Tentatives d’arracher le sommet à Bamako : Echec et mat !

La désignation du Mali par ses pairs pour abriter et organiser le sommet Afrique-France en ce mois de janvier 2017 est un grand honneur pour notre pays qui marque ainsi son grand retour dans le concert des nations, après avoir traversé des années sombres de son histoire. C’est en période de grande difficulté que l’on compte ses vrais amis, dit-on. Si cela est vrai, le Mali comptera toujours le président de la République française, François Hollande, parmi ses grands amis. Et le choix du Mali pour abriter le 27è sommet Afrique-France de ce début du mois de janvier 2017 qu’il a inspiré et promu reste encore une grande preuve de son attachement au Mali. N’en déplaise aux acteurs de l’intense lobbying pour délocaliser cette rencontre.

François a accordé sa confiance à Bamako et a tenu bon, très bon d’ailleurs, malgré l’appel insistant des sirènes demandant la délocalisation de ce sommet. Plusieurs tentatives de déplacement du sommet de Bamako vers Abidjan ont eu lieu, mais aucune n’a abouti. Et Bamako, en toute sérénité, suivait les agitations de ceux qui travaillaient à “arracher” à Bamako son sommet, même si, en un moment donné ce lobbying pour dessaisir le Mali, au profit de la Côte d’Ivoire, avait commencé à envelopper d’un nuage opaque les relations entre Bamako et Abidjan. Il a fallu une intervention de Daniel Kablan Duncan, Premier ministre ivoirien, au détour d’une interview sur cette question, pour calmer le jeu: “Abidjan ou Bamako, c’est la même chose. L’essentiel est de voir l’Afrique de l’Ouest en tant que zone. Nous aurons à Abidjan un grand sommet plus large entre l’Union européenne et l’Afrique, probablement en novembre 2017. C’est donc bien de se partager les événements. Bamako est finalement tout près d’Abidjan ” a laissé entendre le chef du gouvernement ivoirien.

C’est le cas aussi du Medef, le mouvement patronal français qui regrettait un moment que le sommet prévu à Bamako ne se soit pas tenu à Abidjan, avançant comme argument les performances économiques de la Côte d’Ivoire qui affiche un taux de croissance de 9% au moins depuis cinq ans.

“Mais nous allons aussi en faire un sommet économique”, se résigne le président du syndicat patronal français, Pierre Gattaz, lors d’une conférence qu’il a animée à la mi-novembre dans les locaux du Medef. Qu’importe ! L’essentiel, pour nous, c’est de voir le Medef s’engager à contribuer à la réussite de ce grand rendez-vous international qui prouve que le Mali reste encore maître de son destin. En d’autres termes le Mali a trébuché, mais reste encore solidement debout.

Heureusement que l’organisation patronale française s’est ravisée pour se décider à apporter sa contribution positive à la réussite de ce sommet et œuvre en ce sens. Il faut, de ce point de vue, comprendre le patronat français qui fait du business et ne réfléchit que pour le business. Dans un contexte où au niveau de la Communauté internationale on hésitait encore à faire confiance au Mali, notamment en matière de sécurité pour relever le défi d’une aussi grande organisation, il fallait être François Hollande pour croire en la capacité du Mali de tenir le pari. C’est là où gît tout le mérite du Président français, lequel a donc droit à tous les honneurs de la part du peuple malien et des amis du Mali.

Cela ne pouvait être autrement si l’on s’en réfère à son discours à Bamako en 2013, après la libération entière du territoire malien de l’assaut djihadiste. A la très symbolique place de l’Indépendance du Mali, François Hollande, debout à côté du Président de la Transition du Mali, Pr Dioncounda Traoré, s’exprimait ainsi : “La France est à vos côtés, non pas pour servir, je ne sais quel intérêt, nous n’en avons aucun, non pas pour protéger telle ou telle faction, ou pour tel ou tel parti du Mali…

