour de souffrir davantage. A quoi servent ces chiffres si la jeunesse malienne a perdu tout espoir de vivre, fuyant son pays pour mourir en méditerranée en voulant rejoindre l’Europe ? Quelle garantie de développement les populations ont-elles si le premier responsable de l’Etat n’écoute plus personne? Puis les autres imitent le chef. Ils se mettent à trafiquer des chiffres et à voler pour s’enrichir. Quand un chef d’Etat s’ibknise, il n’a pas le temps de s’occuper de ceux qui l’imitent. Au contraire, ceux qui n’imitent pas comme des singes sont ‘’placés au garage.”

Faisons attention dans notre pays car le pouvoir en place est en train de s’ibknisé. Quand on dit que le Mali est l’un des pays les plus pauvres au monde et que des enfants de ministres se servent à coup de millions de l’argent que leur parents ont volé, c’est que le pouvoir en place s’ibknise.

Sachons que tout régime qui s’ibknise n’apporte que l’échec social qui est la conséquence de la mal gouvernance. De Mobutu à Moussa Traoré, aucun n’a pu insuffler un souffle nouveau malgré leurs promesses. IBK n’y fera pas d’exception. Il n’en a ni la vision, ni le charisme.

Mais que faire pour arrêter cette ibknisation du régime ?

La solution viendra de la rue. C’est elle qui de par le passé, a forcé le pouvoir en place à se mettre sur la voie de la démocratisation par le sacrifice suprême de ces milliers de jeunes combattants de la liberté, fauchés par les balles assassines d’un régime en fin de règne, un certain mars 1991. C’est encore elle qui a plébiscité IBK il y a trois ans. Seul le peuple peut empêcher le président de naviguer à vue. Sinon, notre président est bien avancé sur la voie de l’ibknisation. La solution à nos problèmes ne viendra pas du palais de Koulouba. Elle viendra de la détermination de la rue.

Henri Levent


Maliweb

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