08 Juin 2002 – 22 Mars 2012 : Comment se portait le Mali sous ATT ?

L’arrivée d’Amadou Toumani Touré au pouvoir était non seulement un moyen pour le président sortant Alpha Oumar Konaré de lui renvoyer l’ascenseur mais aussi d’assurer ses arrières. Par ailleurs, c’est le président Chirac qui usa de toutes ses influences, et de ses réseaux, en 2002, pour imposer au peuple malien ATT dont les traits de caractères ont été déterminants dans son choix : personnalité indécise, furtive, irresponsable, complexée, sans parole d’honneur, et aimant le double jeu. C’est dire que la France voulait un président qu’elle pouvait manipuler à sa guise.
Les traits de caractère d’ATT confirment par ailleurs les propos du président guinéen Alpha Condé, président du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) à savoir que «la France a un gros défaut : elle n’aime pas les intellectuels. Elle préfère des gens comme Bokassa et Mobutu, des gens qu’elle peut manipuler». C’est dire donc qu’ATT était un gouverneur nommé par la France au Mali. Après le refus d’autres pays africains de la phase expérimentale du visa biométrique français, c’est le «gouverneur ATT» qui l’a accepté.
Le Mali a été le premier pays visité par le ministre français de l’époque Nicolas Sarkozy, le jour où sa loi, qui durcit les conditions d’entrée et de séjour des étrangers en France passait devant l’Assemblée nationale française. Avec le président ATT, le Mali s’est transformé en laboratoire d’expérimentation de la politique d’immigration de la France.
Comme le dit un adage de chez nous : «le poisson commence à pourrir par sa tête». En effet, comment s’en prendre aux cadres véreux, aux politiciens affairistes et opportunistes, si le comportement du président de la République, sa gestion du pouvoir sont de nature à favoriser le trafic d’influence, le népotisme, l’impunité et la corruption.
Il a fallu qu’Amadou Toumani Touré retourne au pouvoir, le 08 juin 2002, pour qu’un phénomène de cours de courtisans s’installe au Palais de Koulouba et que la haute administration devienne un business center. Il fallait prouver une grande proximité avec les centres du pouvoir, ou une grande capacité de nuisance pour se voir confier des postes dits juteux dans ce pays pauvreté de la planète.
Souvent, il suffit d’appartenir à certaines familles pour ne jamais se soucier de quoi que ce soit afin profiter des ressources et des services du pays. Il vous reviendra alors de choisir ce que vous voulez faire du Mali et non ce que le Mali fera de vous.
Le système de promotion sociale politique et professionnelle est tellement falsifié et truqué que finalement personne n’y croit réellement. Ceux qui en jouissent sont généralement portés à avoir le porte-monnaie large pour s’assurer une certaine longévité. Au lieu d’être une République d’égalité, le Mali est bel et bien une entreprise privée où seuls les délinquants financiers y ont accès.
L’Initiative riz a coûté au budget national 42,65 milliards de nos francs pour remplir les poches d’un candidat à l’élection présidentielle qui devait avoir lieu, en 2012.
L’ex-BIAO a été cédée aux Marocains à la bagatelle somme de 44 milliards de francs CFA. Ces fonds se seraient retrouvés sur le compte personnel d’une haute personnalité malienne. La SOTELMA bradée au Maroc, ses fonds (180 milliards de F CFA) auraient subi le même sort que ceux de l’ex-BIAO.
Sous ATT, l’impunité était le mode de gouvernance
Comment lutter contre l’impunité et l’incivisme si les personnes supposées donner le bon exemple de civisme, à savoir les personnalités du pays, les forces armées et de sécurité, s’illustrent tous les jours dans le non-respect des textes en agissant dans le sens de leurs seuls intérêts personnels ?
A la question de savoir si le général Amadou Toumani Touré a peur de ses frères d’armes, on est enté de répondre par l’affirmatif. Sinon comment comprendre le refus de certains officiers militaires, bénéficiant du soutien d’ATT, de dédouaner leurs véhicules contrairement aux directives du ministre de l’Economie et des Finances ? Comment comprendre que certains officiers et sous-officiers (660) refusent d’aller de façon réglementaire à la retraite sous prétexte qu’ils ne sont pas prêts ?
Pire, les officiers militaires maliens et certains notables du Nord-Mali impliqués dans la vente d’armes provenant des stocks de l’armée malienne au Groupe Salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) n’ont jamais été inquiétés. Comment lutter contre l’impunité et l’incivisme si les policiers en charge de la circulation routière rançonnent à longueur de journée les transporteurs urbains, sans être inquiétés ?
Contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays, les responsables en charge de la sécurité étaient nommés sur instruction du président Amadou Toumani Touré.
Le comble est que la plupart d’entre eux sont soit des amis du «grin» du président, soit des hommes trempés dans des affaires de corruption, ou de cadres ayant déjà donné la preuve de leur incompétence.
Amadou Toumani Touré(ATT) et son parti unique appelé consensus
Le consensus, selon ATT, était une sorte de partage de gâteau et une entente mafieuse entre politiciens en dépeçant le pays pour se faire les poches, se moquer de la misère des populations d’ici la fin du mandat présidentiel.
Du 08 juin 2002 jusqu’au 22 mars 2012, le Mali a connu un recul démocratique, car le régime ATT a tout simplement tué au niveau des hommes politiques toute conviction, faisant d’eux des alimentaires qui attendaient qu’il les convie au repas national (le gouvernement).
Pr Dioncounda Traoré : ancien président de l’Assemblée Nationale du Mali. «Si le parti ADEMA ne soutient pas ATT à la présidentielle de 2007, il aura la Sécurité d’Etat sur son dos».
En 2002 l’arrestation du Président directeur général (PDG) de la Banque de l’Habitat du Mali (BHM), Mamadou Diawara a étalé sur la place publique les dessous d’un scandale politico-juridique : le pillage de la banque et destination des sommes. La BHM a été ce que fut la CMDT pour le régime ADEMA.
Créée en 1996, afin de permettre à tous les Maliens d’avoir un toit, la Banque de l’Habitat du Mali (BHM-SA est devenue en un temps record la propriété du parti de l’abeille. Les différents PDG qui se sont succédé de même que les chefs de division, étaient tous issus de l’ADEMA et les barons des partis alliés se sont bien servis à la BHM.)
Des politiciens comme Dioncounda Traoré sont prêts à vendre publiquement leur âme au diable pour avoir un strapontin dans le gouvernement.
Des politiciens, pour avoir un fauteuil ministériel, ont perdu toute notion d’humilité, sacrifiant ainsi leur avenir politique et sont devenus par la même occasion méconnaissable. C’est le cas du président du Mouvement patriotique pour le Renouveau (MPR), Choguel Maiga.
Oumar Hamadoun Dicko : président du PSP, ancien ministre des Maliens de l’Extérieur et de l’Intégration africaine et ancien président de la Commission d’organisation du cinquantenaire, Oumar Dicko fut l’avocat et le griot du régime ATT. Nommé ministre, il reconstruit son domicile paternel pour y loger. A la chute du président Amadou Toumani Touré, il est nommé conseiller spécial du président intérimaire de l’Assemblée Nationale du Mali (Younoussi Touré).
Housséini Amion Guindo, président du parti Convergence pour la démocratie au Mali (CODEM), fit campagne pour le troisième mandat du général Amadou Toumani Touré.
Des femmes politiques ont bradé leur formation politique, joué à la taupe au sein de leur parti au profit du régime PDES. (Mme Keïta Rokiatou N’Diaye et Mme Maïga Zeinab Mint Youba, toutes deux, anciennes ministres de la Santé).
Soumaila Cissé : président d’honneur de l’Union pour la République et la démocratie (URD), président de la Commission de l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest africaine) avait besoin du soutien du président ATT pour avoir un second mandat à la tête de cette institution sous-régionale a, à travers des responsables de sa formation politique dont Younoussi Touré, Oumar Ibrahim Touré, Abdoul Wahab Berthé, sacrifié les intérêts de son parti.
Le ministre Abdoul Wahab Berthé n’a-t-il pas dilapidé 300 millions destinés à l’ATVR à des avocats ?
De par son soutien à ATT, Soumaïla Cissé montre bien qu’il ne nourrit pas d’ambitions pour le Mali. «Soumi» est un exemple parfait de l’opportuniste politique malien qui, pour des intérêts personnels, s’est transformé en chantre d’ATT.
Me Mountaga Tall : président du Congrès national d’Initiative démocratique (CNID) et ancien 1er vice-président de l’Assemblée nationale est capable de toutes sortes de traitrise pour le pouvoir, Me Tall a engagé son parti derrière ATT, donnant ainsi à l’opinion publique qu’il est toujours un homme politique dont la fidélité n’est jamais constante et qu’il est très habile dans le retournement de veste au gré de ses intérêts du moment.
