Crise au nord-Mali : Quelle solution définitive ?

Il faut comprendre comme l’a si bien dit le professeur Hamani Djibo qu’il n’est pas facile de gouverner plusieurs communautés rivales sur de vastes étendues territoriales (souvent délaissées) et de faire preuve d’ouverture d’esprit, sans être accusé de laxisme par l’une ou l’autre d’entre elles. Les solutions mises en œuvre se sont révélées insuffisantes pour mettre fin aux précédentes crises.

Nul, doute que «pendant la période coloniale aussi bien que post-coloniale, personne n’a cherché à répondre véritablement aux aspirations des communautés touarègues (plutôt, du containment) parfois, contradictoires». Il revient donc à l’Etat malien de régler ces problèmes dont il a hérité.

Autrement dit, toute solution doit au préalable passer par la restauration d’un véritable climat de confiance. Malheureusement, cela n’a pas été suffisant, car le fossé entre les régions Nord et celles du Sud s’est élargi, du fait de la marginalisation et de l’injustice ressentie.

De plus, pendant plusieurs décennies, le Mali-Nord symbolisait l’oubli, car il a servi de «bagne» ou disparaissaient avec le temps, de nombreux cadres militaires et civils, tandis que le Sud est synonyme de progrès et de «Mali utile».

Toutefois, on peut faire remarquer aux Touaregs que d’autres communautés, moins visibles, souffrent également de précarité et d’exclusion au Nord. Il importe, dès lors de cesser de recourir systématiquement aux armes pour se faire entendre : les attaques de casernes, les prises d’otages, et toutes formes de violence sont à proscrire, sous peine de perdre toute légitimité.

Si, cette voie nous semble prioritaire, elle renvoie à une question épineuse : Si, les Touaregs n’avaient pas pris les armes, leurs revendications auraient-elles été prises au sérieux ? Le doute subsiste, même s’il ne s’agit pas là, de faire l’apologie de la violence pour recourir à ses fins, la solution du conflit touareg est politique. Cela nécessite une profonde réforme du secteur de la sécurité et de la justice.

Il faut commencer dès maintenant, car il est très important de trouver une solution durable à cette crise. C’est pour cela qu’il est urgent de remilitariser une partie de la police, afin de pallier l’insuffisance des forces armées maliennes qui ont du mal à rassurer er sécuriser les populations. Dans ce contexte, comment l’Etat malin doit-il trouver un équilibre social, ethnique, économique et politique pour cesser toute reprise du conflit ?

Ainsi, trouver une solution à ces différentes rébellions n’imposera donc pas seulement à repenser la décentralisation comme le principal mode de gestion des communes.

Régler cette crise suppose, par exemple, nous semble-t-il, une redéfinition plus large de l’Etat. Avec plus de volonté, les autorités maliennes pourront rétablir la confiance et pacifier le Nord du pays.

Ensuite, il faut revoir les textes régissant la pratique du culte islamique, allant de l’accueil des professeurs ou associations étrangères à la sensibilisation ou l’enseignement de l’islam, en passant par l’instauration d’une carte des mosquées ou d’autres structures islamiques ; et des sanctions en cas de dérives.

Le retour à un Etat laïc, débarrassé de toute influence islamiste extérieure et intérieure (comme, celle du haut conseil islamique) ne sera effectif, lorsqu’on respectera réellement les fondements de la constitution malienne du 22 février 1992. Par exemple, le Titre II de l’article 25 fait référence au caractère démocratique, républicain, social et laïc du Mali.

Aussi, s’il y a eu une concertation dite «nationale» sur la crise malienne, il n’y a pas eu malheureusement, un véritable débat sur les fondements d’un nouvel État. De nombreux leaders politiques de l’opposition, notamment les anciens Premiers ministres, Modibo Sidibé et Dr Soumana Sako, ont dénoncé la manière dont sont tenues les assises sur la situation politico- sécuritaire.

Critiquant l’accord de paix, ces derniers pensent qu’en acceptant de reconnaitre «l’identité mémorielle de l’Azawad», le pouvoir central accepte de fait, son existence.

Globalement, il faut non seulement un traitement social du terrorisme et de la rébellion, mais aussi monter une volonté de développer et décentraliser l’Etat malien, dépouillé de clientélisme et de corruption à tous les niveaux. Faut-il alors, privilégier la solution d’un Etat ou d’auto-détermination souhaitée par le MNLA ?

Au-delà du processus de négociation (2014-2015), l’organisation d’un référendum pourrait être aussi une option pour une sortie de crise déffinitive, car le peuple n’a jamais été consulté. Au contraire, il subit les conséquences de ces conflits récurrents.

