TAHIROU BAH, ECRIVAIN : « Sanogo est la face visible de l’iceberg…J’ai vu de mes propres yeux des mercenaires ivoiriens lors du contre coup d’Etat… », dixitTahirou Bah

Sous la pression des parents des Bérets Rouges morts lors du contrecoup d’Etat du 30 avril 2012, l’Etat Malien a fixé la date du procès du Général Amadou Haya Sanogo et ses compagnons d’arme au 30 novembre prochain à Sikasso.Dans ce dossier ultrasensible, les présumés coupables sont accusés d’enlèvements de personnes, d’assassinats et de complicité d’assassinats dans l’affaire dite des Bérets Rouges.
A quelques jours de ce procès, nous avons donné la parole à un jeune activiste et écrivain, un témoin-clé des événements de mars 2012. Il s’agit de Tahirou Bah, qui nous livre ici son point de vue sur l’affaire dite des Bérets Rouges, la justice de notre pays, les mercenaires impliqués dans ce contrecoup d’Etat, poursuite contre l’ancien Président ATT. Lisez plutôt.

Quelle analyse faites-vous du procès d’Amadou Haya Sanogo, prévu fin novembre à Sikasso, M. Tahirou Ba?

Merci de m'avoir donné l'opportunité de m’exprimer sur ceprocès quiest une parodie de justice. Car d'après le dicton « malheur par qui le scandale est arrivé ». En effet, ce que le pays a connu à partir de mars 2012 ne peut en aucune manière être imputé à un seul individu. Mieux, je pense que là où Sanogo doit répondre, beaucoup d'officiers aussi sont appelés à répondre et ce dans tous les corps des forces armées maliennes et certains hommes politiques. Mais ce que l'on constate est que ces gens-là ne sont point inquiétés. De plus, ils occupent de hautes fonctions politiques et militaires. Donc, je pense que Sanogo est la face visible de l'iceberg et un bouc émissaire à qui l'on veut imputer la responsabilité de tout ce qui s’est passé. Pour me résumer, il faut rendre justice mais pas dans le sens unique ça sera du deux poids deux mesures.

L’Enquêteur : Ne voyez-vous pas dans ce procès une quelconque manipulation?

Bien sûr, au-delà des Bérets Rouges il y a aussi des Bérets Verts qui ont été tués lors des malheureux événements du 30 avril au 1er mai 2012. Donc, je pense qu'il faut une enquête minutieuse et sérieuse pour tirer tout ça au clair. Mais au lieu de cela on se focalise partiellement sur le cas des bérets rouges et dans le seul sens de faire payer un seul homme dont le crime est d'avoir été propulsé à la tête du pays par accident. Mieux, nous savons tous que les Bérets Rouges ont mené leur contrecoup pas pour sauver le pays du chaos mais pour ramener leur mentor chassé du pouvoir suite à une mutinerie. Egalement, nous savons que les mercenaires venus de la Côte d'ivoire ont pris part aux combats contre le CNRDRE lors du contrecoup. Donc,reconnaître qu'il y a une manipulation n'est qu’un secret de polichinelle. Bien sûr, il faut rendre la justice à tous sans exception mais cette affaire mérite d'être étudiée dans les deux sens de la responsabilité et non dirigée comme de la vengeance contre un seul homme. C’est cela que nous déplorons et dénonçons.

L’Enquêteur : Pensez-vous donc que la Justice malienne aura la main libre dans cette affaire ?

Non ! Je ne pense pas que la justice malienne soit influençable. Je crois en la justice de notre pays et je suis prêt à accepter le verdict. Mais, je dis seulement qu'il faut faire attention et aller au-delà des personnes si nous voulons être objectifs dans l'affaire dite des Bérets Rouges.

L’Enquêteur : Doit-on juger le Général Sanogo en l’absence du chef des Bérets Rouges?

Bien sûr que tout le monde est justiciable. Personne n'est au-dessus de la loi y compris le président, les ministres, les députés et même les juges eux-mêmes, si le jugement de Sanogo aidera le Mali à connaître la vérité sur cette période douloureuse de son histoire ou du moins sur une partie de cette histoire.

Mais malheureusement ce que nous constatons est le contraire car les conditions pour ce jugement ne sont pas réunies et beaucoup de témoins et de personnes impliquées manquent à l'appel. Donc, je reviens à la charge pour dire qu’il faut de l'objectivité pour une justice transparente et cela aidera même les familles des victimes, y compris les bérets verts de faire le deuil de leurs proches disparus. Sinon, tout ce que l'on obtiendra de ce jugement sera le sacrifice d'un seul homme et non la vérité.

L’Enquêteur : L’on pense dans certains milieux que le contrecoup du 30 avril serait une action de certains hommes politiques tapis dans l’ombre. Qu’en sera-t-il selon vous ? Quel sort sera réservé aux mercenaires étrangers qui ont pris part à ce combat ?

Quels hommes politiques ? Ça je ne sais pas. Mais ce qui est sûr et je le dis : le front anti Sanogo a inspiré indirectement voire même influencé les Bérets Rouges à passer à l'action car leur privilège était menacé. Mieux, ils étaient contents quand les Bérets Rouges ont mené cette attaque. Mais avec l'échec de la tentative, ils se sont tus aussitôt.

La présence de mercenaires ivoiriens, payés par le Président Alassane Dramane Ouattara, n'est un secret pour personne. Moi-même, j'ai vu certains de ces mercenaires qui ont avoué appartenir à l'armée ivoirienne. Tout le monde sait que le malheur du Mali, après le 22 mars 2012, était le Burkina Faso et la Côté d'Ivoire avec la complicité de la CEDEAO. De plus et jusqu'après, qu'est-ce que la CEDEAO a fait concrètement dans sa lutte contre les rebelles et les terroristes car le salut est venu de la France en janvier 2013. Sinon l'histoire racontée autrement. Mais cela ne veut pas dire que je soutiens la substitution de l'armée française à l'armée malienne. Il faut aider notre armée contre le terrorisme et venir se transformer peu à peu en une armée d'occupation au nord dont le rôle est de plus en plus confus.

L’Enquêteur : Quel commentaire faites-vous des propos du ministre de la Justice, Me Konaté, sur la chaîne nationale concernant les poursuites contre l'ancien Président ATT ?

Ce ministre ne sait pas ce qu'il dit ou bien il fait semblant. Nous avons tous été témoins du communiqué du gouvernement concernant ATT, qui est même accusé de haute trahison et l'éventualité de sa comparution devant une cour spéciale pour être jugé. Si ce ministre vient nous dire du jour au lendemain qu’ATT n'a rien à se reprocher et qu'il peut rentrer s'il le souhaite cela reviendrait à insulter l'intelligence des Maliens.

L’Enquêteur : Votre mot de la fin.

Pour finir, je pense que le Mali doit avoir le courage politique de reconnaître un peu la responsabilité commune de tous après 2012. Mettre en place une commission inclusive de dialogue justice vérité et réconciliation. Au lieu de cela, si on se renvoie les responsabilités et tenter de faire de la chasse aux sorcières et des procès affabulant dans le sens de donner l'image d'un pays stable alors que la vérité est somme toute autre, franchement le lendemain peut nous réserver des surprises. Il faut aller de l'avant. Il ne faut pas oublier mais pardonner et repartir sur des bonnes bases.

Propos recueillis par Aliou Badara Diarra

Source : aBamako

aBamako

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