L’opposition rejette le budget d’Etat 2017, la majorité l’adopte : ‘’Ce budget ne prend pas en compte les aspirations du peuple malien notamment les questions de sécurité’’

Comme on pouvait s’y attendre, hier, jeudi 15 décembre 2016, l’Assemblée nationale du Mali a adopté le projet de loi portant loi de Finances pour l’exercice 2017 à la majorité des 104 voix pour, 24 contres et zéro abstention. Les prévisions budgétaires de la loi de finances initiale 2017 s’élèvent à 2 013 578 104 000 FCFA de recettes et 2 270 647 113 000 FCFA de dépenses, soit un montant de déficit prévisionnel de 257 069 009 000 FCFA. Selon le ministre de l’économie et des finances, Dr Boubou Cissé, ce budget est rigoureux et responsable parce qu’il respecte les grands équilibres macroéconomiques. Si les députés de la majorité (les groupes parlementaires RPM, APM et l’Adema) ont adopté ce budget d’Etat 2017, ceux de l’opposition (groupe parlementaire VRD et ADP-Maliba/ Sadi) l’ont rejeté. Selon ces derniers, les différentes allocations budgétaires ne répondent pas suffisamment aux aspirations du peuple malien à savoir, entre autres, les questions de sécurité, l’absence d’une ligne budgétaire claire prenant en compte l’accompagnement des commerçants déguerpis pour leur réinstallation.

Les débats autour du projet de loi de finance 2017 ont pris la moitié de la journée d’hier. Le ton sera donné par les députés de l’opposition parlementaire animée par les groupes Vigilance Républicaine et démocratique (VRD) et de l’ADP-Maliba/Sadi qui ont totalement rejeté ledit projet de loi. Selon le président du groupe VRD, l’honorable Mody N’Diaye, les projections des ressources intérieures sont peu pertinentes. Avant d’ajouter qu’il y a une absence criarde d’ambitions pour booster l’économie nationale. « Le Gouvernement opte pratiquement pour les mêmes recettes utilisées depuis plus d’une dizaine d’années  concernant l’agriculture, un secteur doté de seulement 8% du budget 2017 et toujours exposé aux aléas climatiques. Ce secteur peine à  assurer la sécurité alimentaire. Par ailleurs, aucune initiative de vitalité rigoureuse concernant le secteur manufacturier n’est entrepris affectant négativement la création d’emplois et le potentiel de valeurs ajoutées. L’allocation des dépenses est inappropriée car ne prend pas en compte les préoccupations sécuritaires au titre de l’équipement des forces de sécurité. Le budget d’équipement de la sécurité connaît une diminution d’environ 50% sur son niveau de 2016 et  le secteur ne dispose pas encore de loi d’orientation, longtemps annoncée et toujours en cours de préparation. Ce retard  injustifié est néfaste à la création des conditions sécuritaires pour attirer les investisseurs », a souligné l’honorable Mody N’Diaye. A l’en croire, une ligne d’au moins 12 milliards FCFA pour couvrir les coupes budgétaires parait injustifiée. En outre, il a fait savoir que l’allocation budgétaire de 2017 des Collectivités Territoriales est timide et son niveau n’assure nullement  le changement qualitatif du cadre de vie des collectivités. « La loi de finances 2017, à l’image de celles qui l’ont précédée se caractérise par une absence totale de vision,  à même de profiter de l’après sortie de crise, toujours favorable  à des taux de croissance très élevés. Malheureusement encore une fois de plus,  la dernière loi de finances de pleine année du présent quinquennat est une occasion ratée. Le Gouvernement ne parvient toujours pas à mettre en œuvre une politique budgétaire vigoureuse pour prendre en charge les préoccupations majeures,  notamment celles liées aujourd’hui à la sécurité et à l’amélioration de la compétitivité de notre pays », a indiqué Mody N’Diaye. Il a fait savoir que depuis  2014, le montant cumulé des budgets d’Etat, y compris celui de 2017 en cours d’adoption par l’Assemblée nationale s’élève à environ 8 000 milliards de FCFA. Le groupe VRD demande au gouvernement de reprendre le projet de loi des finances 2017 pour tenir compte des insuffisances. Il sera appuyé par le représentant du groupe parlementaire Adp-Maliba/Sadi, l’honorable Bakary Diarra qui indique : « les différentes allocations budgétaires ne répondent pas suffisamment aux aspirations du peuple malien ; notamment les questions de sécurité, de soutien aux entreprises en difficulté et la recherche minière. Le groupe Adp-Maliba/Sadi dénonce l’absence d’une ligne budgétaire claire prenant en compte l’accompagnement des commerçants déguerpis pour leur réinstallation. « Il convient de rappeler la recrudescence des attaques sur l’ensemble du territoire national, d’où la nécessité de renforcer les moyens mis à la disposition de nos forces de défense et de sécurité. Pire, ce budget qui n’accorde pas une place de choix à la lutte contre la corruption, ouvre la voie à l’impunité et à la délinquance financière avec la pression fiscale annoncée ». Par contre, la majorité (les groupes parlementaires RPM, APM et l’Adema) affiche son attachement indéfectible à ce budget. Le groupe Rassemblement pour le Mali (Rpm), a indiqué que le budget 2017 est objectif réaliste et réalisable, juste et équitable. Idem pour le groupe Alliance pour le Mali (Apm) et l’Adema. « Le budget est réaliste et sincère. Il tient compte les conditions macro économique. Près de 448 milliards de FCFA seront injectés pour l’emploi jeune. C’est un budget qui lutte contre la pauvreté », a souligné le président du groupe Adema Pasj, l’honorable Issa Togo. Pour Me Zoumana N’Tji Doumbia du groupe Apm, ce budget permet de booster l’économie malienne. Le ministre Boubou Cissé ne dira pas, non plus, le contraire. « Le budget est responsable parce qu’il respecte les grands équilibres macroéconomiques. C’est un budget qui respecte tous les engagements communautaires et international comme le fonds monétaire international (FMI). Il n’y a pas de risque de dérapage budgétaire. Ce n’est pas un budget d’austérité car il permet de financer un  certains nombres de projets importants. Les mesures sont entrains d’être prises pour encadrer les exonérations », a promis le ministre. Après les débats, le projet de loi de finance 2017 a été adopté à la majorité des 104 voix pour, 24 contres et zéro abstention.

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