Divergences – soupçons – accusations : Clash au sein de l’opposition?

Chacun pour soi, Dieu pour Tous ! Tel semble désormais la devise de l’opposition politique malienne qui s’avère de plus en plus désunie. Il n’y a plus d’opposition au Mali, affirment volontiers bon nombre d’observateurs. Si ce n’est pas encore véritablement le cas, on tend tout bonnement à cela. L’opposition, pilotée par un cadre désormais suspecté d’être trop doux avec Koulouba, tangue avec de nouveaux remueurs qui annoncent partant, un membre influent. L’opposition serait-elle en voie de s’éclater, comme elle est née ? En tout cas, les divergences s’étalent au grand jour. Et le clash s’annonce sur fond de soupçons et d’accusations.

L’Urd et le Parena symbolisent l’opposition au Mali. D’autres partis, dans une moindre mesure, se manifestent généralement à travers des conférences de presse. Mais, le plus dramatique, c’est que ces quelques rares partis agissent en rangs dispersés, de sorte qu’il n’y a aucun impact dans leurs actions. Pour couronner le tout, des dissensions et des divergences de vue s’invitent régulièrement dans leurs débats chaque fois qu’ils daignent une action concertée et commune. Chaque parti agit en son propre nom, contrairement à une opposition soudée, donc plus forte.

L’une des rares fois que l’opposition a donné un signe réel d’union et d’action concertée, c’était à la faveur du débat autour de l’«Accord pour la Paix et la Réconciliation au Mali issu du Processus d’Alger ». Mais, ce semblant d’unité a fait long feu, le communiqué commun ayant failli consacrer la cassure au sein de l’opposition. Et pour cause : une divergence de points de vue sur des terminologies : « prendre acte » et « se démarquer » de l’Accord. Pendant que le parti Fare An ka wuli se dit favorable à la démarcation pure et simple, les autres  membres de l’opposition prônent la souplesse. Finalement, il y a eu deux communiqués pour une seule opposition.

Sur d’autres sujets, comme la tenue de concertations nationales, les cadres de l’opposition ont encore étalé leurs divergences, à la limite une guerre de leadership. On se souvient du cas Urd vs Fare Ankawuli. Les désaccords ont été brandit par le second à la faveur de l’interview qu’il a accordée à RFI à propos de la tenue desdites concertations, réclamées à cor et à cri par l’opposition comme préalable à une sortie de crise. A la question du journaliste à savoir si lui Modibo aussi demandait une grande concertation comme le souhaitait Soumaïla Cissé, il répond que « je ne dis pas exactement la même chose que Soumaïla Cissé pour la bonne raison que çà, c’est une démarche que les Fare ont prôné dès le lendemain de l’arrivée au pouvoir du Président Ibrahim Boubacar Keita. Nous préconisons cela pour avoir un véritable projet partagé par l’ensemble des Maliens ». Et Modibo d’ajouter : « Et c’est important qu’on se parle, qu’on soit dans un dialogue véritablement refondateur. Donc, je ne dis pas la même chose que lui. Peut-être c’est lui qui dit la même chose que nous, depuis le temps qu’on essaye de le répéter ».

Ces propos de l’ancien premier ministre d’ATT prouvent, selon des observateurs, à suffisance les alter egos qui existent entre ces leaders politiques. Ces mêmes divergences de vue sont également apparues entre ces deux leaders politiques en plusieurs moments, notamment lors du meeting populaire organisé par les partis politique de l’opposition en Avril 2014 au Palais de la Culture Amadou Hampâté Ba où le Président des Fare était aux abonnés absents. Il était également absent lors de la grande marche organisée par l’opposition contre la vie chère, la mauvaise gouvernance bien que des cadres de son parti y ont pris part. C’était courant 2015.

Partant de ces constats, tout observateur politique est en droit de parler de manque de cohésion au sein de l’opposition.

