4e congrès ordinaire du RPM ce week-end : Qui pour succéder à IBK ?

“Le Rpm face à son destin ! ” : tel peut être imagé le 4è congrès ordinaire du parti du tisserand prévu, en principe, pour ce week-end, donc les 22 et 23 octobre. L’exclamation est plus légitime que le parti présidentiel arrive à cette importante instance statutaire sans avoir dégagé un candidat consensuel pour succéder à IBK à la tête du parti, après moult reports.

La faute à un problème de leadership, le parti ayant du mal à trouver le tisserand capable de filer du bon coton pour mériter d’être un digne successeur d’IBK. Sans oublier qu’il est miné par un clanisme qui fait craindre un congrès sous haute tension qui pourrait évoluer de l’implosion à l’explosion. Dans ce brouillard, trois noms reviennent dans les couloirs du parti, les coulisses et les médias. Il s’agit du secrétaire général Bocary Tréta et des ministres Abdoulaye Idrissa Maïga et Mahamane Baby. Au vu de sa sagesse, le vice-président et porte-parole du Parti, Dr Boulkassoum Haïdara, n’est également pas hors course, même s’il paraît ralenti par l’âge.

Pourquoi les grands partis ont-ils du mal à faire remplacer leur leader historique dès que celui-ci accède aux fonctions suprêmes ? Pourquoi celui qui lui succède n’est quasiment jamais un homme du consensus ? L’histoire politique récente du Mali nous donne le cas de l’Adema qui a mis trois ans pour trouver un successeur à Dioncounda Traoré quand celui-ci fut appelé, en avril 2012, à la fonction suprême de président par intérim lors de la Transition. C’est Tiémoko Sangaré qui a été difficilement intronisé en 2015 dans un climat de malaise général qui frappe toujours le parti de l’abeille. Et pour cause : un problème de leadership doublé de querelles internes de personnes.

Aujourd’hui, le Rpm vit exactement le même scénario, le parti ne parvenant pas à trouver de président actif depuis l’élection d’IBK à la magistrature suprême en août 2013. Les mêmes causes produisent les mêmes effets : les tisserands se regardent en chiens de faïence et leurs rangs sont minés par un problème de clans qui empêche jusque-là la tenue du congrès ordinaire électif d’un nouveau président. Initialement prévue pour le mois de mars 2016, cette instance statutaire a été reportée une première fois pour avril, puis pour mai 2016, avant d’être repoussée sine die. Voilà que le congrès est, enfin, fixé pour ces 22 et 23 octobre, avec toutes les chances d’être tenu cette fois-ci.

Sans tomber dans le dilatoire des autres raisons de la crise qui secoue le parti présidentiel, intéressons-nous aux chances des prétendants au trône laissé vacant par IBK.

Mahamane Baby, le grandissime favori

D’emblée, disons-le net : s’il n’est pas mis injustement de côté au nom d’un consensus de façade ou d’autres critères subjectifs, Mahamane Baby remporterait sans coup férir la majorité des suffrages. Le ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle est le grandissime favori pour succéder à Ibrahim Boubacar Kéïta. L’enfant de Goundam rassemble les atouts nécessaires et suffisants pour briller dimanche. Au double plan politique et professionnel, il s’impose comme le meilleur.

Le premier atout majeur de Baby, c’est son ascension politique au sein du Rpm où il est en train de franchir allègrement tous les échelons. Il suit IBK depuis “Alternative 2002”, ce mouvement créé en 2000 par Ibrahim Boubacar Kéïta après son départ de l’Adema. Depuis, sa fidélité au Kankélentigui et aux idéaux du parti Rpm, créé en 2001, n’a jamais failli. Il a contribué à l’émergence du parti avec la création et l’animation des comités Rpm en Commune I du district de Bamako, précisément à Boulkassoumbougou dont il a été le secrétaire général du Comité III Rpm, avant d’être élu secrétaire général de la sous-section Rpm du même quartier.

Il a ensuite franchi plusieurs paliers en devenant successivement secrétaire administratif adjoint de la Section de la Commune I, puis secrétaire chargé des relations avec les jeunes du Bureau politique national du Rpm, avant d’être porté à la tête du Bureau national de l’Union nationale des jeunes (Bn-Unj/Rpm) au sortir du premier congrès des Jeunes Tisserands, en 2001. C’est l’apothéose. Mahamane Baby fut donc le premier président de la jeunesse Rpm. Un poste qu’il doit quitter en 2004 pour entamer une carrière internationale pour le compte du système de volontariat des Nations-Unies au Niger, puis en Allemagne. C’est de là que le Président Ibrahim Boubacar Kéïta lui fait appel pour faire son entrée dans les gouvernements successifs.

Il est toujours là et fait face avec efficacité aux défis du gouvernement au regard des performances enregistrées à la tête du département de l’Emploi et de la formation professionnelle qu’il n’a jamais quitté. Tel est justement l’autre atout majeur en faveur de Baby. Depuis qu’il est ministre, il n’a été impliqué dans aucun scandale. Ce qui n’est pas le cas de ses potentiels concurrents pour le fauteuil présidentiel du Rpm.

