La vie héroïque de Fidel Castro : Une source d’inspiration pour affranchir l’Afrique du néocolonialisme

Le leader Maximo et ancien président cubain, Fidel Castro Ruiz, s’est éteint la nuit du 25 novembre 2016 à 90 ans. Il avait été forcé par la maladie à se retirer de la vie publique en 2006, puis à céder officiellement la place à son frère cadet Raul deux ans plus tard. Avec cette disparition, c’est sans doute le dernier dinosaure du socialisme qui s’efface. Et du coup, c’est  une page du 20e siècle qui se tourne aussi au moment où Cuba et son puissant voisin, les Etats-Unis d’Amérique, entrent dans une nouvelle ère marquée par la coopération après 50 ans de confrontation idéologique.

«Une grande perte pour l’humanité» ! Nous pensons que c’est notre ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale et de l’Intégration africaine, M. Abdoulaye Diop, qui a trouvé l’une des formules les plus justes pour rendre hommage à Fidel Castro à travers son héritage politique. Un hommage rendu à l’ancien guerillero sur Tweeter au nom du président Ibrahim Boubacar Kéita et du peuple malien.

La mort de Fidel Castro, le 25 novembre 2016 à 90 ans, a été durement ressentie en Afrique où des pays comme l’Algérie ont décrété au moins une semaine de deuil national. Sans compter l’hommage unanime des dirigeants et des intellectuels du continent dans les médias et sur les réseaux sociaux.

Les Révolutionnaires cubains ont vigoureusement et publiquement soutenu la lutte d’indépendance dans de nombreux pays africains. Mieux, ils ont ouvert Cuba aux jeunes pays indépendants comme le Mali pour former de nombreux cadres dans presque tous les domaines clefs du développement (éducation, santé, agriculture, art et culture, sport…).

Il faut aussi rappeler que l’une des premières mesures prises par Fidel Castro et son frère Raul a été de mettre fin au racisme à Cuba. Avant la victoire de la Révolution, les Noirs y subissaient les pires discriminations comme aux Etats-Unis à l’époque.

Mais, depuis 1959 avec la prise du pouvoir par Castro, c’est un pays où Blancs et Noirs sont à égalité et vivent dans la plus grande harmonie.

A Cuba les populations ne paient pas de loyer, pas de factures d’électricité ou de gaz, pas d’impôt… L’école et la santé y sont gratuites. C’est le seul pays au monde où il n’y a aucun analphabète. Une source d’inspiration pour beaucoup de pays africains à l’indépendance.

Et aussi dans les années 80 Castro a inspiré la Révolution en Haute Volta (rebaptisé Burkina Faso pour définitivement tourner la page du colonialisme et du néocolonialisme). Une Révolution burkinabè dont la portée politique et socioéconomique n’a pas malheureusement été comprise par le peuple que plus de deux décennies après l’assassinat du Capitaine Révolutionnaire Thomas Isidore Sankara.

Le combat, la résistance, la ténacité d’El Commandante doivent servir la nouvelle génération en Afrique si elle veut réellement rompre avec le paternalisme de l’occident, s’affranchir du néocolonialisme et trouver les vraies voies du développement de nos Etats et de l’épanouissement socioéconomique, politique et culturel de nos peuples.

Comme l’indique son prénom, le leader Maximo est resté fidèle á son idéologie et à ses convictions socio-économiques et politiques : le communisme ! Castro n’était nullement préoccupé de ce que ses ennemis et ses détracteurs pensaient de lui, de sa vision politique et de sa pensée idéologique. Le plus important, pour ce leader charismatique, c’était ce que l’humanité allait retenir de lui.  Des millions de tiers mondistes et d’occidentaux pensent hier comme aujourd’hui que l’homme a changé le monde ou l’a marqué par ses convictions, il a été l’un des dirigeants politiques et idéologues qui ont réellement marqué le 20e siècle comme Nelson Mandela ?

D’autres diront qu’il était «une conscience planétaire dans le combat pour l’émancipation humaine, un phare incandescent et un soutien ferme pour les peuples en lutte pour leur indépendance».

La bête noire des Américains et leurs alliés

Cuba de Castro n’a jamais cédé aux menaces et aux attaques des Occidentaux, notamment des Américains dont le débarquement sur la Baie des cochons à lamentablement échoué. En 50 ans de règne, dont 17 ans comme Premier ministre, il a été visé par 638 tentatives de déstabilisation de la CIA (USA).

