Crise du football : Le début de la fin du bureau de la Femafoot

Le Tribunal arbitral du sport (TAS) a déclaré nulle et de nul effet l’Assemblée générale organisée le 31 octobre 2015 par la FEMAFOOT et a ordonné à l’instance dirigeante du football national de convoquer une nouvelle assemblée au plus tard le 30 novembre 2016. Toutes les sanctions prises à l’encontre des responsables du Collectif des ligues et clubs majoritaires ont également été annulées par la juridiction de Lausanne.

Attendue depuis plusieurs mois par les protagonistes de la crise qui secoue le football malien, la décision du Tribunal arbitral du sport (TAS) sur le dossier «Yéli Sissoko et consorts contre la FEMAFOOT» est enfin tombée mardi en début d’après-midi. La juridiction de Lausanne (Suisse) a décidé d’annuler purement et simplement l’Assemblée générale de la Fédération malienne de football du 31 octobre 2015 et toutes les décisions qui y ont été adoptées.
Dans une correspondance en date du 4 octobre et signée de Jacques Radoux, le président de la formation du TAS explique d’abord que l’appel déposé par Yéli Sissoko et consorts contre l’Assemblée générale de la FEMAFOOT, tenue le 31 octobre, et qui a été abouti à la suspension de plusieurs responsables du Collectif des ligues et clubs majoritaires, dont deux radiations à vie prononcées contre Tidiani Niambélé et Mamadou Dipa Fané, «est recevable quant à la forme et fondé quant au fond».
Après avoir donné cette précision, le président de la formation de la juridiction de Lausanne passe au verdict. «Le TAS, écrit-il, déclare que l’Assemblée générale de la Fédération malienne de football du 31 octobre 2015 est nulle faute d’avoir été convoquée régulièrement et que les décisions y adoptées sont nulles et de nul effet».
Conséquence : le TAS «ordonne au comité exécutif de la FEMAFOOT de convoquer une nouvelle Assemblée générale en respectant ses propres statuts et règlements. Cette Assemblée, précise Jacques Radoux, devra se tenir au plus tard le 30 novembre 2016». Dans le même courrier, le TAS rappelle que «devront figurer à l’ordre du jour de cette Assemblée générale, outre les points énumérés à l’article 32.2 des statuts, la confirmation ou non des membres du CE désignés provisoirement avant le 10 janvier 2015, la révocation de Yéli Sissoko en tant que président de la CCF; la suspension de toute autre personne physique ou membre ainsi que les questions inscrites par les membres en conformité avec les délais stipulés à l’article 31.2 des statuts de la FEMAFOOT.
La juridiction ajoute que la convocation devra être établie sur la base de la liste des membres convoqués à l’Assemblée générale du 10 janvier 2015». Ce n’est pas tout, l’actuel comité exécutif de la FEMAFOOT a été condamné par le tribunal suprême du sport à payer tous les frais de la procédure arbitrale, dont le montant sera communiqué par décision séparée. S’y ajoute le montant de 6.000 suisses (environ 3 millions de F cfa) valant participation aux frais d’avocats. Le courrier du TAS conclut : «rejette toutes autres ou plus amples conclusions des parties».
Le verdict de la juridiction de Lausanne a été accueilli avec un grand soulagement par le Collectif des ligues et clubs majoritaires dont les principaux responsables avaient été suspendus de toutes les activités liées au football par l’actuel bureau de la FEMAFOOT. Et pour cause, non seulement leurs sanctions ont été levées, mais le TAS leur a également donné raison en martelant que l’Assemblée générale du 31 octobre 2015 n’a pas été régulièrement convoquée.
La FEMAFOOT a violé ses propres statuts et règlements en organisant cette assemblée d’où la décision du TAS de déclarer nulles et de nul effet les décisions adoptées lors de cette assemblée. Jusque-là, la FEMAFOOT avait réussi à faire croire, jusqu’au sommet de l’Etat, que c’est le Collectif des ligues et clubs majoritaires qui a violé les textes régissant notre football. Le verdict du TAS prouve le contraire et le comité exécutif se retrouve désormais dos au mur parce que contrainte de convoquer une nouvelle Assemblée générale qui pourrait complètement bouleverser la donne.
Cela est d’autant plus vrai que les délégués de l’Assemblée générale du 10 janvier qui a entraîné la scission du monde du football, étaient majoritairement composés de sympathisants du Collectif des ligues et clubs majoritaires. En tout, si les mêmes délégués se retrouvent comme l’exige le TAS, il y a fort à parier que l’actuel bureau fédéral en fera les frais.