Parallèlement à sa fonction de ministre, Mahamane Baby s’attelle à étendre l’implantation du Rpm à travers un parcours politique qui monte en flèche. En effet, dès son retour au bercail, sa ville natale, Goundam, le réclame à cors et à crise. En 2013, il était le fer de lance du candidat IBK dans cette ville avec le succès que l’on sait.

En 2015, il répond à l’appel du pied de ses parents de Goundam et il est élu secrétaire général de la sous-section Rpm de la commune urbaine de Goundam.

Depuis le 13 mars 2016, Mahamane Baby est porté secrétaire général de la section Rpm de Goundam à l’unanimité. Il est à la tête d’un bureau de 97 membres. Ce jour-là, l’enfant du terroir a tenu un discours qui marque encore les esprits. Extrait : ” C’est avec humilité que nous endossons cette nouvelle responsabilité politique au niveau de Goundam, en particulier, et de la région de Tombouctou, en général. Je félicite les militantes et les militantes pour avoir placé leur confiance en ma modeste personne. Cependant, une personne, quelle que soit sa volonté ou sa détermination, ne peut relever à elle seule tous les défis qui sont les nôtres, sans le soutien et l’accompagnement des uns et des autres.

Aussi, devons-nous rester fidèles à la valeur fondamentale même de notre parti, à savoir : le Rassemblement, encore le Rassemblement, toujours le Rassemblement. En effet, nous devons rassembler autour des idéaux du parti et de son projet de société que le camarade-Président Ibrahim Boubacar Kéïta incarne et exécute avec brio depuis son accession au pouvoir, en 2013, par la grâce de Dieu et la volonté populaire des Maliens qui l’ont plébiscité avec un score sans appel de 77,6%. Nous devons rassembler au sein du parti et autour du parti et du Président IBK, en acceptant de s’ouvrir à tous ceux qui veulent soutenir et accompagner le président de la République dont on connaît le souci pour l’excellence et la loyauté envers le Mali, en conformité avec son credo : le Mali d’abord.

C’est dire que notre premier chantier est celui de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger, signé en deux étapes, à Bamako, entre les différents protagonistes : le 15 mai et le 20 juin 2015. Il s’agit de travailler à donner corps et âme à cet accord en traduisant dans les faits et les actes la mesure-phare qui le traverse de façon transversale : la régionalisation comme la nouvelle forme de gouvernance locale permettant aux populations d’être les actrices principales de leur propre développement à la base.

En conséquence, nous nous préparons aux élections communales et régionales à venir, en faisant en sorte d’engranger le maximum de résultats qui nous permettent de mettre en œuvre nos programmes locaux, régionaux et nationaux au profit des populations en droit d’attendre de nous des actions de développement dans une démarche participative. Toutes choses qui seront de nature à occuper sainement les jeunes, par des emplois décents, en leur évitant des sentiers peu recommandables comme le radicalisme sous différentes formes et les trafics illicites en tous genres “.

Depuis Bamako, ce discours aurait impressionné le Président Ibrahim Boubacar Kéïta et tout le Bureau politique national du Rpm à l’exception de ses adversaires de clan. On voit alors que Baby n’est pas un cadre parachuté, mais un militant de la base passé par les escaliers. Il pourrait bien atteindre le sommet dimanche à la faveur du 4è congrès du parti.

Dr Bokary Tréta cumule des atouts de premier plan

Mais, Mahamane Baby ne sera certainement pas seul dans la course. Il fera face à une grande adversité. La plus redoutable viendrait sans conteste de Bokary Tréta. En effet, le secrétaire général du parti du Tisserand cumule des atouts de premier plan et, de par sa position, il se trouve des gens qui pensent qu’il est le cadre tout indiqué pour prendre les rênes du parti. Aussi bien au sein des Tisserands que des Maliens qui ne sont pas au Rpm ou même ceux qui ne font pas la politique, tous confondent le Rpm à la personne de Tréta.

Ça, c’est un fait indéniable. En plus qu’il soit considéré comme le vrai fondateur du Rpm (il détiendrait le récépissé), on avance aussi et surtout sa loyauté et sa fidélité jamais démenties au parti et à Ibrahim Boubacar Kéïta. C’est une réalité. Après la période 2002-2007 où le président du parti, IBK, a occupé les fonctions de président de l’Assemblée nationale, le Rpm aurait sans doute disparu n’eurent été le courage et la détermination de Tréta. Tous les militants et cadres avaient commencé à fuir le parti, plongé dans une grande crise de trésorerie. Pour respirer un peu, le Rpm, parti d’opposition au régime d’ATT, dû se rallier à celui-ci. D’ailleurs, Tréta lui-même participait au dernier gouvernement d’ATT en guise de reconnaissance à ses efforts.

Bokary Tréta considéré comme l’homme de la situation

Ensuite, Tréta est le point focal de tous les militants à la base, à Bamako comme à l’intérieur du pays. Il le doit au fait qu’il était quasiment devenu le gardien du siège du parti qu’il ne quittait de jour comme de nuit. C’est pourquoi, quand IBK est monté à Koulouba, on pensait que le poste de Premier ministre allait logiquement lui échoir. Mais, IBK, qui lui vouait jusque-là un respect déférent, a dribblé tout le monde.