«Avec quelle légitimité les Etats-Unis peuvent-ils parler de droits de l’Homme dans un pays où il y a des millionnaires et des mendiants, où les Noirs subissent des discriminations, où les femmes sont prostituées, où un grand nombre de Chicanos, de Portoricains et de latino-américains sont rabaissés, exploités et humiliés», s’est interrogé Fidel. Castro lors d’un de ses nombreux discours, de vrais cours pour des étudiants en science politique.

Fidel était célèbre pour ses discours qui pouvaient durer plusieurs heures et il a marqué l’histoire par certaines formules fortes. Son speech à l’Assemblée générale des Nations Unies en 1960 est encore considéré comme le plus long (4h29) de cette organisation.

«C’est ici que nous avons la possibilité de dire la vérité, et nous ne perdrons pas cette possibilité», avait-il justifié. Il n’a pas manqué de dénoncer son isolement sur l’île de Manhattan, les tentatives de limiter les contacts avec d’autres délégations… et tous les efforts de l’administration du président Eisenhower pour lui pourrir la vie pendant ce premier séjour.

«Socialismo o muerte, patria o muerte, venceremos» ou «le socialisme ou la mort, la patrie ou la mort, nous vaincrons» était sa formule préférée pour conclure ses discours. Et il l’a prononcé pour la première fois le 5 mars 1960 lors des obsèques des victimes de l’explosion du navire français, La Coubre, dans le port de La Havane, alors qu’il apportait des armes au régime.

Cette formule fait écho au slogan utilisé par les indépendantistes lors de la guerre contre les Espagnols : «Independencia o muerte» ou «L’indépendance ou la mort» ! Un slogan devenu «la patrie ou la mort, nous vaincrons» avec la Révolution de Thomas Sankara au Burkina Faso. Au Mali, les élèves et étudiants l’ont décliné, en 1990, en «oser lutter, c’est oser mourir : nous vaincrons».

Le père de la Révolution cubaine et leader charismatique du «Tiers monde» est quasiment le seul dirigeant au monde qui a défié la puissance américaine et ses alliés et qui a pu échapper à toutes les tentatives d’assassinat et de renversement de son régime. Et malgré l’embargo pendant des décennies, Cuba est resté une référence dans les domaines de l’éducation, de la santé, du sport… Les chercheurs cubains sont aujourd’hui les mieux placés pour combattre le VIH/Sida, le cancer…

S’inspirer de Castro pour briser les chaines du néocolonialisme occidental

Une vie et un combat qui doit inspirer les dirigeants africains actuels du continent africain qui pense qu’il faut faire allégeance à l’Occident pour régner. Et du coup, ils tournent le dos aux préoccupations réelles de leurs peuples sacrifiés pour les intérêts des puissances occidentales.

Le parcours de Castro, comme le disait un intellectuel sur les réseaux sociaux, prouve que si un dirigeant est adulé dans son pays et qu’il inscrit ses actions dans «la vérité et la justice», il n’a rien à craindre de ses ennemis extérieurs.

«Et pour avoir vécu à Cuba, j’étais surpris de voir que la longévité au pouvoir de Castro est liée principalement au soutien sans faille du peuple cubain qui a toujours fait bloc derrière son Commandant en Chef», a témoigné sur les réseaux sociaux un cadre formé à Cuba.

Diabolisé par les Américains et leurs alliés, Fidel Castro n’en a pas moins suscité l’admiration de millions de militants et dirigeants de gauche, en Afrique et en Amérique latine, notamment, où plusieurs dirigeants se revendiquent de son héritage.

Considéré comme une menace pour le monde libre, le régime communiste cubain a nargué des années durant les Etats-Unis, symbole du capitalisme occidental et distants d’à peine 150 kilomètres et a vu passer une dizaine de présidents à la Maison blanche.

Aujourd’hui, la mort de Castro ne pose pas de crise de succession parce qu’il a eu la sagesse de passer la main à son frère et compagnon de lutte Raul, quand il a pris conscience de ne plus avoir la capacité physique de diriger le pays.

Les observateurs ne craignent donc pas la moindre difficulté pour sa succession dans l’immédiat car Raul semble être sur une assise solide.

Agé de 85 ans, ce dernier promet de se retirer au terme de son mandat, en 2018. Et le Parti communiste cubain a promis au Politburo une nouvelle génération de dirigeants, dont Miguel Diaz-Canel, premier vice-président en poste et héritier présumé.

