Lettre à mon oncle Bass

Cher oncle

Bissimilahi, Arahamani, Arahim, Alhamdoulilahi !

Tu as, cher oncle Bass entre tes mains, ma dernière lettre de l’an 2016.
Cela, non pas parce que j’envisage de me suicider dans les jours qui suivent, mais simplement, il me faudrait prendre quelques jours de repos.
N’est-ce pas mérité, après t’avoir expédié plus de 50 lettres au cours de l’année 2016 qui agonise ?
Merci de comprendre cela !

Aussi, en mon nom, au nom de la troupe familiale, de tous les Maliens d’en dessous que la misère n’a pas encore expédiés à lahara, je rends grâce à Allahou Soubhanatala.

A toi aussi, oncle Bass, pour nous avoir évité plusieurs fois de mettre la marmite familiale en « jachère », et de nous permettre d’espérer voir très bientôt les lueurs de l’année nouvelle 2017.

Et, c’est sans hypocrisie aucune, que nous les « en bas », nous prosternons devant Dieu le Tout Puissant, l’unique, le miséricordieux.
Cela, avec fierté, car, en dehors de Dieu, nous les petits et les faibles ne nous agenouillerons devant aucun mortel ici bas. Walahi, Bilahi, je jure !
Cela même si l’écrasante majorité des maliens sont à jeun, du 1er janvier au 31 décembre de chaque année, la situation alimentaire dans le pays plus précaire que jamais, le contexte économique si « cailloux » au point que nombre de Maliens auraient choisi pour s’en sortir, la voie du suicide collectif ou individuel.

Mais, fort heureusement (ou malheureusement), chacun des misérables que nous sommes, a cette pitoyable consolation : celle de partager le même malheur et de ne pas être seul à en souffrir.

Eh oui tonton, seul le présent importe pour nous les maliens d’en bas. Demain on verra ! C’est bien là, notre devise.
Aussi c’est déjà bien un privilège que de pouvoir (au niveau de la troupe familiale) d’assurer un repas par jour. Cela, parce que, nombre de Maliens d’en bas ne mangent qu’une fois tous les trois jours.

C’est pourquoi, je pense que le président IBK était complètement déconnecté de la situation réelle des Maliens, lorsqu’il disait, avant son élection à la magistrature suprême du pays, avoir comme ambition, de voir tous les Maliens manger 3 fois par jour. Un bien joli rêve. Car, pendant que certains Maliens se tapent à eux seuls des centaines de millions de nos francs sur le dos de l’économie nationale (en toute impunité) le Grenier National ne peut être assez garni pour permettre à tous les Maliens de manger. Ni même, une seule fois par jour.
Or, comme tu le sais, cher oncle, la situation n’est pas pour changer demain ou après-demain ou même dans deux ans, voire dans plusieurs années. Allah Akbar !
En attendant, quels souvenirs faut-il retenir de l’année 2016 qui agonise ?
Bien difficile de tous les énumérer dans une lettre. Qu’à cela ne tienne !
Je pense qu’on se souviendra pendant longtemps, qu’en janvier dernier, S.E Sekou Kassé a été limogé par le gouvernement, au motif que notre pays avait perdu son droit de vote (à l’ONU) pour non paiement de ses cotisations.

Aussi, en mars dernier, une unité des forces spéciales maliennes a mis aux arrêts le tristement célèbre Souleymane Keita, l’Emir de la Katibat Halid Ibn Walid. Le terroriste âgé de 47 ans a été coincé vers la frontière mauritanienne, alors qu’il tentait de rejoindre son mentor, le diabolique Iyad Ag Ghaly.
Toujours en mars, l’Assemblée Nationale a adopté le Projet de loi N°16-06/5L portant modification de la loi N°2012-007 du 07 février 2012, modifiée, portant Code des collectivités territoriales. Au grand dam de l’opposition qui, 24 heures avant, avait rejeté ladite loi au motif qu’elle viole la Constitution malienne et constitue un pas de plus vers la partition du pays.

Autre évènement du reste dramatique, c’est les violents affrontements qui ont opposé à Kidal des combattants de la CMA et le groupe GATIA. Bilan : une vingtaine de morts et plusieurs blessés.

Plus dramatique encore, c’est quand, le 13 juillet, le camp militaire de Nampala, localité située dans la région de Ségou, a été attaqué par des bandits armés.
Bilan : 17 soldats maliens tués à la fleur de l’âge, plusieurs autres blessés, et d’importants dégâts matériels.
Sur un tout autre plan, dans le marigot politique, les partis politiques de l’opposition ont organisé en septembre une conférence pour recommander au président de la République le retrait pur et simple du projet de loi électorale déposé à l’assemblée nationale.

Parce que, selon elle, ce projet constitue un recul par rapport à l’ancienne loi électorale et fait planer le risque de partition du Mali.
Enfin, tonton, comme évènement important qui aura marqué l’année mourante, c’est cette sorte procès de cette sorte de général Amadou Haya Sanogo, auteur du coup d’État de 2012 et autres, accusés d’enlèvement de personnes, d’assassinant et de complicité d’assassinant. Ils étaient tous à Sikasso lors d’une session d’assises spéciales’’.

