Sans Tabou: excision, peut-on abandonner la pratique ?

Depuis 2003, le 6 février de chaque année est célébré, à travers le monde comme la Journée mondiale de lutte contre les mutilations génitales féminines ou excision, une pratique ancestrale profondément ancrée dans nos mœurs.

Après 15 ans de combat médiatique dans les pays concernés comme le nôtre où la pratique persiste encore, les résultats sur le terrain sont très mitigés. Tous les ans, malgré les promesses faites par des centaines d’exciseuses de déposer le couteau, à travers notre pays, à la faveur des campagnes d’information et de sensibilisation, le taux des femmes ou enfants victimes ne faiblisse guère. Ce qui conduit à beaucoup de pessimistes de s’interroger si réellement, les différentes campagnes auront un jour raison sur cette pratique ? Si oui, pour combien de temps encore ?
Faisant partie des 4 cycles normaux de la vie de nos sociétés (baptême, circoncision/excision, mariage et décès) l’excision est, ces derniers temps, considérée par les Occidentaux et certains intellectuels africains comme une atteinte aux droits de la femme. À ce titre, ils tentent à tout bout de chance de convaincre nos gouvernements, nos organisations féminines et autre ONG à renverser la pyramide. Dans ce contexte, ce sont des projets et programmes qui sont financés à hauteur de plusieurs milliards qui sont mobilisés pour son abolition.

Sur le terrain, deux idéologies continuent de s’affronter : les tenant de la thèse de la violation des droits de la femme (communauté internationale) et ceux qui pensent qu’elle fait partie des pratiques qui règlent la vie sociale.

Si les premiers pensent aujourd’hui que les MGF posent un véritable problème de santé, pour les seconds, l’excision a pour effet de « limiter la très forte sensibilité sexuelle de la fille ». À cet effet, elle fait parte des outils d’éducation dans la société. Un grand religieux soutenait à ce propos : « Nous prions, nous jeûnons et nous excisons ». Alors, il faut voir dans cette pratique millénaire, qui remonte à l’Égypte antique, une dimension culturelle et religieuse. En effet, dans notre société, sur les plans religieux que coutumier, un homme n’est homme que s’il est circoncis. Il en est également pour la femme. C’est véritablement à partir de ce stade qu’un sen est donné à la vie d’un individu.

Cet explorateur européen qui a accepté de se soumettre volontiers à la pratique à Ségou pour pouvoir rencontrer le roi de l’époque n’en dira pas le contraire !
Au-delà des tapages, la véritable question qui se pose aujourd’hui autour de cette pratique est de savoir si elle peut être abandonnée !

Il faut noter que cette année, le thème retenu cette année pour la journée est : « Une loi contre les violences basées sur le Genre (VBG), un facteur de protection des droits humains ». Ce thème a pour principal objectif d’amener les plus hautes autorités à pénaliser cette pratique, qui cause d’énormes problèmes de santé de reproduction de la petite fille, selon les organisations de défense des droits de femmes.

Ainsi, la célébration de cette édition est l’occasion d’attirer l’attention des décideurs et l’opinion nationale sur l’ampleur et les souffrances physiques et psychologiques liées aux nombreuses formes de violences basées sur le genre, notamment les mutilations génitales féminines.
Au Mali, le nombre de villages ayant abandonné est estimé à plus de 800. Néanmoins, les taux de prévalence de l’excision restent toujours élevés : l’enquête démographique et de santé au Mali (EDSM-V, 2013) révèle que 91 % des femmes en âge de procréer et 69 % des filles de 0 à 14 ans ont été victimes de cette pratique.

Par Sékou CAMARA


Source : Maliweb

Maliweb

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