Détournement des exos d’importation des hydrocarbures : Quand la SOYATT braque l’Etat !

Détournement, concurrence déloyale, favoritisme… Aucun qualificatif n’est de trop pour designer le comportement de la Société Yattassaye et Compagnie (SOYATT) sur le marché national des hydrocarbures. Et pour cause : des exonérations accordées au groupe Grand Distributeur Céréalier du Mali pour le compte de sa zone riziculture de l’Office du Niger et portant sur plusieurs millions de litres de carburant (gazoil) sont détournées sur le dos du contribuable au bénéfice de la Société Yattassaye et Compagnie, au grand dam de l’Etat.
La SOYATT se croit-t-elle sortie de la cuisse du Jupiter ?

La question mérite d’être posée si l’on se réfère au comportement de cette société vis-à-vis de la réglementation douanière et des règles de la concurrence saine dans notre pays.

En effet, pour avoir reçu à mettre la sous-direction des produits pétroliers des douanes dans sa poche et à s’accrocher à un haut perché du régime, elle vient d’infliger aux caisses de l’Etat un manque à gagner estimé à 1,3 milliard de FCFA. Ce n’est donc pas par hasard que l’on constate une chute drastique des recettes enregistrée ces trois derniers mois au niveau du Bureau des pétroles et, par ricochets, au niveau des objectifs de recettes des douanes, désormais incertains d’être atteints.

Cette fois-ci, la Direction Générale des Douanes, après avoir eu vent de ce énième coup porté à ses objectifs de recettes, n’a pas voulu rester spectatrice de la situation. Ainsi, sous la coupole du sous-directeur des enquêtes douanières, le colonel Mamadou Sarro, elle a décidé de tirer au clair la situation. Une enquête est ouverte pour situer les responsabilités à tous les niveaux.

Pleins feux sur un braquage prémédité et exécuté en association !

La société Grand Distributeur Céréalier du Mali, plus connue sous le sigle GDCM du richissime opérateur économique, Modibo Kéïta, bénéficie auprès de l’Etat malien d’une exonération de 6,5 millions de litres de carburant pour ses activités dans la zone de l’Office du Niger. Elle a, pour objectif, d’assurer l’importation et l’exportation de produits céréaliers et alimentaires. Elle assure leurs distributions sous forme de ventes en gros et demis gros sur le marché national. C’est connu de tous, GDCM-SA est, de nos jours, la première société du Mali dans la vente et dans la distribution de produits céréaliers grâce à son important réseau de distribution reparti sur l’ensemble du territoire national avec des magasins à Bamako et dans toutes les régions du Mali. Elle dispose également des usines de traitement et de reconditionnement du riz à Ségou et à Mopti.

Comme par enchantement, c’est cette exonération de GDCM qui est indûment exploitée par la Société Yattassaye et Compagnie. Personne ne sait comment et pourquoi ?

Un éléphant dans un magasin de porcelaines !

Cependant, ce qui reste évident est le fait que la SOYATT, depuis des années maintenant, s’est taillé une couronne princière au sein de l’administration des douanes. Elle est crainte et évolue comme un éléphant dans un magasin de porcelaines. Dans ses manœuvres frauduleuses, elle bénéficie d’une chaîne de complicités au sein du Bureau des produits pétroliers, dirigé pourtant par un jeune cadre jouissant d’une bonne réputation, l’Inspecteur des douanes Mamadou Traoré. Mais cette société est bien puissante. Pour preuve, si au début, ces complots contre les intérêts de l’Etat passaient quasiment inaperçus, au fil du temps, ils ont été étalés au grand jour à cause des importants dégâts occasionnés en terme de manque à gagner pour le Trésor public.

Pas plus tard que le mardi 11 octobre dernier, 62 camionsremplis de carburant à destination de la zone riziculture de GDCM au niveau de l’Office de Niger, ont été détournés au profit de la Société Yattassaye et Compagnie. Du coup, le marché local a été inondé par ces produits.

Cependant, ce n’est pas là que le bât blesse. Là où cela fait surtout mal, c’est au niveau du Trésor public. En effet, étant donné que le prix de revient de ces millions de litres tourne autour de 500 ou 505 FCFA le litre, il est plausible de déduire une perte de 1,3 milliard de FCFA pour l’Etat.

D’autre part, cette fraude à ciel ouvert permet à la Société Yattassaye et Compagnie de livrer une concurrence déloyale aux autres sociétés de vente des hydrocarbures puisque ces sociétés sont en règle vis-à-vis de l’Etat, payent légalement droits et taxes.

Un crachat dans la soupe du marché public !

Profitant de cette largesse acquise sur un plateau d’or la SOYATT ne se prive point de saboter le prix du carburant sur le marché local. Au lieu de 520 FCFA par litre, cette société le livre à 450 FCFA, soit une différence substantielle de 70 FCFA. Estimez la marge.

C’est ainsi que la clientèle futée se rue vers les stations services de la SOYATT, portant son choix sur le moins cher. Peut-on laisser cette société fonctionner illégalement au détriment d’autres firmes de la place, qui oeuvrent pour renflouer les caisses de l’Etat ?

Si l’on ne met pas fin à une telle injustice, cela pourrait engendrer un laisser aller inquiétant dans le secteur des hydrocarbures, mais surtout un coup dur pour les objectifs de recettes de la DGD. Les autorités sont donc interpellées !

Au-delà de cette menace sur la légalité et l’équité du marché des hydrocarbures, le scandale Yattassaye et frères commence à peser lourdement et négativement sur les recettes mensuelles du Bureau des Produits Pétroliers. Les chiffres des trois derniers mois sont alarmants et extrêmement inquiétants.

D’un peu plus de 17 milliards de FCFA en début d’année, les recettes de ce bureau stratégique dans le dispositif des douanes du Mali sont passées à 14,206 milliards en juillet 2016, avant de chuter à nouveau à 13,153 milliards en août et de stagner à 13,556 milliards le mois dernier ; alors que la moyenne mensuelle y est de 15,7 milliards de FCFA. Ce qui fait un déficit de 6,3 milliards de FCFA en trois mois.

Ce tableau est d’autant plus inquiétant dans la perspective de l’atteinte des objectifs de recettes (fixés à 512 milliards cette année) que le Bureau des Produits Pétroliers représente environ 49% des recettes douanières du pays. Cette chute libre des recettes se répercute au niveau des entrées globales des douanes où les nouvelles ne sont pas meilleures. Tout cela, à cause d’une société : Yattassaye et frères. Celle-ci bénéficie-t-elle du soutien d’un haut placé du régime ? Qui sont ses complices au niveau des services des douanes ?

A toutes ces questions, le colonel Mamadou Sarro, sous-directeur des enquêtes douanières, est décidé à apporter des réponses. Il a ouvert une enquête afin de situer toutes les responsabilités. A commencer par le Bureau des produits pétroliers. Des têtes risquent de tomber..

Moustapha Diawara
Source: Le Sursaut

aBamako

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