Election à la carte : L’exception devient-elle la règle ?

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Pour des raisons évidentes de sécurité, les organisateurs des élections de 1991 ont eu recours aux élections à la carte. En ces temps, les zones à risques ainsi que celles en proie à des affrontements ont été mis de côté pour se focaliser sur les endroits propices. Après vingt cinq ans de démocratie, on n’était loin de douter que cette exception allait devenir une règle qui consiste à se passer des zones sous tension pour faire les élections là ou le climat s’y prête. Cette pratique est inadmissible pour une démocratie qui conçoit les élections comme un droit élémentaire propre à tous les citoyens du même pays. Par ailleurs, elle met à nue l’incapacité des autorités successives à ramener la paix sur l’ensemble du territoire pour que tous les citoyens puissent jouir d’un des droits les plus élémentaires.
Choisir les hommes et les femmes qui auront la charge de sa destinée pour une période déterminée n’est-il pas le sens premier qu’on puisse donner à un Etat de droit ? Le vote est essentiel dans une démocratie.
Il permet de légitimer les dirigeants qui auront la lourde responsabilité de conduire la vie du pays, mais aussi il est en lui-même l’une des consécrations de la liberté d’expression. Après vingt cinq ans de démocratie, il semble que telle n’est pas la perception des autorités. En fait recours à l’élection à la carte, elles donnent plutôt l’impression de s’accommoder de l’exclusion des élections de certaines parties du territoire nationale pour raison de sécurité.
L’opposition, en parlant d’une partition inavouée du pays est allé dans l’excès. Les élections à la carte, une mesure d’exception qui se transforme en règle est une négation du droit des habitants des zones qui en sont victimes depuis fort longtemps. La responsabilité de la persistance de cette exclusion est imputable à l’ensemble de la classe politique qui n’a jamais su dépasser les querelles politiciennes, les règlements de comptes personnels pour ramener la paix sur l’ensemble du territoire.
Après quatre reports des élections communales pour raison d’insécurité, l’administration territoriale est déterminée cette fois-ci à faire les élections, mais encore qu’elles se tiendront là où elles pourront se tenir. L’exclusion des territoires à risque ne semble plus la préoccuper.
Comme au bon vieux temps, le Mali s’apprête à renoncer à faire des élections sur l’ensemble du territoire, montrant ainsi que l’insécurité a toujours eu raison de l’Etat. La privation des citoyens de leur droit de vote n’est certainement pas un obstacle. Malgré les dénonciations c’est l’ensemble de la classe politique qui prendra place sur la ligne de départ pour critiquer les places à pourvoir.
Notre démocratie, a n’en pas douter, prend les allures d’une démocratie approximative qui s’exerce uniquement dans les endroits propices. Les délégations spéciales et les autorités intérimaires sont synonymes de démocratie pour certaines localités du pays.
A défaut de sursoir aux législatives de ce mois, chose qu’une partie de l’opposition avait demandée, la classe politique dans son ensemble doit s’investir pour que les élections présidentielles à venir soient véritablement nationales. Faute de quoi le peuple prendra acte de leur incompétence à ramener la paix et par extension leur incapacité à incarner le changement tant attendu.
Bouba Sankaré

Source : aBamako

aBamako

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