Introduction à la conférence de presse de l’opposition démocratique et républicaine

Mesdames et Messieurs les journalistes de la presse malienne et internationale,

Respectueuse des fondamentaux de la démocratie, l’opposition républicaine et démocratique se réjouit encore ce matin de vous rencontrer pour informer  l’opinion nationale et internationale sur l’état de notre nation.

Au nom de tous mes camarades, je vous remercie de votre présence à l’échange d’aujourd’hui et de votre soutien constant aux  activités de l’opposition démocratique et républicaine.

Votre participation à nos activités est d’autant plus précieuse que la radio et la télévision publiques semblent être revenues à une époque que nous croyions révolue, celle de “la voix de son maître”, de “la télévision à Papa”, celle du parti-État et de ma “famille d’abord”.

Mesdames et Messieurs,

Hier, 02 novembre, c’était la journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes contre les journalistes, journée instituée par les Nations-Unies à la mémoire de Ghislaine Dupont et de Claude Verlon, enlevés et assassinés à Kidal, il y a trois ans.

En leur mémoire et à la mémoire de toutes les femmes et de tous les hommes de médias, assassinés, disparus – comme notre compatriote Birama Touré– ou brutalisés à travers le monde, je vous serais reconnaissant d’observer une minute de recueillement.

Merci.

A la veille de l’ouverture de la campagne électorale pour l’élection des conseillers communaux, nous voulons vous entretenir,  une fois de plus, des grands défis qui se posent à notre pays depuis les évènements de mars 2012 et qui connaissent un développement exponentiel depuis septembre 2013, notamment:

  • L’installation des autorités intérimaires en catimini à l’exclusion de toutes les forces vives du pays
  • L’insécurité permanente sur toute l’étendue du territoire.
  • L’imbroglio juridico-administratif des élections communales

Introduction

Mesdames et Messieurs,

En ce début de novembre, à l’exception notable de ceux qui nous dirigent et qui sont coupés des dures  réalités que vivent les Maliens, tout le monde convient que le Mali va mal, très mal, que la situation du pays est de plus en plus intenable, tant les populations souffrent, tant les jeunes ont de plus en plus du mal à trouver un emploi, tant les chefs de ménages triment pour joindre les deux bouts, pour nourrir leurs familles, tant l’insécurité galopante n’épargne aucune région de notre pays.

En ce début de novembre, notre peuple vit dans la psychose de l’insécurité, dans l’inquiétude de la partition rampante du territoire national.  L’intégrité du territoire est chaque jour démantelée.

La réconciliation nationale et la réunification du pays sont renvoyées aux calendes grecques. Avec l’installation prochaine des “Autorités intérimaires” et la tenue programmée des élections communales, c’est un pays à deux vitesses qui se met en place du fait de l’incompétence et de l’incurie des pouvoirs publics.

Au même moment, la déliquescence de l’État n’a jamais été autant prononcée.

Les Autorités intérimaires

Leur mise en place est annoncée pour ce mois de novembre, sans débat et sans considération des inquiétudes suscitées ça et là, sur la base d’un document appelé « entente» signé le 19 juin 2016 par le Gouvernement. Imposture juridique s’il en est, l’ENTENTE est un document  qui viole et  la loi votée par la représentation nationale le 10 mai 2016 et son décret d’application pris par le président de la République, le Premier ministre et plusieurs ministres le 18 mai 2016. Ne relevant d’aucun ordonnancement juridique du pays, l’ENTENTE est la manifestation de la démission de ceux dirigent le Mali.  En effet, l’Entente  porte sur des questions qui relèvent essentiellement du domaine de la loi sur lesquelles le gouvernement n’a nullement compétence, sauf autorisation expresse dans les conditions prévues à l’article 74 de la Constitution relatif aux ordonnances. Les rôles et attributions d’autorités intérimaires tels que relevés dans l’Entente sont également  du domaine de la loi conformément à la Constitution.

 La composition des “Autorités intérimaires” ne tient compte d’aucun principe d’équité. Elle fait fi des causes du soulèvement de Gao (juillet 2016) et des promesses faites aux forces vives de cette localité au nom du Gouvernement par la délégation ministérielle.

Le calendrier d’installation ne semble tenir compte ni des causes immédiates de la guerre civile de Kidal (juillet, août et septembre) à savoir la présidence de l’Autorité Intérimaire de cette région, ni des vagues de protestations que le décret a suscitées au sein de certains  groupes armés.

