“Grand débat économique” : Le tout Etat ou la primauté du privé pour une relance économique post-crise ?

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C’est sur cette question d’actualité que les éminents économistes Moussa Mara et Dr. Etienne Fakaba Sissoko ont confronté leurs idées. C’était à l’occasion du Grand débat économique dans l’enceinte de l’université “Sup ‘management”, le samedi 29 octobre devant un parterre d’étudiants et membres de la société civile.

 Les invités ont échangé autour des axes majeurs  comme  “Quel regard portez-vous sur l’économie malienne depuis la crise ? Peut-elle se relancer ? Quels  secteurs  à mieux exploiter ?”

A la question de savoir quel diagnostic faites-vous de l’économie malienne ? Moussa Mara répond que “l’économie est le sujet le plus important de la vie d’une nation. C’est pourquoi je salue ce débat d’entrée de jeu. Depuis l’indépendance, le Mali est parmi les pays les plus pauvres. Nous sommes dans un pays avec une économie faite comme le nôtre qu’on veut renforcer”. Pourquoi nous sommes dans cette situation et comment y sortir ? Chaque participant apporta ses solutions possibles, ajoute-t-il.

Dr. Etienne Fakaba commence par remercier à son tour “cette initiative qui nous donne l’occasion de nous prononcer sur un sujet aussi important que celui de l’économie. Il est vrai que notre économie est à l’image de nos problèmes avec une croissance qui ne profite pas aux citoyens lambda. La balance commerciale de notre pays est déficitaire depuis l’indépendance. Sans doute, l’industrialisation reste un défis à relever le plus vite. Une incohérence terrible demeure entre le discours politique et la réalité dans les faits”, poursuit Dr. Etienne, ajoutant que le libéralisme économique dénué de tout sentiment renforce les inégalités dans la répartition des richesses.

Faut-il remettre en cause les politiques économiques mises en œuvre dans notre pays ? M. Mara affirme qu’il y a pas de “politique économique” dans notre pays, car la politique est d’abord une “vision à terme”. Quels que soient les gouvernements, nous empilons “les projets et les programmes” et non une politique. La politique économique suppose une certaine “constance”. Il faut une “stabilité institutionnelle et politique”, selon Moussa Mara. Le seul  facteur judiciaire ne doit pas être un “facteur discriminant”.

Nous n’avons pas cette vision d’ensemble, c’est cela le problème. Une superposition de structures qui vont dans tous les sens est de nos jours de mise hélas. Or, il faut des objectifs avec des indicateurs. Il faut aussi des évaluations. Le partenariat entre les autorités politiques et les acteurs privés est plus que nécessaire pour une relance économique. Que les politiques écoutent ceux qui créent la richesse que sont les privés. J’ai été Premier ministre neuf mois durant où la priorité n’était pas l’économie. Une architecture de conception des politiques et d’évaluation de politique, voilà ce que j’ai essayé de mettre en œuvre”.

Dr. Etienne Fakaba dit que les politiques économiques ont atteint leur limite. “Car, hélas, nous avons mis les privés au centre de l’économie en dénuant l’Etat de toute capacité d’organisation de porter cette économie à la relance. Ce qui a conduit notre pays à la catastrophe que nous déplorons. L’Etat, les ménages et les acteurs privés doivent être au même titre que des acteurs de l’économie. Il faut savoir que 70 % de nos productions sont exportes à l’état brut donc sans valeur ajoutée”.

Pour Moussa Marra, on est arrivé aux politiques d’ajustement structurel parce que les entreprises étaient déficitaires suite à des “mauvaises gestions aboutissant à des échecs nous poussant à faire appel à l’ajustement structurel. Les pays développés et émergents ont le privé  comme moteur de l’économie, affirme Moussa Mara. L’Etat n’a jamais été un bon gestionnaire. Une concurrence internationale fait que la vraie question est de faire du secteur privé, du plus petit au plus grand, le moteur qui crée la richesse. Nos politiques sont décidées en notre absence ailleurs et nous avons des idées sans avoir d’interlocuteur en face. Pas le tout Etat ni le tout privé mais un juste milieu voilà ce qu’il faut pour la relance économique”.

Etienne Fakaba  affirme que “ce sont les indicateurs humains ou le niveau de vie des populations, c’est-à-dire le taux de chômage, taux d’éducation, de soin de  santé. Le secteur minier au Mali est porteur ou on a ouvert ce secteur aux privés. Le libéralisme économique ne peut pas être porté par l’agriculture. La réalité économique nous impose de remettre l’Etat au centre de l’économie. 6000 entreprises ont été créées lesquelles bénéficient des avantages sans être capables de soutenir pour autant l’économie. Que les politiques ne soient pas inspirées de l’extérieur. Nos avantages comparatifs sont dans le secteur de l’or, de l’agriculture et du commerce sont ouverts de façon sauvage. 154 usines de 1960 à1968 ont aussitôt disparues”.

Mara constate que “l’espérance de vie des Maliens est plus élevée en 2016 que celle des Maliens des années 1970 aussi la croissance est plus élevée aujourd’hui qu’avant. Que l’Etat apprenne à travailler avec les centaines de promoteurs d’usines privées. Les mines sont entre l’imposture et la réalité. Où se situe la vérité”, s’interroge Mara.

Propositions

Etienne Fakaba prescrit “un secteur privé mieux organisé. D’où la nécessité d’organiser le secteur informel. Les politiques et les universitaires se regardent en chiens de faïence”.

Moussa Mara propose que les secteurs qui ont souffert de la crise soient soutenus. “Les universitaires doivent conseiller les politiques par rapport à leur promesse de campagne”.

Dr. Etienne suggère “l’agriculture, le commerce, l’industrialisation, “car se tourner vers l’extérieur est fatal pour notre pays. La responsabilité de l’Etat est de créer la Banque publique d’investissement. Les potentialités l’agriculture ne sont pas exploitées car d’un apport au PIB de 70 % vers les années 80, ce secteur est retombé à 40% de nos jours dans le PIB. L’industrialisation doit se faire au niveau local”.

Les deux panelistes se séparèrent sur une “conciliation des positions”.

B. M. Coulibaly

 


Maliweb

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