Mais Tréta se contentera néanmoins du super ministère du Développement rural, étant également la deuxième personnalité du gouvernement. Avec ce poste, le secrétaire général du Rpm prend encore plus de galons auprès des militants à la base qu’il rencontre à chacune de ses missions à l’intérieur du pays. Bref, de l’avis de beaucoup de ses camarades et des militants, Bokary Tréta est l’homme de la situation. Pour preuves, quand il quitte le gouvernement, le Bureau politique national lui manifeste son soutien indéfectible dans un communiqué officiel : “…Le Bureau politique national du Rassemblement Pour le Mali (Bpn/Rpm) remercie le ministre du Développement Rural sortant, Dr Bokary Tréta, pour avoir été à la hauteur de la mission à lui confiée par le président de la République.

Le Bureau politique national du Rassemblement Pour le Mali (Bpn/Rpm) félicite le Dr Bokary Tréta, secrétaire général du Parti pour les bons résultats obtenus dans la transformation de l’agriculture malienne, lui renouvelle sa confiance et lui assure son soutien sans faille pour relever les défis futurs du Parti et du peuple malien dans leur quête d’un mieux-être…”.

Cependant, face à ces atouts, Tréta traine des défauts et des tares qui peuvent s’avérer tout aussi déterminants contre lui à l’heure du choix du président du parti, après demain.

D’abord, quand il était ministre, son nom a été mêlé à plusieurs scandales de détournements et de corruption à grande échelle, notamment dans les affaires des engrais frelatés et de l’opération 1000 tracteurs initiée par le président de la République.

Ensuite, au plan politique, Bokary Tréta n’a pas de base solide. Même dans son propre village, à Diondiori (cercle de Ténenkou, région de Mopti), le Rpm n’a pas de force.

A cela s’ajoutent d’autres récriminations. On lui reproche fondamentalement son ambition démesurée d’atteindre les sommets tout de suite. Ensuite, il s’est brouillé avec l’ancien président du parti, IBK, dont il bravait l’autorité tout en comptant sur ses soutiens et sa popularité au sein du parti. Il a fallu qu’un clan, constitué par les proches du Président, lui brise l’élan. C’est après tout ça que le Président IBK l’a éjecté du gouvernement. C’est dire que si Tréta n’a pas le soutien d’IBK, il est mal barré pour le duel de dimanche.

Abdoulaye Idrissa Maïga, peu d’arguments pour convaincre

En dehors de Tréta, qui pourrait empêcher Baby d’être porté président du Rpm ? Certainement, Abdoulaye Idrissa Maïga. Mais, l’actuel ministre de la Défense et des anciens combattants n’a pas assez de tours dans son sac, en dehors qu’il serait l’homme de confiance du Président IBK dont il fut le directeur de campagne lors de la Présidentielle de 2013. A l’occasion, l’ancien ministre de l’Administration territoriale avait fait montre de professionnalisme dans la conduite de la campagne électorale et débauché beaucoup d’énergie pour mener le candidat IBK à la victoire finale.

Beaucoup de gens pensent alors, qu’en plus d’être ministre depuis le deuxième gouvernement d’IBK, si la récompense suprême devait passer par lui confier les destinées du parti, IBK pourrait être tenté de franchir le pas.

Un autre atout qui entre en ligne de compte : on trouverait des liens de parenté entre le prétendant au trône du Rpm et la Première dame. En Afrique, c’est un facteur favorisant non négligeable dans les nominations et les promotions politiques.

Mais cela suffirait-il à hisser Abdoulaye Idrissa Maïga aux cimes du parti ? Moult observateurs pensent que Non dans la mesure où le natif de Gao ne draine pas de foule, en ce sens qu’il ne fait même pas l’unanimité dans son propre fief, à Gao où son autorité est contestée par le Ministre Malick Alhousseyni. Pour preuve, nous n’avons pas encore de certitude que la section Rpm de Gao a été mise en place à cause de la divergence entre les deux ténors. On ne voit donc pas comment on peut confier la présidence d’un parti à un militant qui ne maîtrise pas sa propre base.

Dr Boulkassoum Haïdara, l’arme du consensus

Toute analyse faite, la présidence du Rpm ne devrait pas échapper à ce trio de prétendants. Mais, un quatrième larron, en la personne de Boulkassoum Haïdara, pourrait bouleverser tous les pronostics.

En effet, si les candidats cités plus haut sont engagés dans une rivalité mortelle, le consensus pourrait être recherché autour du vice-président et porte parole du parti. Même s’il est taxé d’être trop vieux pour cette ambition, sans compter qu’il est considéré comme manquant de personnalité, Boulkassoum Haïdara incarne la sagesse et c’est lui qui garde les clés du parti depuis qu’IBK est élu à la magistrature suprême. Ne vendons donc pas la peau de l’ours avant de l’avoir abattu. Qui pour succéder à IBK ? La réponse au soir du dimanche 23 octobre.

A.B. HAÏDARA

aBamako

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