Santé publique : Doutes sur la pratique médicale privée

Depuis quelques années, Bamako et ses environs font face à un fourmillement de centres de santé ou cliniques privées. Beaucoup de ces établissements fonctionnent hors de tout contrôle de l’Etat. Des usagers protestent et en appellent à l’intervention diligente de l’Etat.

La prolifération des centres de santé est l’une des causes de la mauvaise qualité des soins administrés aux usagers maliens. Dans presque tous les coins de rue, on voit un centre ou cabinet de santé.

En effet, malgré un sentiment d’organisation, l’autorité en charge de ce secteur n’est pas en mesure de fournir le chiffre exact des centres et cabinets de santé qui opèrent sur le territoire national.

Cependant, à chaque coin de rue, est implantée une petite clinique privée ou cabinet de soins. La plupart des erreurs médicales viennent de ce monde de la médecine privée. Même si aucun chiffre ne peut être annoncé par le ministère de la Santé pour les étayer, beaucoup de Maliens sont d’avis que les erreurs médicales liées à la mauvaise pratique ou aux conditions hygiéniques déplorables sont énormes, y compris dans les hôpitaux publics.

“Mon père est malade depuis quelques années. Il a même perdu la mobilité d’une partie de son corps. Un jour, il a fallu l’amener d’urgence à l’hôpital. Arrivé à Gabriel Touré, on lui a administré un sérum à base de sel au lieu d’un sérum glucosé. Pourtant, il était bien écrit sur son dossier qu’il souffrait d’hypertension. Il était à un doigt de la mort”, témoigne Seydou Koné, un étudiant chercheur.

L’environnement dans lequel fonctionnent les centres de santé est pollué. Les bâtiments ne répondent pas aux normes requises. Cette situation est à la base de nombreux cas de décès enregistrés dans ces formations médicales.

“Un soir, j’ai accompagné ma fille qui souffrait d’une vilaine angine. Vu son état de santé, j’ai dû l’amener se faire consulter dans une clinique à Magnambougou bien que je n’ai pas confiance en elle. Ça laisse à désirer. L’intérieur est crasseux. On pouvait voir du coton déjà utilisé par terre. Ce qui m’a le plus choqué c’est une dame qui saignait. Elle s’était blessée avec un morceau de verre qui trainait”, se lamente Mme Diarra Aminata.

Formés sur le tas

En dehors des centres urbains, plusieurs centres de santé fonctionnent et pullulent dans les villages et centres urbano-ruraux. Ils emploient un personnel soignant formé sur le tas ou qui s’improvise comme tel. Faute de mieux, les populations s’adressent à eux pour se faire soigner. Elles courent tous les risques. De nombreux cas de décès enregistrés en ces lieux sont à mettre sur ce compte.

“L’ordonnance qu’on m’a remise est remplie, mais je n’ai vu nulle part un médicament contre le mal dont souffrait ma fille. Sur l’ordonnance figuraient des médicaments comme l’Arthémeter, l’Artefan, l’Omeprazol, le Novalgin… La facture était à 30 000 F CFA sachant que le prix total des médicaments contre l’angine ne dépasse guère les 12 000 F CFA”, ajoute Mme Diarra Aminata.

Comment expliquer l’existence juridique de ce cabinet de santé puisque l’ouverture d’un centre ou cabinet de santé est subordonnée à l’autorisation préalable de l’autorité en charge de la santé publique ?

Comment expliquer que des agents travaillant dans ce centre ne sont toujours pas identifiés alors que l’autorisation du ministère de la Santé pour qu’ils exercent doit contenir forcément leur identité réelle ?

Les opportunités pour se faire de l’argent ouvrent sous le couvert des organisations à vocation humanitaire des centres de santé. Parmi ceux qui exercent dans ces nombreux établissements, on trouve de prétendus diplômés sans emploi formés dans les conditions les plus médiocres ou ceux qui se sont formés à la va-vite dans des cabinets ou cliniques de soins privés.

En matière de suivi des centres ou cabinets de santé, le Mali a rangé tous les textes réglementant le secteur dans les placards.

En effet, il suffit d’avoir de l’argent pour ouvrir un cabinet ou un centre de santé. Dans ce cabinet qui exerce illégalement, on recrute n’importe qui, pourvu que l’argent rentre. Les agents de santé encore en fonction ouvrent des cabinets et orientent les malades venus en consultation dans le secteur public vers leurs cabinets.

La Constitution malienne dispose que “la personne humaine est inviolable. L’Etat a l’obligation de la respecter et de la protéger. Il lui garantit un plein épanouissement. A cet effet, il assure à ses citoyens l’égal accès à la santé, à l’éducation, à la culture, à l’information, à la formation professionnelle et à l’emploi”.

Le droit à la santé est donc un devoir de l’Etat. Il doit œuvrer à sa promotion et à sa protection.

C’est bien de lancer des programmes pour partager les moustiquaires aux Maliens, mais ce serait encore mieux de contrôler les centres ou cabinets de santé qu’on ouvre à tort et à travers.

Hawa Sy

aBamako

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