Mot de la semaine : Suspension

Attendu pour sonner le glas de l’impunité et pour rendre justice dans la rocambolesque affaire dite des bérets rouges, le procès du Général Amadou Haya Sanogo et de ses 17 autres co-accusés a tout l’air d’un simulacre de procès pour se faire une bonne conscience tant l’organisation laisse à désirer. Suspendu à trois reprises, tout porte à croire aujourd’hui que  ce procès ne tiendra pas toutes ses promesses de transparence et de pédagogie démocratique. A qui la faute s’interroge bon nombre d’observateurs ? La responsabilité de la mauvaise organisation, après trois suspensions, ne peut incomber qu’à l’Etat, qui encore une fois de plus a montré toute son incapacité à organiser un bon procès  qui fasse école. Le laxisme des autorités est sans nul doute établi, tant par la mauvaise organisation que par les conditions de travail et même sécuritaires des juges, des avocats et des parents des victimes. Certains parents des victimes, craignant pour leur vie,  ont fini par disparaitre dans la nature faute de sécurité et de conditions décentes. La première suspension a été faite à la demande des avocats de la défense afin de leur permettre de mieux échanger avec leurs clients. La deuxième suspension était consécutive à l’interdiction d’entrer dans la salle d’audience avec tout appareil capable de prendre des photos, des sons et autres images. La troisième suspension était  due à l’absence des témoins de la partie civile. Comment un Etat peut ne pas avoir les moyens d’héberger, de sécuriser et de protéger les quelques témoins de la partie civile quand il a décidé lui-même de délocaliser le procès ? N’y a-t-il pas un manque de volonté de la part des autorités ? De quoi ont-elles peur ? On a l’impression que tout a été mis en œuvre pour faire échec à ce procès tant attendu par le peuple malien et par la communauté internationale.  Le gouvernement n’est  pas en train de  jouer  pleinement son rôle régalien d’assurer la sécurité et de créer les conditions d’une bonne tenue du procès Amadou Haya. Par cette mauvaise organisation, les autorités prêtent non seulement le flanc aux critiques de l’opinion publique, mais aussi et surtout elles prouvent à suffisance qu’elles ne sont pas capables de résister aux pressions des partisans de l’ex-junte venus de Bamako pour envahir la capitale du Kénédougou afin d’intimider les autorités judiciaires, les parents des victimes et faire croire aux maliens que Sikasso serait derrière Sanogo alors qu’il n’en est rien. Tout cela dans le même dessein de demander la relaxe pure et simple de leur mentor et ses co-accusés.

Le Procès du Général Amadou Haya Sanogo et de ses 17 co-accusés était pourtant une occasion idoine pour la Justice malienne de redorer le blason de son image terni par les différents scandales sous son nez et sa barbe sans agir au nom de la séparation des pouvoirs en régime démocratique. Il était également l’opportunité pour les gouvernants, à commencer par le premier magistrat du pays de siffler la fin de l’impunité et de l’injustice, deux grands piliers du programme de son quinquennat. A-t-il craint le déballage que Sanogo s’apprêtait à faire ? Il est une impérieuse nécessité au nom de la justice que ce procès aille jusqu’au bout pour que l’âme des victimes puisse  reposer en paix et que leurs parents puissent enfin porter leur deuil.

Youssouf Sissoko

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Source : Maliweb

Maliweb

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