Soumaïla Cissé aux journalistes : « Continuez à dénoncer les dérives! »

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Respectant une tradition établie depuis quelques années, le président de l’Union pour la République et la démocratie (Urd) et chef de file de l’opposition, Soumaïla Cissé, a présenté mardi 31 janvier dernier ses vœux à la presse malienne et étrangère. Innovation de taille : à la place du procès du régime en place (projeté dans un documentaire au vitriol), Soumaïla Cissé a axé ses vœux essentiellement sur un vibrant hommage aux hommes de médias au Mali, en Afrique et à travers le monde. En 2016, 74 journalistes ont été tués en faisant leur métier, rappelle le CFO, qui s’inquiète aussi du nombre de confrères emprisonnés dans le monde : 348, soit un bond de 6 % par rapport à 2015. «C’est inquiétant ! », soupire-t-il.

Pour le cas particulier du Mali, Soumaïla Cissé le constat triste, sinon alarmant, à l’image du journaliste Birama Touré, mystérieusement disparu depuis le 29 janvier 2015. Le président de l’Urd interpelle encore une fois de plus les autorités compétentes de notre pays pour que toute la lumière soit faite sur cette affaire. Il exhorte les journalistes maliens à ne pas céder aux menaces et à continuer à dénoncer les dérives. Avec ce slogan : Résister. Ne point céder. L’intégralité du discours de vœux !

«…C’est un agréable plaisir pour moi de me retrouver avec vous pour accomplir une tradition, celle de présenter mes vœux à l’occasion du Nouvel An 2017.

Permettez-moi tout d’abord de remercier les chefs de partis et toutes les autres éminentes personnalités qui ont bien voulu eux aussi sacrifier à la tradition en répondant à notre invitation.

Je voudrais présenter au nom de l’URD et en mon nom propre mes vœux de Santé, de Bonheur, de Prospérité et de plein succès aux professionnels des médias que vous êtes, à vos familles, à vos partenaires ainsi qu’à vos auditeurs, téléspectateurs et lecteurs.

J’associe à ces vœux une fois de plus l’ensemble du Peuple Malien, que la nouvelle année soit pour notre pays une année de paix, de réconciliation, de quiétude et de prospérité.

L’année 2016, tout en étant riche en évènements a été particulièrement éprouvante pour vous les journalistes.

En effet, en 2016, 74 journalistes ont été tués en faisant leur métier, tués tout simplement en voulant informer la population. Tel est le bilan macabre que l’ONG Reporters Sans Frontières a présenté à la fin de 2016, contre 110 décès enregistrés en 2015.

Et pourtant, Reporters Sans Frontières ne se réjouit pas de la baisse du nombre de décès par rapport à l’année dernière. Selon elle, « cette baisse s’explique largement par le fait que les journalistes n’ont pas eu d’autres choix que de fuir les pays devenus trop dangereux pour eux. »

Selon Christophe Deloire, secrétaire général de l’ONG, « la violence contre les journalistes est de plus en plus délibérée. Ces derniers sont clairement visés et assassinés parce qu’ils sont journalistes. Cette situation alarmante traduit l’échec patent des initiatives internationales en faveur de la protection des journalistes. Elle signe l’arrêt de mort de l’information indépendante dans les zones où la censure et la propagande s’imposent par tous les moyens. Pour que le droit international puisse être appliqué, l’ONU doit instaurer un mécanisme concret de mise en œuvre de résolutions. Avec l’arrivée d’un nouveau secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, il est urgent que soit nommé un représentant spécial pour la protection des journalistes. »

Je ne cesserai jamais de rappeler que l’URD est disposée à approfondir et à appliquer toutes les initiatives visant à protéger les journalistes contre ces exactions indignes de notre époque.

Aux familles des victimes et au monde de la presse, je présente mes condoléances les plus attristées. Je souhaite également prompt rétablissement à tous les blessés de ces douloureux événements.

Je profite également de l’occasion pour réitérer nos condoléances aux familles des journalistes maliens décédés en 2016.

Si 74 journalistes ont été tués, 348 sont également emprisonnés dans le monde. Ce chiffre a bondi de 6 % par rapport à l’année dernière. C’est inquiétant !

Aucun patriote digne de ce nom ne peut et ne doit se taire face à de telles situations. La liberté d’expression chèrement acquise doit être jalousement entretenue pour le confort de la démocratie.