Aussi, Modibo Sidibé, bien que membre de l’opposition, semble être plus proche de l’Adema-Pasj auprès duquel, il prône la formation des partis politiques de gauche pour affronter les élections de 2018. « Modibo Sidibé ne manque jamais une rencontre des abeilles dans le district Bamako avec toujours le même message : le futur rapprochement des Fare et l’Adema-Pasj », selon un responsable politique.

 

Deux pôles de l’opposition

Autre dysfonctionnement au sein de l’opposition malienne : la création des initiatives d’exclusion, à l’image du Pôle de la Gauche républicaine, démocratique, sociale et progressiste initié par Dr Soumana Sako de la Cnas-Faso Hèrè, Modibo Sidibé des Fare Anka Wuli et Daba Diawara du Pids. Dans son manifeste et sa charte, le Pôle de la Gauche malienne édicte des principes qui excluent d’office moult partis politiques maliens dont plusieurs partis de l’opposition.

Aussi, estimant que l’actuel chef de file de l’opposition s’avère quelque peu politique et à la limite, soupçonnée d’accointance avec le pouvoir en place, d’autres partis (l’Adp-Maliba, Sadi, Rpdm, Pdes, Pids…) avaient tenté de créer un nouveau front.  Ces chefs de partis de l’opposition et non des moindres ont, durant quelques semaines, multiplié des rencontres discrètes. Lesquelles rencontres ont été tenues à l’absence de Soumaïla Cissé que l’on dit « handicapé et fragilisé par son statut de chef de file ». Ce qui, aux dires de ses détracteurs, aurait fait rater les meilleures opportunités à toute l’opposition de porter un sérieux coup à la majorité.

Également aussi au sein de l’Assemblée nationale, deux pôles de l’opposition font face : l’opposition classique, dite VRD, conduite par le chef de file; et l’autre, forgée par l’alliance Adp-Maliba-Sadi. Cette dernière se veut totalement différente du premier bloc oppositionnel avec lequel elle n’entend avoir aucun lien idéologique. Dans l’entourage de ce nouveau bloc oppositionnel, on estime que le VRD n’est pas être suffisamment active, en matière de contrôle de l’action gouvernementale. Oumar Mariko n’a jamais digéré le fait, pour le chef de file de l’opposition, d’accepter que sa couronne oppositionnelle soit érigée par le truchement d’une disposition réglementaire qui en fixe les contours. Prétexte occasionnel ou volonté politique affirmée ? Toujours est-il que même membre de la majorité présidentielle, le Dr. Oumar Mariko n’a pas voulu voter cette loi, instituant le statut de l’opposition.

Comment des partis d’opposition, aux idéologies politiques différentes, peuvent-ils agir ensemble de manière efficace ? Telle est la réalité de l’opposition malienne qui, depuis un certain temps, en ajoute à la confusion en s’associant avec la mouvance présidentielle pour organiser des manifestations. Cette nouvelle donne serait l’œuvre d’un poids lourd de l’opposition. Lequel semble déjà démarché, voire débauché par le pouvoir. L’homme serait en train de jeter l’anathème sur ses compagnons pour bénéficier de la grâce présidentielle et rêve secrètement d’un poste ministériel, indique-t-on dans certains milieux politiques de la capitale. Il est donc dans les sillages d’un autre cadre de l’opposition, une des pièces maitresses du groupe, qui a jeté l’éponge, parce que se sentant obligé de soutenir le processus de paix et de réconciliation en cours. Ce dernier voue désormais aux gémonies les anciens amis.

On vit alors la dissension, avant le chaos. Car, certainement, avant l’élection de 2018, le reste de bien d’autres cadres de l’opposition signeront leur départ. La mouvance présidentielle aura réussi son pari, surtout qu’au sein de l’opposition l’heure n’est pas à la confiance mutuelle. Les uns soupçonnant les autres de courir derrière des strapontins.

IBD

 


Source : Maliweb

Maliweb

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