300 millions de F CFA aux femmes candidates : Monsieur le Président, arrêtez de gaspiller nos sous !

Le 1er novembre dernier, le Président de la République, Ibrahim Boubacar Kéïta, remettait au cours d’une cérémonie solennelle au Palais de Koulouba un chèque géant de 300 millions de FCFA aux candidates aux élections communales d’hier dimanche 20 novembre. Les candidates qui jubilaient après la remise de ce chèque géant de 300 millions ont vite déchanté.

Comme l’argent peinait à tomber dans leurs bras, certaines femmes étaient montées au créneau pour dire haut et fort qu’elles n’ont rien reçu alors que la campagne tirait vers sa fin. Ces récriminations sont arrivées dans les oreilles de deux ministres du gouvernement en l’occurrence Mme Sangaré Oumou Ba, ministre de la promotion de la femme, de l’enfant et de la famille et Mohamed Ag Erglaf, ministre de l’administration territoriale, de la décentralisation et de la réforme de l’Etat. En jouant aux pompiers devant les journalistes, les deux ministres ont détaillé la clé de répartition des 300 millions entre les 26 080 candidates. Le montant de base perçu par chacune est de 11 300 FCFA.

On n’a pas besoin d’être un grand spécialiste pour évaluer l’impact de cette somme modique sur la campagne des unes et des autres. Les deux ministres devaient pousser les explications pour dévoiler l’origine des fonds. Même s’il n’est pas Harpagon (ceux qui l’ont côtoyé sont unanimes sur sa grande générosité), notre Président appelé « Président fondateur » par ses camarades du Rassemblement Pour le Mali (RPM) n’est pas « si riche » que ça pour offrir 300 millions de ses fonds personnels aux femmes candidates. Qu’ils proviennent de sa caisse noire ou du budget de la Présidence, les 300 millions constituent l’argent du contribuable malien, donc nos sous.

En fait, si nous étions dans une « République sérieuse », deux ministres du gouvernement devraient avoir honte de dire publiquement que chaque candidate aura 11 300 FCFA. Le Président de la République ne peut pas se permettre de prendre nos sous et l’utiliser comme bon lui semble dans des actions folkloriques à l’image de celle-ci. La modicité de la somme discrédite la démarche présidentielle et donne raison à celles ou ceux qui avaient qualifié le geste de « poudre aux yeux ». Non, Monsieur le Président, arrêtez de gaspiller nos sous !

Au journal ‘’Le Challenger’’, nous pensons que nul ne peut faire le procès au Président d’être misogyne ou de pratiquer une certaine phallocratie digne du moyen âge. Le geste du Président de la République aura difficilement un impact sur la représentativité des femmes. Le Président d’un pays censé être pauvre et surtout en crise, faisant face à de nombreux défis ? ne peut pas s’offrir la liberté d’utiliser les sous à travers dans des initiatives qui n’ont aucun impact positif sur les conditions de vie des femmes.

Au moment où le Président offrait ce chèque, des éléments des FAMAs accomplissaient leurs missions dans des conditions à la limite insoutenables sur le terrain. Au moment où le Président offrait ce chèque, des opérateurs économiques courent derrière le paiement de leurs factures après les services.

Au moment où le Président offrait ce chèque, des milliers de femmes parcouraient des kilomètres à la recherche d’eau potable ou d’un point de santé. N’allons pas loin, faisons un tour dans certains quartiers de Bamako pour nous rendre compte de la corvée des femmes pour l’accès à l’eau potable. Les 300 millions ne pouvaient-ils pas servir à faire des forages ? Les 300 millions ne pouvaient-ils pas servir à aménager des jardins maraîchers pour les femmes ? Au moment où le Président offrait ce chèque, de nombreux enfants du pays sont privés de l’éducation ou ne reçoivent pas d’éducation de qualité pour faute d’infrastructures. Les 300 millions ne pouvaient-ils pas servir à construire des salles de classe ?

Monsieur le Président, arrêtez de gaspiller nos sous. Le peuple ne vous a pas fait confiance pour faire ce que vous voulez. Monsieur le Président, dépensez nos sous dans des investissements productifs.

Par Chiaka Doumbia

Source : aBamako

aBamako

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here