Maître Mountaga Tall et son ministre N’Diaye Bah ont escroqué Babani Sissoko. C’est en toute bonne foi que l’ancien milliardaire malien se confiait à Me Tall pour vendre son hôtel «Mariétou Palace». Mais au lieu d’une vente simple, Me Tall s’appuie sur diverses complicités dont celles d’un notaire de la place et de «son ministre N’Diaye Bah» pour monter une escroquerie de grande envergure.
Le prix de l’hôtel (3 000 0000 0000) de francs CFA est déposé dans un premier temps à la Banque commerciale du Sahel (BCS) puis dans un compte de l’Office malien de l’Hôtellerie (OMATHO), un service relevant du ministre N’Diaye Bah dont le directeur Oumar Balla Touré est un militant du CNID.
L’attitude du régime Amadou Toumani Touré à se faire entourer d’amis, de parents et d’hommes sans conviction, était une politique basée sur le régionalisme que le Mali n’a jamais connu avant l’avènement d’ATT au pouvoir.
S’il est vrai que le président ATT n’a pas l’étoffe intellectuelle nécessaire pour booster le développement du Mali, il est aussi vrai que les intellectuels qui l’entouraient et qui étaient censés le guider, étaient plutôt préoccupés par la recherche de profits.
On remarque enfin que le consensus concocté par le président ATT et son clan est un terrain investit par les leaders politiques qui ont échoué dans la reconquête du pouvoir et dans l’animation du jeu politique d’une part, et les membres de la famille Touré d’autre part.
Dans la gestion des affaires qui ont émaillé la période 2002-2006, le régime ATT a brillé par son absence, son irresponsabilité. Tout s’est passé comme si les mots punition, sanction étaient absents du vocabulaire de ce régime. ATT n’a-t-il pas donné la preuve à maintes reprises qu’il est dépassé par les évènements, lorsqu’il parle comme l’homme de la rue des tarifs d’électricité, du chômage, de la hausse des prix de céréales, de la démolition de l’église de Samaya, de l’insécurité, etc. ?
Pourtant, les responsables administratifs fautifs en charge de ces questions étaient tous nommés par ATT lui-même. Le 21 novembre 2005, sur décision de justice l’Eglise de Samaya a été démolie. Pour que cette décision de justice soit exécutoire, il a fallu qu’un décret pris sous Alpha Oumar Konaré et protégeant l’église de Samaya, soit abrogé. C’est dire que les autorités étaient bien informées de cette crise.
ATT, un apatride
Amadou Toumani Touré (ATT) fut le premier chef d’Etat au monde à rencontrer le président iranien Mahmoud Ahmadinead, qui est aujourd’hui l’un des hommes d’Etat dont la politique est décriée par l’Occident à cause de ses déclarations et de ses choix politiques qui risquent de bouleverser l’équilibre fragile du Moyen-Orient. Il a ouvert notre pays aux Iraniens (Ansar Dine de Iyad Ag prend sa source en Iran).
ATT a livré notre pays à la droite française, au détriment des intérêts maliens et des relations de bon voisinage avec certains de nos voisins en particulier la Côte d’Ivoire. Laurent Gbagbo a ouvert une chasse aux sorcières contre les Maliens de Côte d’Ivoire.
Pour preuve, lors du 23ème sommet Afrique-France tenu à Bamako, ATT s’est évertué à montrer à l’opinion nationale et internationale qu’il est un inconditionnel défenseur de Jacques Chirac et de la politique africaine de la France dont il a défendu le rôle de gendarme en Côte d’Ivoire au moment où des centaines d’immigrés africains sont humiliés, enchainés et rapatriés dans leurs pays d’origine. ATT a reçu le chef rebelle des forces nouvelles ivoiriennes, Guillaume Soro comme un chef d’Etat à Bamako.
Rappelons que les 60 milliards de francs CFA de la casse de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) de Man (RCI) ont été investis à Bamako par ATT et certains officiers des renseignements généraux.
Il est établi que les terroristes du Groupe Salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) qui activent dans la zone frontalière avec l’Algérie étaient soutenus, au su des responsables maliens, en logistique militaire et autre, aussi bien par des tribus touareg installées dans le nord du Mali et du Niger que par des réseaux liés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).
Pis encore, l’irresponsabilité des autorités maliennes a généré une situation beaucoup plus dangereuse qui pourrait avoir des conséquences dramatiques sur la sécurité et la stabilité de la sous-région. Il s’agit de l’arrivée des ex-combattants de Libye sur le territoire malien avec d’importants moyens logistiques.
Safounè KOUMBA

Source : aBamako

aBamako

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