Au Mali ; le constat est triste sinon alarmant! Il y a juste une année ; le journaliste Birama Touré a mystérieusement disparu. Cette disparition continue de nous inquiéter. C’est pourquoi, nous interpellons encore une fois de plus les autorités compétentes de notre pays pour que toute la lumière soit faite sur cette affaire. Dans la même foulée nous sommes également inquiets par la révélation faite par le président de la maison de la presse il y a quelques jours sur les menaces proférées contre le journaliste Adama Dramé du Sphynx. Autant nous prônons le respect par les journalistes des règles déontologiques de leur profession, autant nous condamnons fermement les actes d’intimidations et les menaces à l’encontre des journalistes.

Une presse libre est la condition d’une démocratie vivante et respectueuse de ses citoyens, ne l’oublions jamais!

Longtemps présenté comme un bon élève du continent africain en matière de liberté de presse et de démocratie, le Mali a payé le prix de la situation dans laquelle le pays a sombré depuis 2012 en faisant la plus forte chute dans le classement mondial du respect de la liberté de la presse en passant de la 25èmeplace à la 99ème place en 2013.

Selon le Rapport 2014 de Reporters sans frontières la corrélation négative entre la situation tragique du Mali et la liberté d’informer a fait encore chuter notre pays à la 122ème place sur 180 pays évalués. L’année dernière à la même occasion nous avons jugé peu honorable pour notre pays la 118eme place qu’elle a occupé en 2015, c’était sans savoir qu’on allait reculer en 2016. En effet, en matière de liberté de la presse Reporters Sans Frontières nous révèle que le Mali a été classé 122eme en 2016. C’est tout simplement honteux! Les difficultés qui caractérisent l’exercice de votre profession sont donc réelles et les obstacles visibles. Or il nous faut obligatoirement une presse de qualité, disposant de moyens adéquats et de personnels bien formés, gage de saine information. C’est pourquoi l’inscription budgétaire pour 2017 de l’aide à la presse de 100 millions de francs FCFA logés à la Présidence de la République nous laisse perplexe quant à la sincérité et à la transparence de l’utilisation de cette aide.

Je tiens également à vous informer que nous sommes disposés à mener des réflexions avec vous dans un cadre plus approprié pour tout simplement vous permettre de MIEUX NOUS INFORMER, DE MIEUX INFORMER LE PEUPLE qui a tant besoin d’informations recoupées, de bonnes informations, d’informations vraies.

Malgré la faiblesse de vos moyens, l’insécurité qui vous coupe le sommeil, vous continuez à donner le meilleur de vous-même pour dénoncer les maux qui minent notre société. Qui pouvait, le mieux, renseigner le peuple meurtri du Mali sur le très coûteux et luxueux parc automobile de “ma famille d’abord” si ce n’est vous ? Vos dénonciations des maux ainsi que vos révélations des scandales financiers du régime en place constituent un apport inestimable en vue de la quête de la bonne gouvernance et de la gestion saine des deniers publics. Je tiens à vous en féliciter.

Continuez à dénoncer les dérives! Continuez à interpeller ! En un mot continuez à jouer pleinement votre rôle de 4ème pouvoir ! Pour l’honneur de votre profession, pour la dignité des maliens, pour le confort de notre démocratie, Résister ! Ne point céder!

L’année 2016 est partie sur une note de désespoir et d’inquiétude pour l’ensemble du peuple malien.

Nous avons entamé 2017, après avoir vécu une année 2016 particulièrement difficile et meurtrière. Je profite de l’occasion pour m’incliner une fois de plus devant la mémoire des 332 personnes dont 207 civiles qui ont perdu la vie en 2016 dans le centre et le nord du Mali, soit une hausse de 121% des victimes pour la seule année 2016. Notre pays a enregistré 385 attaques, soit plus d’une attaque par jour. Ces attaques ont augmenté de 92% par rapport à 2015, après la laborieuse signature de l’accord de paix et de réconciliation issu du processus d’Alger. Plus de 100 morts sont déjà au compteur de l’année 2017. Je réitère mes condoléances les plus attristées à toutes les familles endeuillées et mes souhaits de prompt rétablissement aux nombreux blessés.

Nous avons choisi cette année de vous présenter en image ce qu’a été 2016 pour notre pays, petite innovation pour vous permettre de bien percevoir la situation catastrophique de notre pays.

Vous renouvelant tous mes vœux de bonne et heureuse année, je vous remercie de votre aimable attention.

QUE DIEU BÉNISSE LE MALI!

Recueillis par Sékou Tamboura

Source : aBamako

aBamako

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