Une minable mise en scène qui se poursuivra, dit-on, en 2017, sans autre précision. Allah Akbar !
En attendant, ici à Bamako, on rase, on casse et on s’attèle à rendre belle et coquette la capitale. Cela, à l’occasion de la tenue prochaine chez nous d’un sommet dit France-Afrique ou Afrique-France. Ah les pauvres !
Ils peuvent toujours continue de raser et de casser pour rendre beau la capitale malienne. Mais, le pays restera toujours là avec ses citoyens d’en bas de plus en plus nombreux, ses affamés, ses assoiffés, ses cadavres ambulants, ses déchets humains et ses cimetières qui reçoivent plus de clients que les hôpitaux et les cliniques.

C’est te dire que, nous les ‘’en dessous,’’ continuons, malgré les ‘’initiatives,’’ projets de développement et autres balivernes, de subir les coûts assassins des céréales et des denrhées de première nécessité.

La Santé ? C’est toujours un luxe pour les petits et les faibles que nous les « en dessous » sommes, malgré la gratuité de la césarienne (combien sommes-nous à la subir ?), les constructions et équipements de CSCOM et autres… Pire, nous les en bas demeurons toujours la proie innocente de cette terrible maladie : la misère. Mais, toi-même tu sais cher oncle, nous les piétinés, les faibles et les petits n’avons jamais connu autre chose que les lendemains incertains, le désespoir, la faim, la soif, la maladie et l’injustice.
Contrairement à cette minorité insolemment nantie, à ces nouveaux riches qui, après avoir emprunté l’ascenseur pour se retrouver ‘’en haut’’, nous bloquent même les escaliers qui y accèdent. Conséquence de cette situation, nous continuons de vivre dans les poulaillers, à subir la faim, la soif et les maladies.

En somme, tout ce qui nous arrive, est le fait de ces hommes démoniaques, ces vampires bipèdes, ces vautours, crocodiles et moutons des République qui s’abreuvent de notre sang et se baignent dans notre sueur. Walahi, Bilahi, je jure, si par chance, ces gens-là, arrivaient à échapper au Tribunal historique de la honte ici bas, ils trouveront là-bas, à la « Cour d’Assises de Lahara », les implacables pilons et mortiers qui serviront à les moudre comme du petit mil. Je le dis pian !
Walahi, Bilahi, je jure, Lahara est bien incontournable. Que l’on y aille en mourant ou s’éteignant, que l’on ait sacrifié ici-bas (à l’occasion des fêtes de la Tabaski) des chameaux ou des coqs, que l’on ait effectué mille fois le pèlerinage à la Mecque, l’impartial et implacable tribunal de « Yomalkiyama » remettra à chacun la monnaie de sa pièce
Non, non, oncle Bass, je ne divague point.

Et, nous autres les éternels « en bas », faisons nôtre, cette citation du Dr Alexis Karel (français) : « J’ai dit, la vie est méchante, l’écho m’a répondu : chante ».
Belle, imagée, mais aussi pleine de sens, la pensée de l’écrivain.
Et au-delà d’une banale rhyme, elle est d’une réalité irréfutable.
En effet, qu’y a-t-il au bout du désespoir ? L’espoir, logiquement ! Hé oui, cher oncle, philosophons Pian !
Non, oncle Bass, je n’ai point sombré dans la folie. D’ailleurs, qui n’est pas fou dans ce pays là ?
Par ailleurs, cher Tonton, je te donne mille fois raison, quand tu me rappelles que ma vie ne m’appartiens pas à moi seul et que, je n’ai nullement le droit de l’anéantir et d’en faire un échec. Mais vois-tu oncle Bass, je ne suis même pas vivant.
Je suis mort depuis longtemps. Et pour cause. A 28 ans, mon diplôme d’ingénier est déjà rangé dans les vieilles malles de grand-mère et, à la vue de ma pauvre carcasse, il n’y a pas homme sur terre qui ne me prendrait pas pour un quinquagénaire.
La misère vieillit et tue. Elle est pire que la maladie.

A propos de mon diplôme ? Simple papier, inutile ornement ! Et pour cause, l’école malienne, mon pauvre oncle, va mal, très mal, et continuera ainsi, pendant longtemps.
Aussi longtemps, que n’importe quel cancre, s’achètera ou se fera offrir, des notes et des diplômes. L’école malienne ira mal, tant que, n’importe quel fainéant peut devenir un enseignant ou un responsable scolaire. Je dis pian !
Pour terminer, cette lettre, du fond du cœur, à toi, à toute la famille à Dakar à tous les maliens, d’en bas, (et à ceux d’en haut) je souhaite une bonne fin d’année.

Mes vœux particuliers de longévité à tous les voleurs de la République, les corrupteurs et les corrompus, les crocodiles, les caïmans, les loups et les autres prédateurs de l’économie nationale. Afin qu’ils puissent être présents au Tribunal de l’histoire (ici même au Mali), payer leurs crimes, pour ensuite être exposés dans les vitrines de la honte et se noyer dans nos crachats.
Bonne et heureuse fin d’année mon oncle !

A l’année prochaine Inchallah !

Par ton petit Ablo

Source : aBamako

aBamako

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