Nord: quand la propagande sert de plan de guerre

L’incapacité de l’Etat malien à récupérer Kidal et à asseoir son autorité sur l’ensemble du nord est patente. Pour ranimer l’espoir, le gouvernement fait beaucoup de propagande, croyant que la communication remplace l’action. Et pour rendre la propagande davantage crédible, il y associe l’armée, laquelle a même créé un service de communication spécialisé dans la désinformation: la DIRPA (direction de l’information et des relations publiques de l’armée).

Propagande sur la conquête de Kidal

En janvier 2013, la DIRPA était animée par deux officiers supérieurs – le lieutenant-colonel Souleymane Maiga, chef de la DIRPA, et son adjoint, le lieutenant-colonel Souleymane Dembélé – qui, deux fois par semaine, se tenaient au micro devant la presse pour, disaient-ils, « faire le point de la situation au front ». En fait de point de situation, les deux officiers, ou si vous voulez les deux Souleymane, abreuvaient plutôt les journalistes d’annonces creuses et sans lendemain. Ils ont ainsi affirmé une première fois que l’armée était déjà entrée à Kidal sur les pas de l’Opération française Serval. La fois suivante, voyant que tout le monde savait que les soldats maliens ne se trouvaient point à Kidal, les deux communicateurs de la DIRPA corrigent le tir. Cette fois, à leurs dires, l’armée malienne se trouvait « en route pour Kidal ». Et pour ne pas risquer un nouveau et cinglant démenti des faits, ils précisent: « Les Français sont allés à Kidal par avion; nous, nous y allons par la route et le chemin est très long! ». A ce jour, l’avion n’est toujours pas arrivé à destination. Panne de carburant ?

Propagande sur les avions brésiliens

Après le feuilleton des deux Souleymane, s’ouvre une autre histoire de propagande. Suite aux nombreux revers de l’armée, le ministère de la Défense annonce avoir signé avec la société brésilienne « Embraer Defense & Security » un contrat portant sur l’acquisition de 6 avions de combat « A-29 Super Tucano ». Ces avions, selon le département de la Défense, devaient servir aux forces aériennes maliennes pour des missions de surveillance des frontières, d’entraînement des troupes et de sécurité intérieure. Le contrat, qui aurait été signé au salon du Bourget (France), incluait « un support logistique » et un programme « d’entraînement pour les pilotes et mécaniciens » de l’armée de l’Air malienne. De cette date à aujourd’hui, les Maliens n’ont pas receptionné le moindre bombardier « Tucano ». D’ailleurs, lors d’un discours tenu à Ségou où il assistait aux obsèques des soldats tués à Nampala en juillet 2016, le président IBK lui-même reconnaîtra que notre armée a besoin d’avions pour surveiller son territoire et qu’on l’empêche d’en acquérir. Qui l’en empêche ? IBK ne l’indique pas…

En fait, le seul avion acquis par le Mali et effectivement livré est un avion de 24 places privé de tout moyen de combat ou de surveillance. Une sorte d’ambulance volante qui a notamment servi à évacuer sur Bamako les soldats blessés lors de l’attaque de Gao le 18 janvier 2017.

Propagande sur Nampala

L’attaque de Nampala du 19 juillet 2016 offre encore l’occasion au ministère de la Défense de faire un peu de propagande. L’attaque du camp de Nampala perpétrée, le 19 juillet 2016 par le groupe djihadiste Ansar Dine, fait un bilan de 17 soldats tués et de 35 blessés. Le ministre de la défense, Tièman Hubert Coulibaly, en faisant le bilan, annonce que l’armée est déjà sur place pour sécuriser les lieux. Il ne fait pas état de soldats disparus.

Or, dans les heures qui suivent, le maire de Nampala, dans un entretien accordé à certains médias, annonce que durant toute la journée de l’attaque, l’armée n’avait pas remis les pieds à Nampala. En plus du maire, les populations de Nampala déclarent avoir passé la nuit en veille. « Les militaires repliés ne sont jamais retournés et aucune armée n’a été dépêchée par les autorités pour la sécurisation de la zone. Les assaillants étaient venus prendre les armes qui les intéressaient dans le camp; ils ont brûlé tout le reste puis sont repartis sans être inquiétés », affirment plusieurs habitants. Ces témoignages, on le voit, confirment la propagande du ministère chargé des armées.

Le ministre de la Défense, comme indiqué plus haut, a gardé le silence sur la disparition de certains de nos soldats. Il a fallu que le groupe terroriste « Ansar Eddine » diffuse, le mercredi 3 août 2016, la photo de 5 soldats maliens capturés à Nampala pour que le gouvernement passe aux aveux. Le 4 août 2016, au cours d’un point de presse, le porte-parole du département de la Défense, le Colonel Abdoulaye Sidibé, reconnaît que la vidéo sur laquelle les 5 soldats déclinent leur identité et leur grade dans l’armée malienne est authentique. Selon le colonel, le rapport d’enquête diligentée sur le terrain, le 24 juillet, suite aux événements de Nampala confirme effectivement un bilan de 17 morts, de 37 blessés et de …6 portés-disparus.

Propagande sur l’émir capturé

Dans le dossier de Nampala, le gouvernement se prend les pieds dans une autre propagande. En effet 72 heures après l’attaque de Nampala, les services de renseignements annoncent avoir arrêté Mahmoud Barry alias Abou Yehya. Selon le communiqué officiel publié en l’occurrence, Mahmoud Barry est l’émir de la « katiba » (brigade) « Ansar Eddine » du Macina. En réalité, il n’en est rien. Barry a été arrêté bien avant les attaques et n’est émir d’aucune « katiba ». Detenu au moins un an avant les événements de Nampala, il était recherché par ses parents qui n’auront de ses nouvelles qu’à travers la publication de sa photo à la télé et sur les réseaux sociaux.

Le GATIA prend le relais de la propagande

Sans doute fatiguée de ne pas être crue, l’armée passe la main au groupe d’autodéfense pro-gouvernemental « GATIA ». Depuis un certain temps, ce groupe multiplie les déclarations de victoire sur les rebelles de la CMA. Suite aux combats entre le GATAIA et la CMA les 9 et 10 août 2016, et faute d’entente entre eux les pourparlers menés à Bamako, le GATIA lance à la CMA un ultimatum de 30 jours pour quitter la ville de Kidal. En attendant, le GATIA affirme avoir encerclé Kidal. Or, depuis 6 mois que l’ultimatum est lancé, la ville de Kidal n’est pas toujours pas tombée aux mains du GATIA!

Le GATIA ne s’arrête pas là. Dans une interview accordée le 1er février à la presse, le secrétaire général du GATIA, Fahad Ag Almahmoud, annonce l’entrée imminente de ses combattants à Kidal. Dans l’interview, Fahad reconnaît que le GATIA a été forcé de quitter Kidal le 22 juillet 2016. Toujours aux dires de Fahad, les forces internationales ont placé une zone de sécurité autour de la ville pour empêcher le GATIA d’y rentrer. Pourquoi ne l’a-t-il dit en temps utile ?

Abdoulaye Guindo

Source : aBamako

aBamako

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