Roberto Azevêdo, directeur général de l’Organisation mondiale du commerce : «soutenir le développement du Mali »

Le patron de l’OMC a fait parvenir cet article à la rédaction de L’Essor à l’occasion de sa visite dans notre pays dans le cadre de la réunion de la coordination ministérielle sur l’initiative sectorielle en faveur du coton

Je serai à Bamako cette semaine pour prendre part à la réunion ministérielle du groupe Coton‑4 qui réunit les principaux pays producteurs de coton d’Afrique – et je rends hommage au leadership du Mali en tant que coordonnateur du groupe. Le message que je délivrerai à la réunion sera très clair : le commerce peut contribuer de manière importante à la croissance et au développement de la région, et l’amélioration du système commercial pour les producteurs de coton d’Afrique jouera à cet égard un rôle majeur. L’Organisation mondiale du commerce (OMC) est un partenaire important pour le Mali.

Ces dernières années, l’OMC a finalisé une série de nouveaux accords commerciaux qui se sont traduits par des gains importants pour le pays. C’est ainsi que l’Accord sur la facilitation des échanges conclu en 2013 réduira les coûts du commerce pour les pays les moins avancés (PMA) comme le Mali dans une mesure pouvant aller jusqu’à 15,8%, tout en fournissant une assistance technique pour faciliter la mise en œuvre de ses dispositions. De plus, nous avons commencé à faire de réels progrès en ce qui concerne le coton. L’année dernière, les membres de l’OMC sont convenus de l’élimination des subventions à l’exportation pour ce produit. C’était la plus grande réforme de ce type depuis 20 ans. Mais il reste évidemment encore beaucoup à faire. Par exemple, les mesures en ce qui concerne les subventions internes au coton font encore largement défaut. Cela est étroitement lié aux progrès d’ensemble réalisés dans le domaine plus large des négociations sur l’agriculture et, malgré tous nos efforts, les avancées en la matière se sont jusqu’ici révélées très difficiles. Toutefois, je pense qu’on a des raisons d’espérer. Les récents succès que j’ai évoqués ont redonné de l’énergie aux membres de l’OMC – aussi bien en développement, développés que moins avancés. Les membres souhaitent plus de résultats concrets. Ils restent fermement déterminés à obtenir davantage pour le développement – en particulier pour les PMA – et à faire avancer les négociations sur les questions restantes de Doha. Nombre d’entre eux proposent également diverses idées nouvelles à examiner.

Ces idées portent entre autres sur les mesures susceptibles de favoriser l’activité commerciale des petites entreprises, notamment en exploitant le potentiel du commerce électronique et des autres innovations technologiques. Certaines de ces questions pourraient être très importantes pour le Mali – et pour les PMA en général. Par exemple, les micro, petites et moyennes entreprises représentent une énorme proportion des entreprises dans les PMA – environ 90% – de sorte qu’elles peuvent jouer un rôle important dans le développement économique et social. Or, ces entreprises se heurtent à de nombreuses difficultés. Leur participation directe aux échanges est faible et elles sont moins bien représentées sur Internet que les grandes entreprises. Une personne sur sept seulement dans les PMA est connectée à Internet. Cela freine le développement du commerce de sorte qu’il serait essentiel de remédier à ce problème. Bien sûr, pour que le commerce électronique soit possible, il faut commencer par rendre les infrastructures de communication abordables et accessibles. Les possibilités sont considérables si on utilise la technologie comme tremplin, en particulier pour les petites entreprises. Mais cela exige des investissements importants – et la mobilisation concertée de multiples donateurs, gouvernements et organisations internationales. L’Initiative Aide pour le commerce de l’OMC fait beaucoup pour aider les pays à régler les problèmes liés à leurs infrastructures commerciales.

Depuis 2006, plus de 260 milliards de dollars ont été décaissés par le biais de cette initiative, qui s’efforce en particulier d’aider les petites entreprises à faire du commerce. De fait, cette aide a augmenté d’environ 50% entre 2005 et 2013. En juillet prochain, nous organiserons le sixième Examen global de l’Aide pour le commerce à l’OMC, et les Membres mettront en particulier l’accent sur la connectivité. Je pense que des discussions sur ces questions dans l’enceinte de l’OMC pourraient se révéler très positives pour les PMA. Le dialogue n’en est qu’à ses débuts mais il est clair selon moi que tout résultat concernant ces questions devrait inclure des mesures d’assistance technique. En collaborant avec la Banque mondiale, les banques multilatérales de développement et d’autres partenaires de développement, nous pourrions faire beaucoup pour régler les problèmes généraux d’infrastructure et de connectivité.

L’Accord sur la facilitation des échanges conclu dans le cadre de l’OMC est un bon exemple à cet égard – en particulier le soutien pratique proposé sous diverses formes au titre de cet accord pour renforcer les capacités des PMA. Je pense que le type d’engagement positif et proactif que nous observons à l’OMC peut créer un climat plus dynamique favorisant de réels progrès. Il pourrait s’agir de progrès dans les domaines où il y a depuis longtemps blocage – y compris les questions les plus urgentes pour le Mali et pour le groupe Coton‑4 plus généralement. C’est une occasion unique de contribuer à façonner le programme de travail dans le sens de vos intérêts et j’exhorte le Mali à ne pas cesser de faire entendre sa voix dans le débat et à faire en sorte que le système commercial continue de stimuler la croissance et le développement. Je me réjouis de collaborer avec le Mali pour atteindre cet objectif, et plus encore, au cours des années à venir. NB : Le Brésilien Roberto Azevêdo est le sixième Directeur général de l’OMC. Sa nomination a pris effet le 1er septembre 2013, et ce, pour un mandat de quatre ans. Depuis sa création en 1995, l’Organisation mondiale du commerce est devenue un élément essentiel de la gouvernance économique mondiale.


Africatime

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here