Non, nous sommes à vos côtés pour le Mali tout entier et pour l’Afrique de l’Ouest… Nous nous battons en fraternité, Maliens, Français, Africains parce que moi je n’oublie pas que lorsque la France a été elle-même attaquée, lorsqu’elle cherchait des soutiens, des alliés, lorsqu’elle était menacée pour son unité territoriale, qui est venu alors ? C’est l’Afrique, c’est le Mali. Merci, merci au Mali. Nous payons aujourd’hui notre dette à votre égard… La France est aux côtés du Mali par ses soldats mais elle est aussi aux côtés du Mali par son aide, par son soutien. Nous avons décidé d’être à vos côtés pour vous accompagner dans le redressement économique; dans la renaissance de vos services publics, pour l’éducation, la santé, la sécurité.”

On a l’impression d’entendre François Mitterrand dont il est l’un des héritiers. En effet, ainsi s’exprimait Mitterrand au sommet des chefs d’Etat d’Afrique et de la France en 1994 à Biarritz (France) : “Pour ma part, je me suis toujours opposé aux tentations déclarées ou insidieuses de brader la politique africaine de la France, ou de décider pour tel ou tel pays, à la place de ceux qui en avaient la charge, comme si nous étions des prophètes inspirés, chargés de dicter aux peuples africains ce qui était la voie la meilleure pour eux. Ce sont des tentations permanentes, une forme de colonialisme renversé que je n’accepte pas plus que les autres (…) J’en appelle à ceux qui auront après moi la charge des affaires du pays. La France ne serait plus tout à fait elle-même aux yeux du monde, si elle renonçait à être présente en Afrique, aux côtés des Africains, pour être à côté d’eux tout simplement, pour contribuer à construire un cadre de paix, de démocratie et de développement, pour réussir ensemble une grande aventure humaine, au pire des difficultés, mais en gardant ses vieilles traditions, ses fortes cultures, et cette nature des hommes qui espèrent et qui croient toujours en la chance de l’humanité”.

Une chose est sure: François Hollande l’Africain, comme on l’appelle affectueusement dans certaines parties et de la France et de l’Afrique, a su redéfinir les rapports entre la France et l’Afrique en général et les anciennes colonies françaises en particulier. En effet, avec Hollande, on est loin, très loin, des méandres de la fameuse et sulfureuse Françafrique, dont la simple évocation fait frissonner la jeunesse africaine qui se dit : “Dieu, pas nous !“.

Effectivement, c’est avec douleur que l’on se souvient du prédécesseur de François Hollande à l’Elysées, un certain Nicolas Sarkozy qui affirmait en 2006, péremptoirement: “Economiquement, la France n’a pas besoin de l’Afrique”. C’était après nous avoir mis, en étonnant néo Hégélien, à la marge de l’Histoire du monde, suscitant de vives réactions des intellectuels africains dont au premier plan ceux du Mali.

Sarkozy tentera de faire oublier ses sorties malencontreuses, notamment en affirmant le 31 mai 2010 que “la France et l’Europe ont autant besoin de l’Afrique que l’Afrique a besoin de l’Europe et de la France…L’Afrique est notre avenir ” disait Sarkozy, à l’occasion du 25è sommet Afrique-France organisé à Nice et qui est présenté comme le sommet de la redéfinition d’un nouveau cadre de partenariat entre la France et l’Afrique.

Depuis lors, il a coulé beaucoup d’eau sous le pont de l’histoire. Et en lieu et place de grands projets de développement, la guerre contre le terrorisme imposée au Mali et à une partie de l’Afrique prenait le pas sur les autres préoccupations. Raison pour laquelle, pour le président de la République du Mali, Ibrahim Boubacar Keïta, ce 27è sommet Afrique-France qui se tient à Bamako est l’occasion idéale de tourner la page sécuritaire pour reparler d’économie, de progrès social et de soutien à la jeunesse. Des pans importants de son programme d’activités pour lequel il compte présenter un bilan de réalisations élogieux à l’échéance de 2018 qui s’approche à pas de géants.

A.B. NIANG

Source : aBamako

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