«Je ne pense pas que la mort de Fidel soit un véritable test. Le vrai test sera la transmission du témoin à la génération suivante et ce qui se passera quand Raul se retirera», estimait Phil Peters, du Lexington Institute, en Virginie (USA), avant la mort de Fidel Castro.

Avec la mort de Fidel Castro, une page de l’histoire de Cuba et du communisme est tournée. Mais l’histoire retiendra aussi et surtout, comme le dit si bien Justin Trudeau (Premier ministre libéral du Canada), l’image d’un «leader remarquable, plus grand que nature», et de «révolutionnaire et orateur légendaire».

L’un des «Géants du XXe siècle» ! Un homme est resté à jamais «Fidel» à ses convictions. N’en déplaisent à ceux qui ont toujours cherché à le détruire et qui ne sont jamais parvenu à l’atteindre !

Moussa Bolly

 

Une immense contribution à la formation de l’élite malienne

Comme l’ex République socialiste soviétique (URSS), Cuba a beaucoup contribué à la formation des cadres du Mali dès notre indépendance le 22 septembre 1960. Education, santé, agriculture, sport, culture (musique)…

Autant de domaines dans lesquels les étudiants maliens ont été rigoureusement formés à Cuba et au Mali afin d’être le pilier du développement économique, social, sportif, culturel et artistique de leur pays.

D’ailleurs, notre pays accueille toujours les «Missions» médicales et sportives cubaines dont l’efficacité n’a jamais fait l’ombre d’un doute dans ces secteurs clefs du développement.

On comprend alors que le gouvernement de la République du Mali annonce, dans un communiqué, avoir appris avec «une vive émotion» le décès du Père de la Révolution Cubaine, M. Fidel Castro, le 25 novembre 2016 à La Havane.

Et de saluer la mémoire d’un leader qui, toute sa vie durant, s’est battu pour «défendre ses idéaux et la cause des pays en développement, particulièrement ceux d’Afrique».

«Le gouvernement du Mali tient à rendre un vibrant hommage à la contribution du défunt au raffermissement continu des relations si fécondes entre le Mali et Cuba», précise le communiqué publié le 25 novembre 2016.

Mais au niveau des intellectuels maliens, l’un des hommages qui ont le plus retenu notre attention, est celle de M. Moctar Ouane, l’ancien ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale du temps du président Amadou Toumani Touré, aujourd’hui cadre à l’UEMOA.

Dans son hommage à Fidel Castro, Moctar Ouane témoigne : «Le Leader Maximo, El Commandante Fidel Castro Ruz, s’est éteint le vendredi 25 novembre 2016 à 22h 29 locales. Il n’appartenait pas seulement à Cuba. Avec lui, le peuple héroïque de Cuba a tenu debout cinquante ans face à un embargo injuste, bénéficiant d’une santé et d’une éducation de qualité et préservant sa dignité.

Je voudrais, en cette douloureuse circonstance, saluer ce peuple frère, lui exprimer mes condoléances émues et lui témoigner ma compassion.

L’Afrique, particulièrement le Mali, sait ce qu’elle doit à Cuba sous Fidel Castro… A travers, notamment une coopération exemplaire dans les domaines si essentiels de la santé et de l’éducation comme dans la lutte pour l’indépendance nationale, singulièrement des pays dits de la Ligne de front.

Fidel Castro fut la voix forte du Tiers-Monde et montra la voie juste aux peuples et pays en quête de justice, d’égalité et de dignité en prônant et défendant inlassablement l’avènement d’un nouvel ordre international et le droit de penser par nous-mêmes.

 

Son combat pour un monde de paix, de justice, de dignité pour tous les peuples et en faveur du développement durable témoignera pour lui comme un des Géants du XXe siècle. Son discours devant l’Assemblée générale des Nations unies, le 25 octobre 1995, à l’occasion de la commémoration du cinquantenaire de l’ONU, restera, à cet égard, une anthologie et son legs pour l’humanité.

J’ai eu le privilège singulier de rencontrer cet homme exceptionnel en ma qualité d’Ambassadeur, Représentant permanent du Mali aux Nations unies et de Ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale. Ce fut, à chaque fois, un honneur immense, un bonheur impérissable et un enrichissement extraordinaire.

Mucias gracias, Commandante Fidel ! Hasta la victoria siempre» !

Par Moussa Bolly

 


Source : Maliweb

Maliweb

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