Point d’histoire: Les découvreurs du Sahara

Le plus grand désert du monde a toujours fasciné les imaginations et nombreux sont ceux qui, dès le début du XIXème siècle, se lancent à sa découverte, souvent dissimulés sous les vêtements des marchands ou des pèlerins musulmans. René Caillé atteint Tombouctou et, après lui, Clapperton, Oudey, Barth, Nachtigal et Duveyrier vont sillonner les pistes qui les mèneront vers le lac Tchad, au cœur de l’Afrique inconnue.

La géographie de la moitié nord de l’Afrique est commandée par le Sahara qui s’étend entre le Maghreb et le Tchad, l’Atlantique et le Nil, sur une superficie plus vaste que celle de la Méditerranée. Au début du XIXème siècle, c’est encore aux autorités de l’âge classique qu’on se réfère quand il s’agit de l’Afrique.
Bien que depuis les temps les plus reculés il y ait eu des voies de communication à travers le désert, et bien que les pistes transsahariennes aient été empruntées maintes fois par les caravanes commerçantes, le fond des connaissances de l’Europe sur le Sahara au XIXème siècle est formé par les descriptions des géographes grecs et romains, et les récits des voyageurs arabes.
De l’Afrique occidentale, seule la côte a été révélée au XVème siècle par les navigations des Portugais. (Barth, partant en 1850 à la découverte du Sahara et du Soudan, emportera un Hérodote comme seul document.) Quelques Européens au Moyen-âge s’aventurèrent au Sahara, tels d’Ysaguier qui séjourna à Tombouctou, le Génois Malfante qui alla au Touat, mais leurs équipées furent sans lendemain, découverte, «révélation supposant publication : d’un livre, d’un article, voire même seulement d’un rapport ou d’une lettre».
Ainsi que le remarque H.P. Eydoux, au début de son livre Exploration du Sahara : «Le cartographe français d’Anville voulant, au XVIIIème siècle, montrer l’Afrique telle que les documents exacts permettaient de la figurer, présente une carte qui, sauf pour les contours, était à peu près vide.»
Des obstacles à une connaissance du Sahara, signalons bien entendu le problème géographique et climatique que pose la barrière saharienne, mais aussi les problèmes posés par les hommes eux-mêmes : «Tout le nord du continent, la partie la plus accessible, est fermée aux Européens depuis le VIIIème siècle par la barrière de l’Islam… Arabes et Berbères sont les maîtres des caravanes sahariennes et n’y admettent pas d’étrangers» (Deschamps).
De surcroit, l’Europe, jusqu’à la fin du XVIIIème siècle, ne montrera qu’un faible intérêt pour l’Afrique. C’est l’essor du commerce avec l’Afrique, les guerres européennes qui s’étendent parfois jusqu’au continent africain, mais surtout c’est le développement de la curiosité scientifique et notamment géographique, qui vont éveiller le désir de découvrir le Sahara.

