La CMA et les accords: la nécessaire remise en cause

Entre lenteurs dans la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger ; la violation présumée de certaines dispositions de l’ENTENTE, une remise en cause s’impose au niveau de la Coordination des mouvements armés (CMA) qui n’est pas non plus au-dessus de tout reproche.

Un grief qui est logiquement à formuler à l’encontre de la CMA est son option affichée pour une application sélective de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger. Et pour cause, s’il y a un combat qu’elle a véritablement mené, rejoint en cela par la Plateforme du 14 juin d’Alger, c’est bien celui de l’opérationnalisation des patrouilles mixtes et celui de la mise en place des Autorités intérimaires.
Tout porte à croire que l’annexe 3 de l’Accord relative aux actions et projets de développement économique, social et culturel à réaliser dans les régions du nord du Mali à court, à moyen et à long termes est le dernier de ses soucis. Ladite annexe comprend les volets de l’éducation et de la formation ; de la santé ; de l’hydraulique ; de la relance de l’économie locale, pour ce qui est des mesures à court terme. Ce sont ces aspects qui sont les préoccupations immédiates des populations.
En tout état de cause, après une intense pression qui frise le chantage, lors de différentes sessions du Comité de suivi de l’Accord (CSA), les mouvements armés ont fini par obtenir gain de cause. C’est en reconnaissance de cette avancée qu’à l’issue de sa 12e session ordinaire qui s’est tenue les 19 et 20 octobre 2016, le Comité de suivi de l’Accord « a salué l’étape décisive franchie dans la mise en œuvre de l’Accord avec la prise de décrets de nomination des Autorités intérimaires ».
Sur les questions de sécurité, le « Comité a adopté le nouveau chronogramme du processus de cantonnement-DDR-Intégration ».
En ce qui est du Mécanisme opérationnel de coordination (MOC), d’importantes avancées sont à noter. À Gao, il est déjà installé et doté d’équipements. La phase suivante était son installation dans les autres régions du Nord.
Par contre, du côté de la Coordination des mouvements armés, une remise en cause s’impose. Ce mouvement qui semble si soucieux des questions sécuritaires est celui-là même qui brille par son absence sur ce terrain au point d’être interpellé par le Comité de suivi de l’Accord, lors de sa dernière session des 19 et 20 octobre 2016. En effet, « il a exhorté la CMA à honorer son engagement et à procéder au dépôt de la liste de ses membres devant siéger au sein du Conseil National pour la Réforme du Secteur de la Sécurité (CNRSS) ».
Ce qu’on peut ensuite être reproché à la CMA est sa levée de bouclier, après la prise de décrets de nomination des Autorités intérimaire. Elle a vigoureusement dénoncé le fait qu’elles ne comprenaient pas autant de membres que les Conseils qu’elles remplacent. Ce, contrairement aux dispositions de l’ENTENTE du 19 juin 2016.
Mais, il peut aussi lui être reproché de ne s’être pas employée particulièrement pour le retour de l’administration d’État qui était prévu au cours de la période allant du 15 juillet au 15 août 2016.
Le même grief vaut pour le redéploiement des services techniques de l’éducation (1er août au 30 septembre 2016).
À Kidal, les écoles n’ont ouvert que le 17 octobre avec des infrastructures quasi inexistantes et sans l’effectif d’encadrement nécessaire. Pis, il ne s’agit que d’une ouverture partielle ; puisque dans la plupart des localités de la région, cela n’a pas été le cas. Et malheureusement, ça risque de ne pas être le cas encore cette année. Cela au grand dam des enfants dont l’avenir est en train d’être hypothéqué par l’égocentrisme de certains adultes.
Le Gouverneur de Kidal a juste été autorisé à prendre part à la cérémonie d’ouverture des classes, le 15 octobre dernier.
Il est aussi prévu dans l’ENTENTE, le redéploiement des services techniques de la santé du 1er août au 30 septembre 2016 ; le redéploiement des services techniques de l’énergie et de l’eau du 1er août au 30 septembre 2016. Si des efforts sont faits par le Gouvernement pour la satisfaction des besoins d’énergie (octroi de groupe électrogène pour Kidal ; installation en vue, par la MINUSMA, de lampadaires solaires pour environ 95 millions de FCFA), les services techniques sont ceux qui manquent le plus.
Pour ce qui est du redéploiement des services techniques de la justice, la période devait courir du 1er août au 30 septembre 2016. L’ENTENTE précise à ce sujet : « la justice est rendue par les Cours, les Tribunaux et les Justices de Paix à Compétence Etendue ». Au constat, aucun juge ne s’est encore hasardé à Kidal même. Pour ce qui est du taux de couverture judiciaire des régions du Nord, apprend-on, il reste toujours très faible. Ce qui n’est pas de nature à conforter l’État de droit. Au contraire ! Il est reproché à la CMA d’arrêter des personnes (presque toujours proches de la Plateforme et singulièrement du GATIA) et de leur appliquer une justice expéditive, si ce n’est une justice vindicative.

Par Bertin DAKOUO

aBamako

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