Congres du MPR : Les recettes des Tigres pour réconcilier les Maliens

Ouvert la veille, les lampions se sont éteints, le dimanche 11 décembre au pavillon des sports du stade Modibo Keïta, sur le 5è congrès ordinaire du Mouvement patriotique pour le renouveau (Mpr). L’évènement, couplé aux 3è congrès du mouvement des femmes et de celui des jeunes, aura permis aux Tigres d’évaluer le chemin parcouru depuis leur 4è congrès et de prendre des résolutions orientant les actions pour les cinq années à venir. Au-delà, il a été question de l’avenir du pays, sur lequel plane encore une sérieuse menace de partition. A cet effet, le président du Mpr, Choguel Kokala Maïga, a donné des pistes susceptibles d’atténuer les effets de la crise et qui participent à la réconciliation des Maliens. Il a notamment souhaité le retour de l’ancien président Amadou Toumani Touré et exhorté le président de la République à s’impliquer dans l’affaire dite des bérets rouge, en prenant des initiatives allant dans le sens de l’apaisement total et d’une réconciliation définitive au sein de l’armée.

A l’issue des deux jours de travaux, les congressistes ont renouvelé leur confiance au président du parti, Dr Choguel Kokala Maïga, pour un nouveau mandat à la tête du Bureau exécutif central.

Le congrès d’un parti, c’est d’abord les retrouvailles et la fête des militants. Les tigres n’ont pas boudé leur plaisir. Venus de divers horizons, les 412 délégués, militants et sympathisants du Mpr étaient en liesse, lors de la cérémonie d’ouvert des travaux au pavillon des sports le samedi 10 décembre. Un moment de réjouissance, suivi d’intenses activités de réflexion pour évaluer le chemin parcouru et prendre des résolutions orientant les actions du prochain quinquennat.

Avant tout, c’est le devenir de la nation malienne qui préoccupe le Mpr. Le président Choguel Kokala Maïga, dans son speech, esquissait déjà la vision de son parti pour le Mali qui, a-t-il fait remarquer, traine encore les séquelles de la tragique crise multidimensionnelle déclenchée en janvier 2012. Une guerre imposée, un coup d’Etat militaire, l’occupation de plus des 2/3 du territoire, la partition de fait du Mali…sont autant d’évènements malheureux qu’a connu le pays, ces cinq dernière années. Des évènements qui, bien qu’ayant changé la donne politique et déterminé de nouvelles priorités pour la classe politique, n’ont entamé en rien l’engagement politique du Mpr. Le parti a su garder « le cap de la cohérence, de la lucidité et du discernement, mais aussi de l’intransigeance sur ses valeurs et ses principes fondateurs », a indiqué Choguel Maïga.

Aujourd’hui, les tigres n’aspirent, comme tout autre patriote, qu’à une sortie de crise honorable pour le Mali, ce dans les meilleurs délais. Cependant, une réalité s’impose : « cinq années après le déclenchement de la crise, aucun signe de sortie à brève échéance n’est en vue », constate le président du Mpr. Qui ajoute qu’en «dépit des discours rassurants, aussi bien au Mali, en Afrique qu’au conseil de sécurité de l’ONU, nous devons rester lucides et conscients que de graves menaces continuent de peser sur l’unité, l’intégrité et l’indépendance de notre pays». Raison pour laquelle, estime le président du Mpr, le peuple doit redoubler de vigilance. D’où le thème : « la reconquête de la souveraineté nationale et la libération totale de la patrie », choisi pour ce 5è congrès.

Toute famille divisée finit en ruine

La sagesse populaire de chez nous l’enseigne : « toute famille divisée finit en ruine ». Le Mpr en fait sien et, par conséquent, appelle toutes les composantes de la nation à mettre fin aux antagonismes, à se donner la main et à serrer les rangs pour parler d’une seule voix : «On doit proclamer à la face du monde que nous voulons rester libres, unis et égaux sur un seul territoire».

Aujourd’hui au Mali, la réconciliation nationale est d’autant plus nécessaire que la cohésion sociale a été fortement entamée, au fil de péripéties politiques, par des divergences et clivages nés de l’appartenance à tel ou tel régime (ndlr, le Mali a connu trois Républiques, un régime d’exception et deux régimes de transition). « Beaucoup de Maliens restent encore marqués par les divergences et clivages nés de l’appartenance à tel ou tel régime politique. Cette situation a pour cause, la manière dont notre pays n’a cessé d’évoluer depuis 1956 : au lieu de transition dans la paix et la concorde, l’évolution s’est faite dans la douleur, exacerbant les antagonismes entre courants politiques. Ceux qui arrivent au pouvoir usent de tous les moyens, y compris ceux de l’Etat, pour en imposer aux opposants, réels ou supposés. Les opposants au régime en place, de leur côté, usent de toutes les possibilités qui s’offrent à eux pour mettre en difficulté, voire pour faire chuter le pouvoir établi », explique Choguel.