Selon des accords secrets,  la CMA et la Plateforme assureront chacune la présidence de deux régions, le Gouvernement désignera le président d’une région.

Prévues par l’Accord pour la paix  et la réconciliation nationale conclu à Alger en mars 2015, les “Autorités intérimaires” auraient dû être mises en place dès la signature de l’Accord. Elles devraient avoir une durée de vie de 18 à 24 mois. A l’issue de cette période, des élections locales et régionales devraient avoir lieu.

Près de 18 mois après la signature de l’Accord, le Gouvernement s’apprête à tenir des élections dans une partie du territoire et à installer des Autorités Intérimaires sur l’autre partie, conformément à un projet de décret adopté en conseil des Ministres extraordinaire le 14 octobre 2016.

III – L’Insécurité

L’incapacité des autorités à protéger les personnes et les biens a atteint un seuil alarmant ces derniers jours. En dépit des assurances trompeuses du Gouvernement.

La multiplication des attaques armées à Bamako et dans les communes environnantes interpelle le président de la République et son Gouvernement: Sanankoroba, Djélibougou, Kalifabougou, Siège d’Ecobank au cœur de Bamako, Néguéla et j’en passe.

Le calvaire et la psychose que vivent les populations de Bamako et alentours sont le lot quotidien des populations maliennes du Nord et du Centre. Ceux qui fréquentent les routes des régions de Tombouctou et de Mopti en savent quelque chose.

Par dessus tout, le manque de réponse politique à la crise du Delta intérieur du Niger et du Centre est l’illustration de la démission flagrante des pouvoirs publics maliens.

Depuis un an et demi, des administrateurs, des chefs de villages, des enseignants, des infirmiers, des agents des Eaux et Forêts ont été obligés d’abandonner leurs postes.

Le peuple malien dans ces contrées est laissé à lui même.

100% des écoles étaient fermées à Kareri, Koubaye, Ouro Guiré,  Ouro Modi, Sasalbe, Toguéré Coumbé, pendant la dernière année scolaire.

Quand le régime et ses soutiens affirment avec aplomb que le Mali avance, que tout va bien, ne sont-ils pas coupés de la réalité vécue par le peuple malien?

IV- Les communales du 20 novembre 

 C’est dans un tel contexte que le Gouvernement s’apprête à organiser des consultations communales “là où c’est possible” sur la base de deux lois électorales, celle du 14 octobre 2014 et celle promulguée le 17 octobre 2016 par le président de la République. Au Mali, l’on a atteint le sommet de l’improvisation et du pilotage à vue. C’est ainsi que,  pas plus tard qu’hier 02 novembre, le Préfet de Diéma a réuni les responsables politiques de sa circonscription pour leur dire qu’il ne connaît pas la loi promulguée le 17 octobre et que s’appliqueront pour ces élections les dispositions de la précédente loi.

Par ailleurs, c’est en violation flagrante du Protocole de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance que le Président de la république a promulgué la nouvelle loi.

En effet, l’article 2 de ce Protocole stipule (1er alinéa): “Aucune réforme substantielle de la loi électorale ne doit intervenir dans les six (6) mois précédant les élections, sans le consentement d’une large majorité́ des acteurs politiques”.

Pour l’histoire, pour prendre date et pour la pédagogie, l’Opposition saisira la Cour de Justice de la CEDEAO pour dire le droit communautaire (qui est au- dessus de la loi nationale).

V- Conclusion

 L’improvisation, le pilotage à vue, la politique de l’autruche et la démission des pouvoirs publics  sont les marques de fabrique de la gouvernance instaurée depuis trois ans.

Cette gouvernance a causé trop de torts à notre pays. La partition rampante du territoire national, le démantèlement de l’intégrité territoriale du Mali, la division des croissante des  communautés composant l’ensemble national, l’insécurité galopante, le sang qui coule chaque jour au Mali, l’extension de la pauvreté et la détérioration des conditions de vie du peuple sont les conséquences de cette gouvernance chaotique.

Le peuple malien qui souffre tant doit, à la faveur des communales du 20 novembre, donner un sévère avertissement à ceux  qui nous gouvernent avec tant d’irresponsabilité et tant d’inconscience.

Bamako, le 3 novembre

 Pour les partis de l’Opposition Démocratique et Républicaine 

P/Le Chef de File

Le Président du PARENA

 Tiébilé Dramé

 


Source : Maliweb

Maliweb

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