Amadou Haya Sanogo devant la justice le 30 novembre 2016: Un procès en appelle un autre, à quand celui des coupables de détournements de deniers publics ?

Si nous applaudissons des deux mains la tenue du procès Sanogo, nous réclamons également l’ouverture d’un procès contre tous ceux qui sont cités dans les rocambolesques affaires de malversations de corruptions et de surfacturations. Si les autorités ne veulent pas livrer ces cadres véreux, il reste à la Justice de s’autosaisir au nom de la séparation des pouvoirs et de l’égalité de tous les coupables de la République, qu’ils soient militaires ou civils, pour châtier tous ces fossoyeurs de la République. La seule question qui taraude l’esprit de la plupart de nos concitoyens est celle de savoir à quand le procès de ceux qui ont été relevés de leurs postes pour des raisons évidentes de malversations et de crimes économiques ?
Le Président américain Barack Obama n’a-t-il pas toujours clamé haut et fort qu’il vaut mieux avoir des institutions fortes plutôt que des hommes forts ? La Justice est sans nul doute l’une des institutions les plus importantes dans un pays démocratique. Elle est le dernier rempart des faibles contre les plus forts, des pauvres contre les plus riches, des exclus contre les nantis de la République. Elle permet à l’Homme de rester à l’Etat d’humanité opposé à celui de la jungle où la loi du plus fort est toujours la meilleure. Le procès Amadou Haya Sanogo et complices est un bel exemple de la fin de l’impunité au Mali et un signal fort pour tout militaire qui aurait encore la moindre velléité d’enfreindre à la marche pour la démocratie qui a débuté le 26 Mars 1991 au prix d’énormes sacrifices. Le régime Kaki semble révolu parce qu’il est non seulement contraire à la démocratie, mais aussi et surtout hostile à toutes formes de contestations. Le régime militaire est d’essence barbare et coercitif ne laissant aucune place aux libertés fondamentales. Après l’éclatante victoire du Peuple malien sur la dictature militaro fasciste de GMT, aujourd’hui personne ne devrait pouvoir imposer un retour à la pensée unique. Aujourd’hui rattrapée par l’histoire, la junte militaire de Kati est désormais face à son ubuesque destin. La justice malienne a l’occasion de renouveler à la face du monde l’encrage démocratique et l’Etat de droit de la République du 26 Mars pour l’avènement de laquelle des milliers de morts ont jonché les rues, pour que des tels crimes ignobles ne se répètent plus au Mali. Pour ce faire, elle doit dire le Droit rien que le Droit afin de redorer son image blasée tant écornée.
Mais, la seule question qui reste en suspense est celle de la date du procès de cet autre groupe composé d’anciens ministres, de directeurs généraux, de conseillers à la présidence qui ont fait l’objet de limogeage pour manquements graves à la législation et à l’orthodoxie financière en matière de passation de marchés.
Pour rappel, la République a été éclaboussée par plusieurs scandales de corruption qui nous ont valu un gel de la coopération financière multilatérale avec la Banque Mondiale et le FMI. Parmi ces affaires on peut citer entre autres : l’achat de l’avion présidentiel, des équipements militaires pour l’armée, l’affaire dite des engrais frelatés et celle liée à l’achat des mille tracteurs avec une forte odeur de surfacturation. Le hic est que les présumés coupables de ces malversations, corruptions et de surfacturations qui ont été relevés de leurs postes, ont tous été promus à d’autres fonctions plus élevées quand ils auraient dû connaitre le même sort que le général Sanogo aujourd’hui. Aucun des dossiers de ces malversations sans que ces affaires n’aient été classées sans suite ni même déclarées « non-lieu ».
En définitive, les crimes de sang et les crimes économiques sont blanc bonnet, bonnet blanc. Tuer des maliens à bout portant par des fusils est tout aussi un crime que de voler leurs dus à la République pour les affamer et les laisser mourir de faim. Si les coups d’Etat sont horribles, les vols de deniers publics le sont autant, alors à quand le procès des voleurs de la République ?
Youssouf Sissoko
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Source : aBamako

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