Gestion des ordures à Bamako : Un dépotoir par quartier serait sanitaire

Si chaque quartier disposait de son dépotoir on n’allait pas en arriver à ce stade de décadence. Les élus sont désormais face à leur responsabilité tout comme les pouvoirs publics et les chefs traditionnels des quartiers dont les chefs de quartiers. Jamais Medina-coura ne va se métamorphoser en dépotoir de la ville de Bamako, tel est l’objectif visé par le collectif « ambaga siguida fê » ou « Nous aimons notre quartier » fermement décidé à entamer des procédures judiciaires.

Depuis, un moment, la mairie de la commune II est confrontée à l’incapacité de gestion de ses ordures ménagères. Avant l’avènement de la démocratie au Mali, chaque vieux quartier de la commune II du district de Bamako disposait d’un dépotoir. Sur lequel site les habitants déversaient au quotidien les ordures ménagères. Mais hélas, de 1992 à nos jours cet équilibre s’est effondré d’un trait. Les élus municipaux croyant dur comme fer que la terre communale leur revenait de droit. Ils en ont fait l’objet de leur bon vouloir en vendant à tour de bras pour s’enrichir dans la démesure. Dès lors, le moindre mètre carré inoccupé çà et là d’un quartier à l’autre fut laborieusement ciblé et vendu. Aucun bout de terre n’a échappé à leur vigilance pour l’appât du gain. Progressivement, ces dépotoirs se sont noyés peu à peu dans la nature. En conséquence les populations se retrouvèrent face à une situation inédite : la disparition progressive des dépôts au cœur des quartiers. L’espace manque cruellement dans le district de Bamako d’un quartier à un autre pour accueillir les ordures ménagères.

La commune II, connue et reconnue comme le berceau des vieux quartiers de la capitale malienne défraie la chronique. L’existence du dépôt d’ordures de transit situé à proximité de trois entités scolaires dont le jardin d’enfant communautaire « Den Niayoro », le groupe scolaire Mamadou Diarra N2 et le CFP sont au centre de la polémique. Sa localisation n’est point adaptée pour la réussite scolaire des enfants et jeunes inscrits dans ces structures. Depuis l’implantation de dépotoir en 2007 la colère des habitants s’est envenimée. A de nombreuses reprises les jeunes se sont battus pour son enlèvement sans succès. Au fil des ans les immondices ont montré leur limite en dégradant non seulement le quartier par l’insalubrité, son odeur et les vecteurs de maladie qu’elles véhiculaient. Le paludisme s’est accru dans le quartier. Plus de cinq mille élèves et étudiants dont le public issu de la petite enfance du jardin d’enfants communautaire « Den Niayoro » sont exposés directement aux maladies diverses dus essentiellement à la proximité de leur structure d’encadrement près du dépotoir. Pour faire face à cette situation, les habitants se sont organisés en Collectif dénommé « ambaga siguida fê » pour combattre ce fléau. Cette organisation citoyenne ayant pour devise « agir dans la légalité » mène une bataille limpide assistée par une avocate et un huissier.

Le samedi 15 et le dimanche 16 octobre 2016 le collectif « ambaga siguida fê » a organisé deux journées de salubrité dont le but était de nettoyer le site de fonds en comble. Cette opération a mobilisé toutes les classes d’âges ; d’hommes et de femmes partageant les idéaux du collectif. D’après son President Ibrahima Sidibé : « Hormis l’investissement humain, nous avons loué une pelleteuse, un camion pour livrer 15 voyages de gravats, payés les matériels de travaux publics notamment des pelles, des piques, des râteaux, des cache-nez et de l’eau pour se désaltérer les bénévoles sous un soleil de plomb. L’opération de salubrité nous a coûté la somme de 500 000F CFA.

Après tous ces sacrifices consentis par les uns et les autres pendant deux jours, le Mardi 18 octobre 2016 un contingent de policiers à bord de deux pick-up ont débarqué au niveau du dépôt pour permettre aux charretiers venus de nombreux quartiers en vue qu’il se débarrassent des immondices sur l’espace rendu propre à la sueur du front des filles et des fils de Medina-coura. Or, une semaine auparavant les forces de l’ordre ne pouvaient nullement pas accéder sur le site car l’endroit regorgeait des ordures biomédicales.

Les policiers armés de gaz lacrymogènes étaient venus dans la logique d’affrontement avec les jeunes de Medina-coura. Leur présence sur le site n’a laissé ni chaud ni froid les habitants. Ayant passés des heures à tourner en rond ils sont repartis comme ils étaient venus. Ce jour-là, la jeunesse de Medina-coura a prouvé aux yeux du monde sa grande maturité face à la provocation. Le combat autour du dépotoir n’a pas encore dit son dernier mot. Dans les jours et les semaines à venir le collectif « ambaga siguida fê » prévoit d’entreprendre une action judiciaire. Les démarches sont en cours et avance sur des roulettes chacun assumera sa part de responsabilité face à ce fléau qui écœure les habitants de Medina-coura ».

Aboubacar Eros Sissoko

aBamako

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