CE QUI A MIS LE FEU AUX POUDRES- Mais comment en est-on arrivé là ? Un rappel des faits s’impose pour mieux comprendre cette crise sans précédent qui secoue la planète foot du Mali depuis janvier 2015. Tout a commencé avec cette petite phrase prononcée par l’actuel président de la FEMAFOOT, Boubacar Baba Diarra lors d’une rencontre avec les présidents des clubs de première : «les comptes de la fédération sont au rouge, nous avons plus de 300 millions de F cfa de crédit à payer».
Cette révélation du premier responsable de la FEMAFOOT provoquera l’indignation du président du CSD, Mpa Sylla qui exigera des explications au bureau fédéral, avant d’accuser l’équipe de Boubacar Baba Diarra de «mauvaise gestion et de détournement». Quelques jours plus tard, le «bouillant» président de l’équipe des «7 Villages» recevra une convocation de la commission de discipline de la FEMAFOOT à laquelle il ne répondra pas. Le bureau fédéral décide alors de suspendre Mpa Sylla et de l’empêcher de participer à l’Assemblée générale qui se profilait à l’horizon.
Non contents de la décision de l’instance dirigeante du football national, des présidents de ligues et de clubs décident de s’opposer à la suspension de Mpa Sylla et font bloc derrière le patron du CSD. Ils saisissent la FIFA qui demandera à la fédération de laisser Mpa Sylla participer à l’Assemblée générale «pour pouvoir défendre son point de vue». Peine perdue car le jour de l’AG, la police empêche le président du CSD d’accéder à la salle. Des incidents éclatent après la cérémonie d’ouverture et la majorité des délégués claque la porte pour protester contre l’expulsion de Mpa Sylla.
Quelques minutes plus tard, ils organisent leur propre AG au cours de laquelle, le président et le secrétaire général de la FEMAFOOT seront suspendus jusqu’à nouvel ordre «pour violation des textes de la fédération». Dans la foulée, ils décident de ne pas participer au championnat national tant que les deux personnes suspendues resteront à leur poste. Malgré les multiples tentatives de réconciliation, aucune solution ne sera trouvée et le Djoliba, le CSK, le COB et l’AS Avenir de Tombouctou seront relégués en 2è Division après trois forfaits.
En août, le Collectif des ligues et clubs majoritaires organise une Assemblée générale et met en place un nouveau bureau fédéral dirigé par Mamadou Dipa Fané. La réplique de l’équipe de Boubacar Baba Diarra ne se fera pas attendre longtemps, elle convoque à son tour une AG le 31 octobre avec les résolutions que l’on connaît.
Commence alors la bataille de légitimité au niveau du tribunal suprême du sport. Dans un premier temps, la juridiction de Lausanne renvoie les deux parties dos à dos en décidant de ne pas examiner le dossier sur le fond et en infligeant une amende financière au Collectif des ligues et clubs majoritaires. Nullement découragés par la sentence du TAS, Yéli Sissoko et ses amis décident de contre attaquer en demandant à la juridiction de Lausanne d’annuler l’AG du 31 octobre et les décisions qui y ont été adoptées.
C’est la réponse à cette requête qui est tombée mardi et qui donne une quarantaine de jours (30 novembre) à la FEMAFOOT pour convoquer une nouvelle AG avec la liste des délégués de celle du 10 janvier 2015. La sentence du TAS est sans appel.
Mais que se passera-t-il si le comité exécutif de la fédération ne convoque pas l’AG à la date exigée par le TAS ? Pour un responsable du Collectif des ligues et clubs majoritaires, cette question ne devrait pas se poser car, expliquera-t-il, «les décisions du TAS sont sans appel».
Il ajoutera que si le tribunal suprême du sport s’était prononcé sur le fond du premier dossier et rendu son verdict, l’appel du Collectif des ligues et clubs majoritaires ne pouvait être déposé. «La FEMAFOOT est obligée de convoquer une nouvelle AG au plus tard le 30 novembre. Il n y a aucun arrangement possible», dira notre interlocuteur. Le feuilleton ou plutôt la saga judiciaire continue donc.

S. B. TOUNKARA


Africatime

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