Lutte contre le criquet pèlerin : Vers la mise en place d’un fonds régional de gestion du risque acridien

Le fonds, d’un montant de 6 millions de dollars (environ 3 milliards de Fcfa), sera utilisé pour financer des interventions rapides en termes de prévention. Mais sa mobilisation reste un enjeu pour les ministres des pays membres de la Commission de lutte contre le criquet pèlerin dans la région occidentale (CLCPRO)
La deuxième réunion des ministres en charge de la lutte antiacridienne des dix Etats membres de la Commission de lutte contre le criquet pèlerin dans la région occidentale (CLCPRO), a pris fin hier à Alger. Cette réunion ministérielle revêt une importance capitale pour la durabilité de la stratégie de lutte préventive dans la région. C’est la seconde fois qu’elle est organisée en période d’accalmie acridienne dans plusieurs pays membres. Mais la menace est réelle dans certains pays comme la Mauritanie qui a enregistré cette année une résurgence des criquets pèlerins.

En effet, selon des analyses des experts, la zone occidentale de l’Afrique a enregistré cette année une activité des populations de criquets pèlerins qui a nécessité la mobilisation de plusieurs équipes de surveillance et de lutte atteignant par moments en Mauritanie jusqu’à 20 équipes. Cette activité s’est répandue ensuite au Sahara occidental et au sud du Maroc, se soldant par le traitement d’une superficie cumulée de près de 22.978 ha au niveau de toute la région. Grâce à ces actions, les signalisations acridiennes ont nettement diminué au nord de la Mauritanie, au Sahara occidental et au sud du Maroc, de sorte que le risque d’infiltration en direction de l’Algérie est écarté.

C’est donc pour minimiser davantage les menaces que les ministres en charge de l’Agriculture dans cette région se sont réunis à Alger pour définir une stratégie commune de lutte plus efficace et plus durable. Ainsi, après 72 heures de conclave, ils ont fait une analyse poussée de la situation acridienne dans la région et développer des pistes de solutions. La principale recommandation de la réunion de haut niveau d’Alger est la mise en place urgente d’un fonds de gestion rapide des risques d’invasion acridienne. Ce fonds régional de gestion du risque acridien sera un instrument qui permet la durabilité de la prévention. Ainsi la Déclaration d’Alger relative à cette réunion fait état de l’obligation des membres de la CLCPRO d’alimenter ce fonds et annonce, par ailleurs, la création de la force d’intervention de la région occidentale visant à mutualiser les moyens matériels et humains d’intervention. «Les pays membres concernés par la lutte antiacridienne sont obligés de contribuer à l’alimentation de ce fonds régional. Mais ce fonds est ouvert à tout bailleur qui ne soit pas membre de la commission. Ce fonds, estimé à 6 millions de dollars, sera amplement suffisant pour financer les opérations d’intervention. Il s’inscrit dans la logique de lutte préventive et dans une logique d’invasion qui nécessite des fonds plus importants. La dernière invasion, entre 2003 et 2005, a coûté 570 millions de dollars», conclut la déclaration. Le directeur exécutif de la CLCPRO, Mohamed Lamine Hamouni, a signalé que ce fonds régional permettra d’assurer la durabilité des mécanismes de prévention acridienne. «28 millions de dollars devaient être dégagés entre 2014-2017 dans le cadre de la durabilité de ces mécanismes. Mais jusqu’à présent, 4 millions de dollars sur les 28 ont pu être mobilisés. Certains pays ont du mal à mobiliser les financements. D’où l’importance du fonds régional de gestion du risque acridien », explique-t-il.

Menace acridienne. Le ministre de l’Agriculture, Kassoum Denon, précisera que les membres de la CLCPRO seront dans l’obligation d’alimenter ce fonds, car il est ouvert à toute contribution en dehors de la commission. « La lutte antiacridienne nécessite une politique consultative avec le concours de toutes les parties. La dernière invasion a occasionné des dégâts importants, affectant 8 millions d’habitants. Des récoltes ont été détruites à 100% et 13.000 millions d’hectares ont été traités aux pesticides. Tout cela affecte le développement de notre secteur agricole. Depuis 2005, beaucoup de progrès ont été enregistrés en matière de lutte antiacridienne qui a permis l’espacement entre les invasions. Nous avons aujourd’hui une cartographie des zones sensibles et des dispositifs innovants qui permettent la transmission d’informations à temps réel. Le satellite algérien nous fournit d’importantes informations relatives à ces zones sensibles où se reproduisent les criquets. Nous avons réussi également à mettre en place des unités régionales autonomes de lutte antiacridienne. Chose qui n’existait pas auparavant », a-t-il développé, tout en saluant le travail de concertation entre les pays membres de la commission.

Le ministre Denon, citera, à titre d’exemple, le travail de concertation effectué en ce moment même en Mauritanie, qui connaît depuis le début de ce mois une montée de la menace acridienne. «Plusieurs équipes d’intervention, dont celle de l’Algérie, ont été dépêchées en Mauritanie où la situation acridienne est inquiétante sans être alarmante. Dans ce cadre, le Mali a décidé d’apporter son soutien à la Mauritanie à travers des équipes de traitement mais aussi des pesticides », a-t-il souligné, signalant que la CLCPRO a attribué 100.000 dollars à la Mauritanie dans ce cadre. Kassoum Denon a assuré, par ailleurs, concernant notre pays, que la situation acridienne est calme. Et des équipes de surveillance et d’intervention nationales ont détecté de faibles présences habituelles composées de sautereaux et d’autres prédateurs des plantes, au niveau notamment des périmètres agricoles des zones du Sahel occidental. Des traitements sont d’ores et déjà effectués dans ces régions, a-t-il précisé.

En marge de la réunion, le ministre Denon a eu un tête-à-tête avec son homologue algérien, Abdesselam Chelghoum. Il s’agissait pour les deux personnalités de promouvoir la coopération entre les deux pays dans le domaine agricole. « Je suis en parfaite harmonie avec le ministre Denon qui est un fin connaisseur du secteur agricole, nous avons convenu de poursuivre le travail qui a commencé entre les experts afin de lever tous les obstacles qui entravent des technologies agricoles dans les deux pays. Le Mali fait la fierté de notre région en matière de riziculture, nous pouvons, nous en inspirer et le Mali peut s’inspirer des cultures de la datte dans les zones désertiques. Nous avons également évoqué tout ce qui a trait aux échanges dans le domaine scientifique et technique entre les entreprises agricoles algériennes et malienne », a indiqué le ministre algérien de l’Agriculture, du Développement Rural et de la Pêche, à l’issue de l’entretien.

Pour sa part, le ministre Kassoum Denon a souligné la « volonté des deux pays d’œuvrer au renforcement de la coopération dans les domaines agricoles. Durant son séjour, le patron du département de l’Agriculture a visité le centre algérien de développement des semences agricoles ainsi que l’Institut algérien de protection des plantes. Ces visites ont permis au ministre Denon de mesurer les avancées de l’Algérie en matière de recherche et de développement agricole. Il n’a pas manqué de souligner que dans ce domaine, le Mali se classe aujourd’hui parmi les 10 pays africains ayant réussi à développer une recherche agricole très performante. Des variétés de riz actuellement prisées dans le secteur agricole comme le Gambiaka, le Nérica, etc, ont été développées par des chercheurs maliens à l’instar de l’équipe du Dr. Mamadou M’Baré Coulibaly, l’actuel PDG de l’Office du Niger.

Cellule de Communication
Ministère de l’Agriculture

aBamako

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