Les premiers pionniers
En cette fin du XVIIIème siècle, les gouvernements lancent, sans objectifs immédiatement économiques ou politiques, les grands voyages de découvertes. Cook Bougainville, La Pérouse élargissent le monde connu. Levaillant fait connaître l’Afrique du Sud et James Bruce l’Ethiopie. C’est sous la double inspiration britannique du mouvement anti-esclavagiste et de l’African Association, fondée en 1788, que commence la découverte de l’Afrique occidentale. C’est l’African Association, dont l’animateur Sir John Banks avait, comme naturaliste, participé au premier voyage de Cook, qui inaugure l’exploration moderne du désert.
Les premières tentatives eurent lieu peu de temps après la fondation de l’African Association. Ce furent des échecs. John Leydard, Américain, qui avait vécu encore enfant parmi les Indiens, participé au troisième voyage de Cook et voyagé en Sibérie, mourut en novembre 1788, avant même d’avoir quitté le Caire.
En 1799, Simon Lucas, parti de Tripoli, resta bloqué sur la côte. Le major Daniel Houghton, ayant servi aux Indes occidentales, fut chargé de reconnaître le Niger, d’atteindre Tombouctou et de revenir par le Sahara. C’est dans le Kaarta qu’il fut dépouillé et assassiné par les Maures. L’African Association cherchait un successeur à Houghton.
En juillet 1794, se présenta Mungo Park, jeune médecin écossais qui avait fait sa campagne à Sumatra. «Grand, beau, froid, méditatif, il devait se révéler doué d’une résistance physique et d’une obstination exceptionnelle».
En mai 1795, il arrivait en Gambie ou il s’initia à la langue manding et recueillit des informations sur l’intérieur. Puis, il partit avec une caravane de marchands indigènes. Il parvint à Bondou, pays dominé par les Foula musulmans, passa au Galam, royaume Sarakolé bordant le Sénégal et arriva au Kaarta, royaume bambara alors en guerre avec son voisin du Ségou.
Pour éviter la guerre, il décida de contourner le pays par le nord, mais fut fait prisonnier des Maures. C’est durant sa captivité que Park recueillit des notions sur Oualata et Tombouctou et apprit l’alphabet arabe. Il réussit à s’enfuir, seul, et le 20 juin 1796, il parvint sur les bords du Niger qu’il découvrit coulant vers l’est. Les femmes de Ségou le soignèrent et il put descendre le fleuve jusqu’à Sansanding. De là, il dut revenir, malade, évitant les villes. Il reçut l’hospitalité des Mandings pendant la saison des pluies et parvint à la côte en 1797 avec une caravane d’esclaves.
Un Européen avait enfin vu le Niger, fixé sa direction et décrit deux itinéraires. Son livre suscita un grand mouvement de curiosité et eut une grande influence sut plusieurs de ses successeurs. Les explorations africaines étaient des épopées propres à émouvoir l’opinion et à éveiller des vocations nouvelles. La découverte géographique était un véritable apostolat.
En 1798, c’est un jeune Allemand, Hornemann, qui entreprend la traversée du Sahara pour rejoindre le Niger et poursuivre l’exploration de Mungo Park.
En septembre 1798, il quitte Le Caire, atteind Mourzouk deux mois plus tard et passe sept mois au Fezzan. Après une lettre optimiste à l’African Association, on n’en entendit plus parler. Il est possible qu’il soit mort au sud du Bornou. Malgré la curiosité, l’exploration du désert n’était évidemment pas une fin en soi, mais elle était nécessaire pour ouvrir les portes du Soudan et atteindre Tombouctou.
Les échecs de la pénétration vers l’ouest et le climat meurtrier de la côte amenèrent les Anglais à tenter la pénétration par le nord. La bonne entente entre le pacha de Tripoli Youssouf Karamanli et le Cheikh El Kamani, qui dominait l’ancien royaume de Bornou près du lac Tchad, avait donné une sécurité et une importance toutes nouvelles à la voie caravanière joignant Tripoli au Tchad par le Fezzan et l’oasis de Bilma. «Soie, armes et verroteries à l’aller, esclaves, tissus et cuirs soudanais au retour alimentaient un trafic régulier, bien protégé contre les pillages des nomades sahariens, Touareg et Toubou.»
En 1818, deux officiers anglais, Ritchie et Lyon, parvinrent au Fezzan ; Ritchie y mourut et Lyon revint, rapportant des renseignements sur l’intérieur qui renouvelaient ceux de Hornemann. C’est aussi de Tripoli que partirent le docteur Oudney, le lieutenant Clapperton et le major Denham. L’expédition, largement financée, à but commercial, était également chargée de reconnaître le lac du Bornou, le cours du Niger et les cités renommées du Soudan.
La caravane partit en 1822 et parvint à Mourzouk où le gouverneur les empêchera de continuer. Pendant que Denham. C’est de retour à Tripoli pour solliciter les ordres du pacha, Clapperton et Oudney parviennent à l’oasis de Ghat qu’aucun Européen n’avait visité jusqu’alors.
Fin novembre, la marche reprend, et en janvier 1823 on arrive à Bilma, oasis misérable, ruinée par les guerres entre Touareg et Toubou, «mais dont les Touareg d’Agadès tirent actuellement vingt mille sacs de sel».
Et c’est le 4 février, après plus de deux mois de traversée depuis le Fezzan, qu’ils atteignent les bords du lac : «Le grand lac Tchad, brillant aux rayons d’or du soleil dans toute sa force, apparut à un mille de l’endroit où nous nous trouvions». Oudney meurt en 1824. Clapperton revient à Tripoli en traversant le désert par le même itinéraire ; il atteindra la ville en 1825.
Le succès du livre que Clapperton et Denham. L’ firent publier fut grand. Il révélait, en effet, le Soudan central avec un commerce, son artisanat, ses ressources agricoles, ses armées, ses chefs d’Etat et son islam fervent mais non hostile.

Source : aBamako

aBamako

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