Au Mpr, on en est convaincu: sans réconciliation, pas d’union nationale. Or, sans union nationale, pas de solutions viables au principal danger qui guette le Mali, à savoir le risque réel de remise en cause de son unité et sa partition.

C’est dans cette logique que le président du Mpr invite les plus hautes autorités à prendre deux initiatives qui sont spécifiquement de nature à décrisper la situation politique actuelle, tout en respectant les blessures et les frustrations des uns et des autres.

La première concerne l’ancien président de la République, Amadou Toumani Touré. « Nous pensons sincèrement qu’aujourd’hui, sauf pour raison de sécurité personnelle, son exil forcé ne sert en rien les intérêts supérieurs de la nation. Au contraire, une organisation ordonnée de son retour au pays natal, en rapport avec les autorités de la Cedeao, qui avaient supervisé son départ en exil, grandirait notre pays », a-t-il affirmé.

La deuxième initiative concerne la gestion des conséquences du conflit sanglant ayant opposé des composantes de l’armée malienne, suite au contre coup d’Etat d’avril 2012. Ces évènements ont laissé une profonde déchirure au sein de l’armée. La justice a été saisie des suites de l’affaire, un procès est en cours. « Quelles soit l’issue du procès, après le verdict, nous estimons que le président de la République pourrait prendre des initiatives fortes, allant dans le sens de l’apaisement total et d’une réconciliation définitive au sein de l’armée. Il lui appartiendra d’en définir les modalités, les conditions à réunir et le rythme de leur mise en œuvre », selon Choguel. Qui précise que cette démarche est d’autant plus envisageable que, dans le cadre des mesures de confiance pour favoriser la mise en œuvre de l’accord pour la paix et réconciliation, des initiatives d’apaisement ont été prises par les hautes autorités en faveur de plusieurs individus et personnalités, précédemment impliqués dans de crimes graves contre le Mali.

Pour ce qui est de la vie du parti, Choguel Kokala Maïga retient des précédentes consultations électorales (présidentielle et législatives de 2013, et communales de 2016) des résultats encourageants. Si ces résultats ne donnent pas au parti une entière satisfaction, ils démontrent cependant que « le Mpr est un parti d’envergure nationale, présent dans toutes les régions du Mali, un parti qui vit intensément et qui participe activement à l’animation de la vie politique et à l’approfondissent du processus démocratique ». « Incontestablement, le Mpr compte aujourd’hui parmi les partis majeurs en République du Mali », affirme-t-il.

S’agissant des relations de son parti avec le pouvoir, Choguel a rappelé que le Mpr a décidé d’apporter son soutien au candidat Ibrahim Boubacar Keïta, depuis le 2è tour de l’élection présidentielle. Et cette prise de position demeurera « tant que la patrie ne sera pas totalement libérée ». Le parti soutient et encourage donc le président de la République dans ses initiatives visant à renforcer notamment l’outil de défense. Au nombre de ces initiatives, Choguel a salué l’adoption de la Loi d’orientation et de programmation militaire (Lomp) et l’affectation de plus de 300 milliards de CFA aux secteurs de la défense et de la sécurité dans le projet de budget d’Etat 2017.

Après avoir examiné le rapport d’activité du Bureau exécutif central, le rapport des femmes et celui des jeunes, le congrès a procédé à la mise en place des commissions de travail. A l’issue des débats au sein de ces différentes commissions, les délégués ont renouvelé leur confiance au président du parti Dr Choguel Kokalla Maïga pour un nouveau mandat à la tête du BEC, à Mme Safiatou Cissé pour diriger le Bureau national des Femmes et à Moussa Dicko pour conduire les destinées du Bureau exécutif national des Jeunes.

Aussi, de fortes recommandations ont été faites.

S’agissant de la tenue de l’élection présidentielle en 2018, qui se tient entre deux congrès du Mpr, le congrès a donné mandat au BEC de mener la réflexion et de prendre la décision dans l’intérêt supérieur du parti et de la nation au moment opportun. Et concernant la vie du parti, le congrès, après avoir constaté certains dysfonctionnements préjudiciables au bon fonctionnement du parti, a recommandé une réflexion approfondie sur la réforme des textes organiques en vue de les adapter aux besoins.

La direction du parti est invitée à initier un plan fiable de financement sur la base des ressources financières pérennes.

IBD

Source : aBamako

aBamako

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