La lettre du peuple à Monsieur le Premier ministre

Monsieur le Premier ministre, c’est avec un cœur mélancolique que je vous adresse cette lettre pour vous décrire comment votre gouvernance est de plus en plus décriée par le peuple malien.

Monsieur le Premier ministre, votre nomination à la primature avait suscité un réel engouement chez les populations. Tant votre réputation de grand commis de l’Etat et votre riche expérience administrative plaidaient en votre faveur. Mais hélas! Au fil des mois, cet espoir a très vite fondu comme beurre de karité au soleil. Tout le monde voyait en vous un sauveur suite au départ de votre prédécesseur de la primature dans les conditions que l’on sait. Mais comme le dit le très célèbre et engagé ‘’rasta man’’ ivoirien, Tiken Jah Fakoly, l’éléphant annoncé est finalement arrivé avec un pied cassé.

Rappelez-vous, Monsieur le Premier ministre, au début, même l’opposition se gardait de vous critiquer en raison de votre âge très avancé et du respect dont vous bénéficiez dans l’opinion. Mais à l’évidence, Soumaïla Cissé et ses camarades de l’opposition ont fini par tirer sur vous à cause de votre manque de leadership et d’initiatives dans la conduite de l’action gouvernementale. Comme l’indique la Constitution, “le Premier ministre dirige et coordonne l’action du Gouvernement”. Mais depuis votre arrivée à la Primature, on ne sent pas de coordination, pas de lisibilité dans la conduite de l’exécutif. Conséquence, il n’y a pas de cap clairement fixé pour mesurer l’exécution du programme présidentiel. L’exécutif peine à répondre aux cris de détresse du peuple. Partout dans le pays, le peuple pleure. Monsieur le Premier ministre, pourquoi n’allez vous pas au contact des populations pour connaitre leurs problèmes ?

Le terrain de la réconciliation sur lequel vous étiez le plus attendu traine depuis la signature de l’Accord, issu du processus d’Alger dont vous êtes un des artisans. On ne voit aucune initiative gouvernementale qui rassure les populations du nord de notre pays. Lesquelles semblent réduites à se consoler avec les quelques interventions de la Minusma aux allures d’aumône. A quand la libération effective de la 8e région administrative du Mali des mains du mouvement fantoche, Mnla? Monsieur le Premier ministre, il est plus que temps que vous traciez la trajectoire à suivre concernant le processus de réconciliation. Il est vrai que la Commission, vérité, justice et réconciliation est opérationnelle, mais le processus peine à décoller à cause de l’emprise des groupes terroristes sur une bonne partie du territoire national.

L’ouverture des classes cette année à Kidal est une lueur d’espoir qui doit y être suivie rapidement par le redéploiement de l’administration d’Etat et de l’armée du Mali. En effet, Monsieur le Premier ministre, il est plus que temps que la République exerce la plénitude de sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire. C’est le vœu ardent du peuple malien qui a avalé assez de couleuvres à cause de nombreuses humiliations que le pays subit

A l’évidence, vous peinez à traduire en actes concrets le programme présidentiel, «pour l’honneur du Mali et le bonheur des Maliens». La vie est de plus en plus chère au Mali. Les prix des denrées de premières nécessités flambent tous les jours. Le prix du sucre, de l’huile, du lait et bien d’autres produits de consommation ont augmenté en moins d’un mois. Les ménagères ont depuis longtemps abandonné les paniers. Elles vont au marché et retournent désormais avec des sachets en mains.

Monsieur le Premier ministre, l’objectif premier du Gouvernement est de travailler afin de créer la richesse pour les populations. Or, présentement au Mali, les populations sont presque au bord de l’étouffement. Celui qui pouvait donner à quelqu’un 5000 ou 10 000 F CFA ne peut plus aller au-delà de 1000 ou 2000 F CFA. C’est dire que la situation est très dure. Il est indispensable que les résultats du Gouvernement soient plus perceptibles sur la vie des populations.

A vous entendre, vos diagnostics sont irréprochables, avec un français limpide dont vous seuls avez le secret. Vous parlez très bien la langue de Victor Hugo. Mais ce n’est pas suffisant aujourd’hui. Comme l’a dit le Président de la République, «aujourd’hui, le temps n’est plus au bon français». Dieu merci pour vous! Vous êtes un Premier ministre de luxe. Vous ne partez jamais au charbon pour le Président de la République. Ce qui est rare. Un Premier ministre doit avoir le dos large et recevoir les coups à la place du Président de la République. Mais comme vous êtes son aîné, c’est lui qui prend les coups à votre place. Tant mieux si c’est ce qui lui convient.

C’était là quelques lignes pour vous dire bonjour. A bientôt!

Youssouf Diallo

Source : aBamako

aBamako

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