Tribune : IBK viole la loi électorale

Il est assez courant en Afrique avec ses Républiques bananières, de voir les chefs d’Etat se servir de l’argent du contribuable pour soi-disant défendre des causes, alors qu’en réalité ils en attendent toujours à titre personnel des retombées politiques. Le chèque de 300 millions de FCFA remis le 3 novembre dernier aux femmes candidates aux élections communales s’inscrit parfaitement en droite ligne de ces comportements monarchistes au cœur des Républiques africaines.

Certes, le discours officiel présente le chèque comme la contribution du Président IBK pour appuyer les efforts électoraux des femmes candidates : « Nous avons une volonté affichée de faire en sorte que vous soyez élues, mon souci de vous n’est pas politique, il est d’ordre culturel » (Sic !) D’abord notre culture profonde n’est pas nécessairement favorable à cette promotion européocentriste du statut de la femme. Ce qui montre bien que le « souci » est malgré tout d’ordre politique, puisque le geste ne peut que s’inscrire dans le combat contre les pesanteurs socio-culturelles qui dérangent le discours occidental sur la femme. Mais surtout, le « souci » pourrait même être à certains égards, politicien.
Car, si nous sommes dans une République et non une monarchie, pourquoi le Président IBK qui a fait voter la loi sur la promotion du genre, ainsi que la nouvelle loi électorale qui intègre le genre, n’a -t-il pas, chemin faisant, initié une loi modificative de la Charte des partis politiques pour améliorer son système de financement public qui réserve la 3ème fraction du montant des crédits aux femmes : « Une troisième fraction égale à 40 % des crédits est destinée à financer les partis politiques, au prorata des conseillers communaux obtenus le jour du scrutin ». Rien n’empêchait IBK qui se veut soucieux de la promotion politique des femmes, d’améliorer substantiellement et en toute légalité républicaine ce système de financement dans la logique de la loi sur le genre.
Plutôt que de s’engager sur ce boulevard républicain, IBK préfère sans doute les labyrinthes de la suspicion. Car, distribuer ainsi des fonds publics à des candidates juste à la veille d’une campagne électorale paraît d’autant plus suspect que le Mali ne connaît pas de financement public spécifique de campagne électorale y compris pour la promotion du genre.
On peut également se demander dans quelle mesure la « générosité » du président de la République est conforme à l’article 73 de la loi électorale n°048 du 07 octobre 2016 où il est mentionné : « …les dons et libéralités en argent à des fins de propagande pour influencer ou tenter d’influencer le vote durant la campagne électorale sont interdits dès la convocation du collège électoral … ».
L’intention derrière le chèque de 300 Millions de FCFA remis pour des fins de campagne ou propagande électorale n’est-elle justement pas « d’influencer ou de tenter d’influencer le vote » en faveur des femmes dans le sens de la prohibition de l’article 73 de la loi électorale ?
Sambou Diarra

Source : aBamako

aBamako

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