Femmes handicapées : La problématique de leur insertion socioprofessionnelle

L’esprit de justice doit pousser les employeurs à faire confiance aux femmes handicapées diplômées en testant leurs compétences avant de rejeter les dossiers
Les femmes handicapées, ne croisent pas les bras. Elles se battent tant bien que mal pour leur insertion socioprofessionnelle.

C’est vrai! il faut le dire! L’exclusion des personnes en situation de handicap est réelle sur le marché du travail dans notre pays. En dépit de la ratification par notre pays de nombreux textes se rapportant à l’insertion socioprofessionnelle des personnes handicapées, l’emploi de cette catégorie reste toujours un vrai problème. L’injustice à leur égard, est avérée. Quatre femmes handicapées témoignent de leur frustration.

L’invalide Mama Togo, 45 ans, est devenue handicapée à l’âge de quatre ans à la suite d’une poliomyélite.
Cette diplômée sans emploi, en plus des problèmes relatifs à l’étiologie du handicap, est confrontée actuellement aux affres du chômage. Comptable de formation, elle n’a jamais mis ses compétences en pratique. «Après avoir obtenu mon diplôme je suis au chômage depuis une dizaine d’années, malgré mes innombrables efforts pour trouver un boulot. En ce moment je ne croise pas les bras. Mes parents m’ont offert une alimentation que j’ai géré en attendant de trouver un emploi», a-t-elle rappelé.

Elle eut vent de l’existence de la Fédération malienne des femmes handicapées. Elle y a adhéré. Grâce à cette association, elle a bénéficié du financement de son projet. Un prêt lui sera octroyé, en 2003, par une ONG internationale de la place . « Le projet était collectif et le prêt était remboursable. Quatre autres femmes handicapées se sont jointes à moi et nous avons ouvert un restaurant qui marchait 24/24 », a confié cette mère. La même année, elle a eu la chance d’être recrutée comme agent d’accueil par une représentation diplomatique.

La courageuse arrivait à concilier les deux occupations jusqu’en 2012. Lors du coup d’Etat son restaurant a été saccagé et tous les équipements ont été brûlés. Faute de moyens le restaurant n’a pas redémarré. Elle travaillera un certain temps dans un service qui sera fermé et tous les agents seront
remerciés.

Actuellement Mama est sans emploi. Puisque son restaurant n’a pas déposé son bilan, elle arrive à avoir quelques contrats de prestation de services dans le cadre de séminaires et d’ateliers de formation. « J’ai la volonté de travailler, mais je n’ai pas de moyens. Je lance un appel aux ONG, à l’Etat, aux personnes de bonne volonté pour m’aider à redémarrer mon restaurant », a-t-elle lancé.

A la suite d’une injection en bas âge, Mme Siby Mariam Traoré, est devenue invalide. Cette aide – comptable de 56 ans n’a jamais obtenu un emploi. Elle a déposé sa candidature à plusieurs concours de recrutement sans succès. Elle ira en Côte d’ivoire pour tenter sa chance, mais en vain. « Les employeurs préfèrent les personnes valides . Ils pensent que les invalides n’ont pas de capacité à occuper le poste mis au concours», a-t-elle regretté.
Malgré cette discrimination, Mme Siby Mariam Traoré, n’a pas baissé les bras. Elle a intégré l’Union des femmes handicapées. Par l’intermédiaire de cette association, elle a bénéficié du financement d’un kiosque en 2005. Elle vendait des produits cosmétiques. L’écoulement était lent. Les produits ont fini par être défectueux à cause de la chaleur.

En 2014, elle a pu avoir un autre financement octroyé par le Développement social. Grâce à ce fonds, elle se débrouille actuellement dans la vente de friperies, de flacons d’encens, de colliers traditionnels. Elle lance un appel aux autorités pour aider les femmes handicapées en vue de leur autonomisation. Mme Siby Mariam Traoré rappelle aux autorités le célèbre adage chinois: « Au lieu de donner du poisson tous les jours à quelqu’un, mieux vaut lui apprendre à pêcher ».

La diplômée sans emploi Hatouma Keïta est née avec un handicap à la main gauche. Elle a décroché une licence professionnelle à l’institut national de formation des travailleurs sociaux. Cette mère de deux enfants a expliqué avoir obtenu son diplôme, malgré les faits de discrimination, de maltraitance, de marginalisation, dont elle a été victime dans le milieu scolaire. Elle n’a cessé de postuler pour les opportunités d’emploi qui se présentaient . « Je n’ai pas encore obtenu de boulot. Je suis convaincue que ce n’est pas une question de compétence. Certes, le problème de l’emploi se pose avec acuité dans notre pays. Mais je suis sûre que mon handicap est l’une des raisons de mon chômage », a-t-elle conclu. Elle plaide la cause des femmes handicapées diplômées en ces termes: « les employeurs doivent faire confiance aux femmes handicapées qui sont très sérieuses au travail. » Elles ne bougent pas toutes les 15 minutes de leur siège. Hatouma Keïta demande aux employeurs de ne pas discriminer les femmes diplômées handicapées. L’équité leur commande de tester leur compétences avant de les juger inaptes à l’emploi au pif. Actuellement, en stage pour le compte de l’Agence pour l’emploi des jeunes (APEJ), Hatouma espère décrocher un contrat pour être autonome.

La personne de petite taille, Leila Kébé est âgée de 27 ans . La pauvreté de ses parents et la discrimination au niveau scolaire, l’ont contrainte à abandonner l’école au niveau de la 7 è . Mais plus tard, elle a pu se former en informatique, savonnerie et teinture artisanale grâce à l’association des personnes de petite taille dont elle est membre. Malgré ses nouvelles compétences, elle reste à la maison. Pour survivre, elle teint les pieds des élégantes au henné. « Je me débrouille dans ce métier. Mais mon ambition est d’ouvrir une boutique pour faire du commerce et être autonome ».
Quatre femmes diplômées invalides, quatre destins communs. Il revient aux autorités de mettre en place des politiques pour l’autonomisation des femmes handicapées.

A. D .SISSOKO

Source : aBamako

aBamako

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