“SINANKUYA” : L’autorégulateur naturel de notre cohésion sociale

Bien plus qu’un simple jeu, le sinankuya est un moyen de désamorcer les tensions entre ethnies voisines ou entre clans familiaux.

 

Pratique très ancienne dont l’origine se perd dans la nuit des temps, le sinankuya ou la parenté à plaisanterie ou le cousinage à plaisanterie est un jeu populaire pratiqué par diverses communautés. Il met en scène, dans un jeu interactif, des personnes appartenant à un réseau de catégories sociales disposées en correspondance biunivoque et confrontant respectivement des communautés ethniques, tribales, familiales, de castes ou de confessions religieuses.

Le sinankuya consiste, pour les joueurs, à affirmer chacun en faveur de sa communauté d’appartenance toute différence susceptible de distinguer celle-ci de la communauté correspondante à laquelle appartient l’interlocuteur.

Une de nos valeurs ancestrales, la parenté à plaisanterie ou le sinankuya est un moyen de renforcement des liens de parenté. Bien plus qu’un simple jeu, ces relations sont sans doute un moyen de désamorcer les tensions entre ethnies voisines ou entre clans familiaux. Un véritable facteur de la cohésion sociale.

“Le sinankuya est un facteur et médiateur de la cohésion sociale. Le sinankuya a été la panacée de pas mal de suprématie imposée par des royaumes sur d’autres royaumes. Le sinankuya nous a permis de vivre ensemble tout en tolérant les erreurs du passé. Vous êtes Peul, vous partez dans une famille forgeronne, quelle que soit la gravité de la situation, il suffit de vous faire identifier Peul. C’est pourquoi la première loi du sinankuya dit : que chacun s’identifie afin de justifier son rang”, souligne Ibrahim Soumano, griot parolier.

A en croire Sékou Siriman Diarra, président de l’Association malienne pour la promotion du sinankuya, “le sinankuya est l’une de nos valeurs ancestrales. Nos devanciers ont vraiment voulu que nous pratiquions ces valeurs pour que les liens restent toujours soudés. Le sinankuya fait partie des moyens d’apaisement de conflit ou de mésentente et fait partie  des moyens qui nous rapprochent davantage”.

 

La vérité sans détour

Adam Ganaba, vendeuse de légumes, s’inscrit dans la même logique : “Le sinankuya est une bonne pratique parce qu’on y trouve du respect et de la dignité. Le sinankuya permet de dire la vérité à son sinankun quels que soient sa classe sociale et son rang. Il y a des Dogons et des Sonrhaïs qui sont plus forts que moi, mais je les insulte comme je veux et ça renforce nos liens”.

La pratique s’est développée entre des peuples aux modes de vie différents. C’est le cas par exemple entre les Bobos, sédentaires cultivateurs, et les Peuls, nomades éleveurs. Par ailleurs, les noms d’un même clan peuvent varier d’un groupe ethnique à l’autre. Le Sinankuya ou le cousinage à plaisanterie ou encore les relations à plaisanterie, a vu le jour depuis la nuit des temps.

“Le sinankuya tire ses origines depuis Wagadou bien avant le Mandé. Les rois qui ont fondé le Wagadou faisaient le Sinankuya, mais à l’époque ce n’était pas exigé et il n’était pas pratiqué par tout le monde. Mais c’est quand Makan Soundiata après la bataille de Kirina a été au trône pour diriger le Mandé il a fait de cela une exigence et parmi les articles de la Charte de Kurukanfuka il y en a un consacré au sinankuya, ce qui veut dire que les dirigeants auparavant avaient pris cela au sérieux”, soutient le président de l’AMPS.

Face à l’invasion de la culture occidentale et vu la mission pacificatrice dévolue au sinankuya, la pratique doit être pérennisée.

Ousmane Sagara

 


Maliweb

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