À minima, la question référendaire pourrait concerner seulement les populations du Mali-Nord de manière simpliste : «êtes-vous pour ou contre la création d’un Etat fédéral» ? Ou encore : «approuvez-vous la création d’un Etat pour l’Azawad» ?

L’organisation d’un tel scrutin doit être placée sous l’égide des Nations-Unies, de l’Union africaine et de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), afin d’éviter toute manipulation ou tentative de fraude de la part des parties concernées.

Les résultats de ce référendum pourraient servir de base pour les négociations concernant la gouvernance de ces régions. Il serait judicieux, de rappeler aux autonomistes du MNLA, que toute déclaration unilatérale d’indépendance de l’Azawad, nécessiterait d’abord l’aval du Mali et une reconnaissance légitime de la communauté internationale, fondée sur des bases juridiques.

Nous rejoignons à cet effet, l’analyste du chercheur Hamani Djibo qui pense que poser le conflit au Mali comme au Niger, sous l’angle d’une «question touarègue», serait porteur de danger. Il s’agit pour lui, d’une question nationale : «ce n’est pas parce qu’il s’agit de régions riches en uranium ou en pétrole qu’il faut faire des entités particulières».

Pour autant, H. Djibo rejette sur les Etats abritant des communautés touarègues (Niger et Mali) la responsabilité d’entamer l’intégration de ces populations, en faisant de leurs besoins l’une des priorités du développement national appuyé sur des choix pertinents.

Au Mali, en privilégiant une seule région, celle de Kidal avec un statut particulier sur les trois qui composent le Nord, et une seule communauté (les Touaregs), le pouvoir central a créé une frustration au sein des autres entités de la région.

C’est dans ce contexte que le COREN (Collectif de ressortissants du Nord) a refusé de considérer le Mouvement national de libration de l’Azawad (MNLA) comme la seule organisation représentant le Nord. Ce qui nous amène à dire qu’il n’y a pas de remède miracle à ce conflit, car nous n’avons point l’intention de nous substituer aux nombreux négociateurs qui prendront les décisions, destinées à dénouer la crise.

Cependant, notre regard de chercheur nous pousse à savoir, si l’application stricte de la décentralisation ne provoquera-t-elle pas plus de problèmes que de solutions. Nous pensons que le cas touareg demeure tellement complexe qu’il serait difficile d’invoquer la décentralisation comme la seule et éventuelle solution.

L’appliquer, c’est également faire l’impasse sur les divergences entre les différentes tendances qui dépassent parois le cadre local, car de nos jours comme par le passé, demeure un clivage profond au sein des communautés touarègues à c sujet.

Auparavant dans les années 1990, les partisans du fédéralisme avaient longtemps, ouvertement refusé le modèle de l’Eta-nation-territoire centralisé, prônant à un système politique confédéral large, basé sur les assemblées, l’arbitrage ; et la constitution de réseaux par définition hétérogènes.

En 2012, la mouvance séparatiste, en particulier du MNLA reprend à son compte le modèle de l’Etat-nation, demandant la création d’un Etat Azawad qui serait seul, à même de garantir la survie des peuples de l’Azawad, en général sans tenir compte de l’avis des communautés non touarègues.

En revanche, d’autres tendances dites «réalistes» réclament une meilleure intégration des populations touarègues au sein de l’Etat malien. Pour autant, si aujourd’hui plus de 70% de la population malienne vit dans le Sud du pays considéré comme le «Mali utile» par certaines populations qui y vivent, le Nord «inutile» devient utile, car il tient la clé de son unité et de ses ressources d’avenir (au cas ou elles existeraient).

Il faut se préparer sans doute à une future gestion des espaces nationaux, parce que l’avenir impose des migrations vers le Nord (avec la création de la région de Taoudéni) qui possède un atout touristique ; et ou le sous-sol serait riche en pétrole et en uranium.

Ainsi, ces régions pourraient devenir de véritables pôles d’attraction, notamment par les signatures des conventions pour l’exploration des énergies fossiles. Le réaménagement du système des lacs (Faguibine), véritable zone agro-pastorale constituerait un levier économique pour la région.

Enfin, la bonne gouvernance, la démocratie et la concertation semblent être des conditions préalables pour débattre les problèmes relatifs au conflit touareg. Il s’agit entre autres de :

– matérialiser la présence de l’Etat au Mali-Nord en y multipliant les pôles économiques, les centres d’accès à l’éducation et à la santé, en tenant compte du contexte de l’éloignement ;

– promouvoir la formation professionnelle et ouvrir l’accès de tous les emplois aux populations concernées sans discrimination ni injustice ;

– favoriser réellement la coopération décentralisée avec les Etats voisins, gage de tout développement pour ces régions marquées par la précarité.

Source : Le conflit touareg et ses enjeux géopolitiques au Mali

Source : aBamako

aBamako

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